RD Congo – Elikia M’bokolo : « Il y a des formes d’extrémisme chrétien avec les Eglises évangéliques. »

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L’historien congolais Elikia M’bokolo

Si le radicalisme et le terrorisme islamiste font la Une des médias, en Afrique comme dans le reste du monde, Elikia M’bokolo a tenu à rappeler l’existence d’un extrémisme chrétien très influent et solidement implanté sur le continent.

Dans une interview réalisée sous forme de dialogue avec le philosophe Ali Benmakhlouf, le congolais a confié à Jeune Afrique qu’il ne fallait pas négliger l’influence d’un certain extrémisme chrétien bien présent en Afrique, mais beaucoup moins médiatisé que le djihadisme.

« Nous avons aussi des formes d’extrémisme chrétien, avec des Églises évangéliques qui, elles aussi, bénéficient de gros moyens financiers, venus principalement des États-Unis et du Brésil, et qui s’appuient sur le vide éducatif », a ainsi expliqué Elikia M’bokolo. « Certaines sont devenues des bastions du pouvoir en place et sont un facteur de destruction de l’éducation de la population. Les prophètes jouent un rôle important dans les processus électoraux, car ils mettent leur savoir et leur capital social au bénéfice de ces individus dont ils veulent prolonger le pouvoir, en affirmant que ce ne sont pas les hommes qui font l’Histoire mais Dieu. »

Prônant l’éducation comme seul remède à cette forme d’extrémisme, l’historien congolais a expliqué comment certains dirigeants africains instrumentalisaient la religion, et notamment certaines églises pentecôtistes, pour demeurer au pouvoir.

« Les autorités semblent s’accommoder de ces dynamiques, voire les utiliser. Lors des transitions démocratiques, des chefs d’État qui s’étaient compromis dans des assassinats se sont refait une virginité en basculant dans le religieux, parfois en passant d’un prétendu marxisme à une religiosité extraordinaire », a développé M’bokolo. « Le Bénin en est l’exemple le plus saisissant, avec Kérékou. Chez les autres, c’est plus de l’ordre de l’affichage. Les structures pentecôtistes développent une éducation à rebours qui déresponsabilise les individus, idolâtrent l’État, contribuent à la divinisation du chef… Contre cela, il n’y a qu’un remède : l’éducation. »