RD Congo – Religion : « Certaines musulmanes privilégient leur carrière quitte à ne plus porter le voile. »

Kin 2016

Peu présentes dans les universités de Kinshasa, les musulmanes voilées le sont encore moins lorsqu’il s’agit d’entrer dans la vie professionnelle, où leur tenue vestimentaire constitue un frein.

Face à ce qu’elles estiment être une discrimination de plus à l’endroit de leur communauté, ces musulmanes se voient confrontées à un choix cornélien à un moment clé de leur vie de jeune femme : accepter de retirer leur voile islamique pour intégrer une entreprise, ou refuser de faire cette concession au risque de voir leurs perspectives professionnelles prendre du plomb dans l’aile.

Si elles sont minoritaires à être concernées par ce type de situations, certaines de ces congolaises musulmanes reçoivent bel et bien des sollicitations professionnelles dès la fin de leurs études. Quelques entreprises ont en effet pour habitude de sélectionner les profils les plus appropriés dès l’université afin de leur soumettre des propositions d’embauche. Si quelques organismes privés, mais surtout quelques cliniques communautaires, peuvent tolérer le port du voile de leurs employées, ces structures font figure d’exception face à un monde des affaires où les codes et la tenue vestimentaire sont érigés en véritables piliers.

Etudiante en économie, Nura, 21 ans, dit s’être préparée aux discriminations du monde professionnel, déjà aguerrie par les petites remarques subies à l’université sur son choix de porter le voile islamique.

« Je suis la seule musulmane à porter le voile dans ma faculté d’économie, nous explique-t-elle. On me regarde différemment, on me considère comme différente de tous et on me fait des remarques, mais je n’y prête pas attention, car c’est pour Allâh que j’ai choisi de me voiler. »

Déjà sollicitée pour intégrer une grande entreprise, la jeune kinoise se montre catégorique quant à ses priorités; pour elle, pas question d’imaginer une vie professionnelle sans son voile.

« On m’a déjà approché pour un poste avec un salaire confortable, un poste pour lequel j’avais toutes les compétences requises, mais il aurait avant tout fallu que j’abandonne mon voile, chose que j’ai refusée, nous confie Nura. En tant que musulmane, je suis attristée de voir beaucoup de soeurs être obligées d’accepter des postes où leur tenue n’est plus en adéquation avec l’islam. Certaines privilégient leur carrière quitte à ne plus porter le voile. Il n’y a que dans les boutiques, j’ai l’impression, que les femmes voilées peuvent travailler librement, mais si Dieu veut, je trouverais un bon travail ».

Moins effrayées par les tailleurs, jupes crayons et autres tenues prisées dans les bureaux de Kinshasa, d’autres musulmanes font le choix de rendre leur pratique moins visible, en abandonnant le port du voile islamique pour ne le rendre qu’occasionnel, comme lors de la célébration de la prière de l’Aïd ou du sermon hebdomadaire du vendredi. A leurs yeux, il s’agit d’une concession nécessaire pour s’intégrer pleinement dans une société qu’elles ne veulent pas voir évoluer sans elles, quitte à lâcher du lest sur leur pratique religieuse.

Du côté des imams et prédicateurs musulmans de Kinshasa, comme auprès des associations de femmes musulmanes, on tente de remobiliser la gent féminine autour de valeurs islamiques fondamentales comme la question de la pudeur et de la tenue vestimentaire, et nombreux sont les religieux qui craignent de voir les musulmanes suivre leurs compatriotes non-musulmanes dans des mœurs jugés honteux et dégradants. Mais pour pallier aux situations confuses dans lesquelles se retrouvent bien des musulmanes vis-à-vis du monde de l’entreprise, de plus en plus d’initiatives associatives pourraient voir le jour afin que la communauté musulmane puisse parvenir à créer ses propres emplois.

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