RD Congo – Culture : Jeunes, musulmans, congolais et influents.

Personnalités Congolaises Musulmanes

Rares et moins exposées autrefois, les personnalités musulmanes originaires de la République Démocratique du Congo affichent aujourd’hui leur réussite en assumant pleinement leur foi. Chanteurs, sportifs, intellectuels ou politiciens, certains représentent une véritable source d’inspiration pour des millions de congolais.

Ils rayonnent dans les secteurs qui comptent dans la culture congolaise, et même ceux qui ont gagné le succès à l’étranger sont considérés au pays comme des enfants du Congo à part entière. C’est notamment le cas pour Youssoupha et Maître Gims, tous deux natifs de Kinshasa, tous deux adoptés par la France, tous deux adeptes de l’islam et tous deux rappeurs à succès dans l’Hexagone. Bien qu’ils ne se définissent pas comme des référents spirituels, et alors qu’ils n’ont pas opté pour le militantisme religieux, l’un comme l’autre assume et défend son appartenance à l’islam dans une France où la deuxième religion nationale suscite souvent interrogations, accusations, voire stigmatisations.

Youssoupha

Ainsi, si au lendemain des attentats de Paris, Youssoupha Mabiki s’est positionné en tant que citoyen français en faveur d’une réelle unité nationale, affirmant que « pour les terroristes, nous sommes tous des ennemis », il avait déjà été amené à expliquer sa propre perception du sens de la spiritualité islamique, comme ce fut le cas en 2012 :

« Moi, je suis musulman. Pour moi, la religion est quelque chose qui tient avant tout à la foi, c’est quelque chose d’assez intime basé sur un lien direct avec Dieu, et pas sur un lien avec les hommes qui permettrait de les juger, les dénigrer ou les rabaisser », expliquait le rappeur de 36 ans au micro de Rapelite.

Maitre Gims

Mastodonte de la scène musicale francophone, Gandhi Djuna, plus connu sous le pseudonyme de Maître Gims, est lui aussi un fils du Congo qui revendique régulièrement et fièrement son identité musulmane. Né au sein d’une famille chrétienne, le chanteur arrivé en France à l’âge de deux ans s’est converti à l’islam il y a une dizaine d’années suite à une longue et profonde quête spirituelle, comme il l’explique lui-même dans son autobiographie.

« Je méditais sur le monde qui m’entourait, sur la vie, la mort, l’univers », écrit-t-il dans son livre Vise le soleil. « J’ai toujours eu un problème avec ce Jésus Dieu. Comment un homme comme nous, avec des besoins et des faiblesses, qui connaît la colère, la tristesse, la faim, le sommeil, pourrait-il échapper à sa condition de mortel ? (…) Toutes les réponses que l’islam me laissait entrapercevoir, même mystérieuses, s’emboîtaient avec les questions qui m’avaient toujours taraudé. »

Ce père de quatre enfants qui se fait appeler Bilal en privé ne foulera de nouveau la terre congolaise qu’en décembre 2013, où Kinshasa lui réservera un accueil digne d’un chef d’Etat. Cet été Maître Gims a lancé la marque humanitaire Bella Water, une eau minérale dont les fonds serviront à construire des puits en Afrique,afin de faciliter l’accès à l’eau potable aux populations.

Soraya Mining

En plus de ses deux artistes confirmés de la diaspora, la communauté musulmane congolaise compte parmi ses étoiles montantes une femme brillante et talentueuse qui s’est construite au Congo, et qui semble enfin récolter toute la reconnaissance qu’elle mérite : Soraya Aziz Souleymane. Bien connue de nos lecteurs fidèles, la trentenaire est spécialiste sur les questions de développement local et experte en gouvernance minière. Une femme d’influence ? Il faut le croire. En tant que directrice adjointe chargée de la gouvernance de l’exploitation minière auprès du Centre Carter, Soraya Aziz Souleymane a décroché le titre de Femme Minière de l’Année 2016, remis conjointement par l’IPAD, l’Africa Mining Review Magazine et la FEC (Fédération des Entreprises Congolaises/Chambre des Mines).

Malgré un rythme de vie infernal, la katangaise n’en oublie pas sa culture musulmane, elle reste intensément attachée à sa foi. Consciente des craintes que l’islam peut susciter en ce moment en Afrique, elle garde un oeil lucide sur la perception qu’ont les congolais de sa religion.

« Au Congo, notre religion est quelque peu méconnue, nous expliquait la jeune femme il y a quelques mois. Contrairement aux Musulmans du Nigeria ou du Kenya qui vivent en grande majorité au Nord de leurs pays et appartiennent à des tribus définies, les Musulmans Congolais  sont de différentes tribus, différentes aires géographiques et différentes couches sociales. Ils sont bien intégrés dans différents domaines et participent pleinement aux activités citoyennes, sociales et économiques. Sans aucun doute, Il est plus facile d’être musulman au Congo. »

Cette experte du domaine minier se fait également  militante en faveur du respect des libertés et de la démocratie en RD Congo, avec une énergie telle qu’il n’est pas à exclure qu’elle puisse prochainement jouer un rôle important dans les nouveaux défis qui attendent le pays.

Mulumbu Leopards

Youssouf Mulumbu, lui, le tient déjà son rôle hautement important pour le pays. Capitaine de l’équipe nationale de football depuis 2011, le milieu de terrain est aujourd’hui l’un des musulmans les plus populaires de la République Démocratique du Congo. Né à Kinshasa en 1987 avant que ses parents ne rejoignent la France, le joueur a été formé par le prestigieux club du Paris Saint-Germain, qui l’a lancé dans le grand bain professionnel.

En juin 2013, le capitaine des Léopards lance sa « Fondation Youssouf Mulumbu » qui a pour but de venir en aide à la jeunesse congolaise par le biais de l’éducation et du social. Cette démarche humanitaire viendra confirmer qu’à l’image de ce qu’il est sur le terrain, Mulumbu ne se laisse absorber ni par son succès, ni par son statut sur la scène sportive congolaise et internationale.

Droit et loyal, c’est lui qui mène les négociations avec le président de la fédération congolaise de football dans le dossier épineux des primes lors de la dernière CAN 2014. Blessé, il se comportera en véritable meneur d’hommes lorsque, depuis le banc des remplaçants, il encouragera jusqu’au bout des Léopards victorieux lors du bouillant derby face au Congo-Brazzaville (4 – 2).

Respecté de ses coéquipiers, en sélection comme dans son club de Norwich, Youssouf Mulumbu l’est également des fans congolais, anglais, mais aussi parisiens, où il aura laissé de bien bons souvenirs.

Preuve que la RDC change et évolue au coeur même de sa société mais aussi de sa diaspora, ses artistes, sportifs, politiques ou industriels tendent aujourd’hui à être plus représentatifs de la réalité confessionnelle du pays, et ne cessent de susciter des vocations. Mais dans la mosaïque culturelle et tribale qu’est celle du Congo, les efforts sont de plus en plus concrets pour favoriser la découverte de la différence de l’autre, dans un pays où la diversité contribue à unifier une nation qui honnit profondément la division.

Rédigé par Hakim Maludi.