RD Congo – Islam : Le nombre de musulmans congolais sous-estimé ?

Le président de l'AJEMESCO dans une mosquée du territoire de l'Ubundu
Le président de l’AJEMESCO dans une mosquée du territoire de l’Ubundu

Les musulmans de la RD Congo représenteraient 10% de la population. Un chiffre qui paraît aujourd’hui en décalage avec la réalité observée sur le terrain.

Quasiment invisible médiatiquement, la communauté musulmane est de plus en plus active et entreprenante au sein de la société congolaise. Contrairement à ce que l’on observe dans certains pays, comme le Nigéria ou le Cameroun, les musulmans de la RDC ne sont pas localisés dans une zone géographique précise. Ainsi, si la province du Tshopo (ex-Maniema) reste considérée comme le fief historique des musulmans du Congo, ils sont tout aussi bien dispersés et intégrés sur l’ensemble du territoire national, jusqu’au sein de familles mixtes d’un point de vue confessionnel.

Deuxième communauté religieuse du pays derrière les chrétiens, les musulmans voient leurs rangs grossir considérablement, notamment sous l’impulsion de prédicateurs chevronnés et infatigables, qui parcourent jusqu’aux territoires les plus reculés du Congo pour inviter à embrasser l’islam. Au terme de prêches organisés sous la forme de débats face à des contradicteurs chrétiens, ces musulmans voient fréquemment des spectateurs, convaincus par leur discours, se convertir à l’islam.

Où sont ces nouveaux convertis dans les chiffres officiels ? The Wolrd Factbook, de la CIA, continue aujourd’hui de considérer que le nombre de musulmans congolais ne dépasse pas les 7 millions d’âmes sur une population totale de plus de 75 millions d’habitants. Plus étonnant encore, pour le Pew Research Center, les musulmans en RDC ne dépasseraient même pas le million d’habitants.

Lorsqu’on interroge la COMICO, organe officiel des musulmans de la République Démocratique du Congo, on nous répond que l’islam est la religion d’environ 10 à 12% de congolais. Recensements difficiles, mariages mixtes, fort taux de naissances,… quelles qu’en soient les raisons, le nombre réel de musulmans semble avoir pendant longtemps été sous-estimé dans le pays. Après avoir animé une campagne de prédication dans la province de l’Equateur, un imam nous confiait : « Plus d’une centaine de personnes ont embrassé l’islam en notre présence, et jusqu’à notre départ de la ville, on nous a rapporté que presque un millier de personnes avaient continué à se convertir ». Phénomène impossible à confirmer officiellement.

C’est qu’en RDC, pays laïque, il est compliqué de recenser la population sur des critères purement religieux. Au-delà de cet aspect, un congolais qui se serait déclaré chrétien est susceptible de s’être converti quelques temps plus tard, comme cela est parfois le cas. Les conversions à l’islam se faisant uniquement à l’oral, en répétant l’attestation de foi, aucun document officiel ne vient confirmer le changement de religion d’un congolais, rendant ainsi impossible la comptabilisation exacte des musulmans présents dans le pays.