[ITW] RD Congo – Actu : Entretien avec Nyonyi Bwanakawa maire de la ville de Beni (Nord-Kivu)

NYONYI BWANAKAWA

Si la ville de Beni connaît un sort moins dramatique que celui du territoire de Beni, mis à feu et à sang par les ADF depuis plus d’un an, le climat reste particulièrement anxiogène dans la localité du Nord-Kivu. C’est dans ce contexte que Nyonyi Bwanakawa, le maire de la ville, a accepté de répondre à nos questions.

Monsieur le maire, quelle est la situation aujourd’hui sur le territoire et la ville de Beni ?

N.Bwanakawa : Je dois d’abord préciser qu’il y a deux entités au niveau de la province du Nord-Kivu, et qui portent le même nom, la ville de Beni et le territoire de Beni. Les affrontements dont vous avez sans doute entendu parler et qui se sont déroulés dernièrement (offensive des FARDC et de la MONUSCO contre les ADF à Eringeti, ndlr) se sont passés dans le territoire de Beni. Aujourd’hui la ville de Beni, qui est indépendante du territoire de Beni, est calme, mais c’est vrai que sa sécurité est influencée par l’insécurité au niveau du territoire de Beni.

Cette sécurité est sensée être assurée par les FARDC et la MONUSCO, parfois jugés pas assez efficaces par la population locale.

N.Bwanakawa : L’implication de ces deux forces n’est pas contestée, mais plutôt, la population demande plus d’intervention. Et ceux qui connaissent Beni savent que la végétation, c’est la forêt dense, il y a une forêt vierge. A midi, à l’heure où le soleil est au zénith, il fait très sombre dans cette forêt et on ne pourrait y distinguer ce qui se trouverait à 10 mètres de distance. Donc il faut plus d’engagement, plus de moyens pour qu’on arrive à bout de ces groupes armés. A part ça, les ADF, pour ne pas les citer, ils sont dans cette forêt depuis 1986, ils n’ont besoin ni de boussole ni de GPS pour s’orienter dans cette forêt. Mais quelqu’un qui viendrait sans guide ni aucune orientation technologique, serait assurément perdu dans cette forêt. Vous imaginez, la MONUSCO a essayé de mettre à contribution les drones, qui ont pourtant eux aussi montré leurs limites. Cela demande donc plus de moyens et une technologie plus appropriée. Ce n’est donc pas que l’intervention des FARDC et de la MONUSCO soit contestée par le population, mais c’est à un manque de moyens que nous faisons face.

Est-ce qu’il est confirmé que les ADF agissent seuls, ou bien s’agit-il plutôt d’une sorte de congrégation de groupes armés et de rebelles ?

N.Bwanakawa : Dans la partie Beni jusqu’à présent, ceux qui nous mettent en difficulté, ce sont les ADF. Ils ont le mode opératoire des djihadistes et c’est véritablement du terrorisme. S’en prendre à la  paisible population de la manière la plus atroce qui soit, en tuant les gens avec une hache, c’est une atrocité. Et cette victime là, ça peut être un simple cultivateur qui n’a absolument rien à voir avec tout ce qu’ils peuvent avoir comme revendications. Le problème est que contrairement à tout ce qu’il se passe ailleurs, comme par exemple avec les attentats récents en France, très tristes et très regrettables, ils ont au moins été suivis de revendications. Mais ici chez nous, après avoir commis leurs actes ignobles, ils se retirent et ne procèdent à aucune déclaration. Donc même si on devait envisager un autre moyen pour trouver une solution, et bien le problème n’est pas connu, ils ne disent pas pourquoi ils font tout ça, ni qui fait tout ça, donc les zones d’ombre subsistent et ne permettent pas de trouver de solution à un problème qui semble pourtant exister et c’est malheureusement la population qui va en faire les frais chaque jour. C’est du djihadisme, du terrorisme, mais s’il y avait eu des revendications, je pense que le président de la République avec tout son gouvernement auraient pu trouver une solution à ce problème là.

