Islam / RD Congo : Non, l’Aïd n’est pas la « fête du mouton ».

mouton africain

Si l’Aïd El Kebir (ou Aïd Al Adhâ) est aussi appelée « tabaski » en Afrique, certains médias francophones, notamment en RDC, désignent cette fête musulmane comme étant la « fête du mouton ». Un raccourci erroné qui occulte le caractère éminemment sacré de cette célébration.

Peut-être par besoin de lui donner un accent occidental et de la rendre plus sympathique à l’oreille des non-initiés, la grande fête de l’Aïd a donc été affublée de cette traduction à la limite du comique : la fête du mouton. A l’origine, ‘Aïd (ou ‘Id) signifie « fête » en arabe. ‘Aïd El Kebir est donc la traduction de « la grande fête », qu’on appelle également « Aïd Al Adhâ » : la fête du sacrifice.

La notion de sacrifice. Voilà l’essence même de cette fête, qui commémore le geste du Prophète Ibrahim, prêt à sacrifier pour Dieu la vie de son fils bien-aimé Ismayl. Un crève-coeur pour le Prophète, finalement soulagé de voir Dieu lui épargner cet acte en lui ordonnant le sacrifice d’un bélier.

En cette époque de courses aux richesses, où les effets de la mondialisation et l’individualisme exacerbé touchent de plein fouet la communauté musulmane, celle-ci se retrouve déracinée de cette notion de sacrifice sur laquelle est basée sa foi et son rapport avec Dieu. Un déracinement jusque dans le détournement du nom même de la fête de l’Aïd donc, réduite à une « fête du mouton » qui n’aurait presque rien à envier aux traditions entretenues en Inde autour de la vache sacrée.

Et bien non, en islam, le mouton n’est pas un animal sacré, pas plus que le boeuf ou la chèvre, ni aucun autre animal issu de la création divine. Aucun culte n’est voué à autre que Dieu, contrairement à ce que pourrait laisser entendre le terme de « fête du mouton » en matière de vénération adressée à un animal en particulier.

 A ce sujet, le musulman n’a pas pour obligation de sacrifier un mouton à tout prix. L’imam Malik (رحمه الله) est d’avis que le meilleur sacrifice qui puisse être fait est celui issu de la race des ovins, puis des bovins, puis des camélidés, car le Prophète Muhammed (paix et bénédictions sur lui)  sacrifiait deux béliers.

Quant à la majorité des jurisconsultes musulmans, ils sont d’avis que le meilleur est le chameau, puis la vache, puis les ovins/caprins et enfin l’association de plusieurs personnes pour le sacrifice d’un chameau, d’une chamelle ou d’une vache.