RD Congo – Actu / 2 janvier 2014 : Le Colonel Mamadou Ndala, deux ans déjà…

Colonel

2 janvier 2014, deux ans déjà… Non loin de Beni (Nord-Kivu), le colonel Mamadou Mustafa Ndala tombait pour la République Démocratique du Congo, foudroyé par une roquette de RPG-7 tirée par les ADF.

Deux ans, et les mêmes démons, les mêmes maux qui font encore aujourd’hui l’actualité de la République Démocratique du Congo, inlassablement, perpétuellement. Le territoire de Beni à feu et à sang, toujours pas sécurisé, le groupe ADF, ni vaincu, ni démantelé, les massacres et kidnappings répétitifs dans le Nord-Kivu, rien n’a changé, tout s’est dégradé et les minces lueurs d’espoirs entraperçues il y a deux ans se sont évaporées. Toutes évanouies, quand le 2 janvier 2014, le colonel Mamadou Ndala, qui venait d’offrir au Congo une victoire éclatante contre les réputés irréductibles rebelles du M23, s’éteignait brutalement dans des circonstances plus que troubles à bord de sa jeep en faction non loin de Beni. Des soupçons, des rumeurs, une théorie du complot que ni le titre-posthume de Général de brigade, ni la visite tardive rendue par la première dame Olive Lembe Kabila à sa veuve n’estomperont. Le jour de ses obsèques, poignantes, fastueuses, à la hauteur du personnage, l’absence du président de la République est remarquée. Pas le meilleur signal envoyé à la mémoire du Colonel. Ce frère, ce père, ce fils, ce gendre idéal, ce compagnon de route que les congolais se sont tous approprié au point de ne plus l’appeler que Mamadou, comme un membre de leur propre famille, voit la nation lui faire ses adieux sous le choc, étouffée par le doute et le dégoût de voir ses plus grands hommes la quitter toujours trop tôt.

C’est qu’après des années de délitement, de désorganisation, de désertions, d’indiscipline et de banditisme, les Forces Armées de la République Démocratique du Congo ont été portées par un nouvel élan, une nouvelle énergie incarnée notamment par le jeune colonel. Il est dit qu’en pleine offensive, Kinshasa le rappellera. Il refusera, sûr de la victoire à venir, et soutenu par ses hommes comme par le peuple kivutien, il libérera Goma en signant avec panache la fin du M23. L’accueil triomphal qui sera réservé à Mamadou Ndala par les populations restera dans toutes les mémoires, comme ces chants entonnés à sa gloire se mêlant aux slogans hostiles au président de la République, Joseph Kabila. Un soldat populaire, admiré, adulé, le Che Guevara de la RDC, diront certains, un homme de la trempe de Patrice Lumumba diront d’autres, un héros national en puissance, fauché en plein vol, abattu dans la force de l’âge, à 35 ans seulement. Dans un pays où les intrigues politiques sont la plupart du temps vécues sous le prisme d’une paranoïa exacerbée, voilà une mort que l’on peine à comprendre, une blessure encore loin d’avoir cicatrisé sur le visage d’un Congo qui ne s’en est toujours pas relevé.

Mamadou Ndala

Toujours empêtrée dans la traque des groupes armés dans le Nord-Kivu, l’armée congolaise semble être retombée dans ses travers et dans de vieux réflexes que l’on pensait d’un autre temps. Peu après le Colonel Mamadou, c’est l’illustre Général Bahuma, chef d’état-major du Nord-Kivu, qui mourait subitement, laissant les populations de l’Est en plein désarroi, les FARDC en plein cauchemar. Démobilisés, comme sans âme, découragés. Orphelins de leur Mamadou, certains continuent à se battre avec honneur, quand d’autres s’écartent du droit chemin, replongent dans les trafics, fricotent avec l’ennemi, usés par des mois de retard dans le paiement de leurs maigres soldes. Même du côté de la MONUSCO, ces troupes de l’ONU engagées aux côtés des FARDC, la mort du Colonel sera vécue comme une véritable perte; aucune personnalité militaire n’ayant à ce jour pu le remplacer efficacement ni sur le terrain, et encore moins dans les coeurs.

Par sa jeunesse, son charisme, son aplomb, son courage, son intense détermination et un patriotisme flamboyant, le Colonel Mamadou aura en peu de temps suscité et incarné l’espoir pour les jeunes générations d’une RDC meurtrie et épuisée par des décennies de guerres successives et dévastatrices en particulier pour le Kivu et tout l’Est du pays. Anéanti, l’espoir d’un Congo qui connaîtrait enfin la paix et qui prendrait le contrôle de sa destinée pour inverser le douloureux cours de son Histoire, comme l’espoir d’une révolution démocratique vers une nouvelle gouvernance qui assurerait la sécurité pour tous, au-delà même des considérations ethniques, tribales et religieuses. Un espoir quasiment mort-né avec celui qui le personnifiait à merveille, ce patriote fervent musulman que les imams de toute la RDC se sont empressés de décrire comme un martyr ayant fait don de sa vie pour la défense de sa maison, de sa nation, de la terre de ses ancêtres.

Mamadou Ndala

Au 2 janvier 2016, deux ans jour pour jour après ce drame national, si ceux qui ont été reconnus « coupables » de l’assassinat du Colonel croupissent bel et bien sous les verrous, sa mort, elle, n’aura jamais été vengée. Le groupe ADF sévit encore et toujours, on soupçonne le M23 de s’être reformé et réarmé à partir du Rwanda et de l’Ouganda, les FDLR respirent encore, et de nombreux groupes armés non identifiés sèment le chaos dans certaines localités du Kivu, celles-là même où Mamadou Ndala avait juré de rétablir la paix et la sécurité.

Aujourd’hui, aucun congolais n’a oublié l’héroïsme du Colonel, personne n’a oublié le son de sa voix se déchirant en promettant de traquer l’ennemi « jusque sous terre, jusque sous les eaux ». Alors que la RDC est entrée dans une année 2016 de tous les dangers, nombreux gardent encore l’espoir que le sacrifice de Mamadou Ndala ne soit pas tout à fait vain.

Commentaires

  1. j’ai bcp aimé le travail de terrain de notre feu colonel Mamadou Ndala, celui ki a exposé les capacités des fardc. Mais helas le heros partira ds circonstances obscures: paix à ton âme!