Vous avez évoqué les attentats du 13 novembre en France. Suite à ces actes, des « représailles » anti-musulmanes, physiques ou matérielles, ont été signalées à travers le pays. A Beni, jusqu’à présent, aucun acte de ce type n’est à déplorer, comment l’expliquez-vous ?

N.Bwanakawa : Le président de la République, Son Excellence Joseph Kabila Kabange, chaque fois qu’il est à Beni, il insiste sur une chose  : ne pas faire de stigmatisation. Les ADF sont des musulmans djihadistes, ils commettent des actes qui endeuillent la république en général, et le territoire de Beni en particulier, mais ce ne sont pas tous les musulmans qui font cela. Ce genre de discours permet à la population de ne pas faire de stigmatisation. Malgré les tueries, ce n’est pas une raison pour que l’on s’en prenne aux musulmans avec qui on partage la cité depuis longtemps.

Par rapport au discours gouvernemental, justement, une manifestation de soutien en faveur des victimes de Beni a été réprimée la semaine dernière à Goma. Ne serait-ce qu’à l’échelle nationale, vous sentez-vous soutenu dans votre lutte ?

N.Bwanakawa : Je vous confirme que c’est tout le pays qui se mobilise autour de cette cause, nous ne nous sentons nullement seuls. Le président de la République passe souvent ici pour essayer de trouver une solution au problème. En dehors du soutien national, Beni bénéficie aussi du soutien de l’international. Pas plus tard que la semaine dernière, j’ai reçu Son Excellence Rémy Alain, l’ambassadeur de la France en RD Congo, et avant lui, plusieurs autres ambassadeurs sont passés, tout comme différentes autorités passent nous voir. Je vous informe d’ailleurs que le représentant spécial du secrétaire général de l’ONU en RDC (Maman S. Sidikou, ndlr) sera aujourd’hui à Beni.

Le fait d’avoir interdit la manifestation de Goma ne doit pas être mal interprété par les gens qui ne connaissent pas la situation. En revanche, il faudrait plutôt déplorer la tendance à la politisation par ceux-là qui ont voulu faire cette manifestation. Quand vous considérez le nombre des FARDC qui perdent la vie dans cette lutte contre le djihadisme, ainsi que les efforts que la République concentre à Beni pour que ce phénomène appartienne au passé, sans parler des pertes enregistrées par la MONUSCO, on ne peut pas dire que nous sommes seuls dans cette lutte.

Les yeux et les oreilles du gouvernement de la République, les yeux et les oreilles du Président de la République, sont tous branchés sur ce qu’il se passe à Beni. Nous bénéficions également de l’appui international, d’autant que différentes autorités sont régulièrement de passage à Beni pour essayer de comprendre ce qu’il se passe au juste.

Quel est le message que vous pourriez adresser aujourd’hui à la population de la ville de Beni, ainsi qu’à celle du territoire de Beni ?

N.Bwanakawa : Le message particulier que je pourrais avoir, je l’adresserai plutôt à la communauté internationale. Ce message consiste à dire que la population de la ville et du territoire de Beni souffre des attaques de djihadistes, et compte tenu de la végétation, compte tenu de la présence du parc, compte tenu de tous les phénomènes qui caractérisent notre territoire ici, il faut craindre que la région des Grands Lacs toute entière ne puisse connaître les affres que subissent aujourd’hui la population de Beni. Nous souhaitons bénéficier de plus d’attention de la part de la communauté internationale pour voir le phénomène ADF être définitivement étouffé.

Propos recueillis par Hakim Maludi

One thought on “[ITW] RD Congo – Actu : Entretien avec Nyonyi Bwanakawa maire de la ville de Beni (Nord-Kivu)

  1. Le maire etant que réprèsentant du chef de l’Etat, doit nécéssairèment parler de cette manière, mais ns croyons a la parole d’Antipas Mbusa Nyamwisi.

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