RD Congo – Société : Les (jeunes) Kinoises boudent le wax, les Musulmanes le maintiennent en vie.

wax

Le phénomène inquiète les défenseurs de la tradition Congolaise du port du célèbre pagne wax, qui tend à se raréfier auprès des jeunes femmes de Kinshasa. La faute à une occidentalisation vestimentaire dénoncée par des Kinois qui voient les musulmanes de la ville, de plus en plus nombreuses, se réapproprier le fameux tissu.

Ses motifs, ses couleurs, ses inscriptions, ses dessins, sa coupe, le wax est un vêtement plein de signification et de sens, valorisé et magnifié par celles qui le portent. Utilisé pour honorer un concept, un village, une religion ou un courant politique, le pagne, s’il reste populaire auprès des femmes de la République Démocratique du Congo, est en perte de vitesse auprès des jeunes femmes de la capitale.

Les Kinoises boudent le wax.

Universitaires, ou lancées sur le marché du travail, les jeunes femmes de Kinshasa optent plus volontiers pour les tenues occidentales, au détriment du pagne ou des vêtements en wax, prisés autrefois par leurs mères et leurs grands-mères. C’est que l’Europe et l’Amérique ont envahi tous les foyers de la capitale et de toute la RDC aujourd’hui, où par la télévision et Internet, les plus jeunes femmes perçoivent l’habit traditionnel comme désuet et dépassé. Marquer son ascension sociale ou son évolution professionnelle en adoptant « l’habit des femmes blanches » en poussant aux oubliettes ce pagne qui connût ses heures de gloire, poussé par la volonté et le populisme mobutistes, tel est le reproche que certains n’hésitent plus à émettre publiquement à l’attention des femmes de Kin.

Une évolution vivement dénoncée par de nombreux Kinois donc, qui continuent de voir à travers le port du pagne un signe d’attachement à l’identité Congolaise, et déplorent l’occidentalisation vestimentaire des nombreuses célibataires de la capitale. Pire, le phénomène de l’impudicité vestimentaire, largement véhiculé par les danseuses des musiciens à la mode, mais aussi par les inévitables séries TV nigérianes, prend une ampleur de plus en plus gênante au sein d’une société encore majoritairement conservatrice.

Impuissants, les parents dont les filles travaillent n’ont aujourd’hui absolument aucun pouvoir sur le look d’un enfant qui représente la plupart du temps la seule source de revenus du foyer, et qu’il faut donc éviter de contrarier.

Les Musulmanes de Kin se réapproprient le wax.

Mais dans ce désamour nouveau pour la tenue traditionnelle, les femmes musulmanes de la capitale semblent avoir choisi de faire de la résistance, et même de faire revivre le port du wax sous une forme islamiquement correcte. En effet, à la sortie des mosquées de Kinshasa, nombreuses sont celles qui, en harmonie avec leurs voiles, marient robes, pagnes et longues jupes du tissu traditionnel.

De toutes tendances idéologiques, de toutes influences, les Musulmanes de Kin, à l’image de leurs soeurs de l’Est de la RDC (Goma, Beni, Bukavu…) ne se limitent ainsi pas au jilbab noir ou sombre en vogue dans les pays du Golfe, mais continuent à maintenir en vie des tenues plus locales, donnant ainsi une touche bien Congolaise à leur islam.

C’est qu’au niveau des textes religieux, très stricts au sujet du vêtement de la femme, rien n’interdit aux musulmanes d’arborer des voiles colorés, comme le démontre cet extrait de la recherche de Shaykh Al-Albani dans son livre « Le jilbâb de la femme musulmane » :

« Et sache qu’il est permis à la femme de porter un vêtement d’une autre couleur que le blanc ou le noir, et cela n’est pas considéré comme une parure (zina) interdite, comme pourraient le penser certaines femmes, écrit-il ainsi. Car les femmes des Compagnons du Prophète (paix et bénédictions d’Allâh sur lui) pratiquaient cela.

Al Qassim, qui est Ibn Mouhammad bin Abou Bakr al Siddiq rapporte que ‘Aïcha portait des vêtements teints au carthame pendant qu’elle était en état de sacralisation (mouhrima). »

Si l’abandon du wax inquiète certains Congolais, il reste tout de même assez minoritaire au sein de l’immense population féminine de Kinshasa. Mais à l’heure où les changements de mentalité tendent à se matérialiser vestimentairement, ce que craignent les Kinois est que l’identité et la tradition congolaises ne finissent par se perdre peu à peu, sans que personne n’ait rien vu venir.