[ITW] – Association Al Ma’oun : « La population musulmane en RD Congo est méconnue ».

Al Maoun Kinshasa

Basée à Bruxelles, l’association humanitaire Al Ma’oun s’est rendue célèbre par ses actions en faveur de la communauté musulmane en République Démocratique du Congo. Seule aux commandes de l’organisation, la présidente, une Belge convertie à l’islam, se confie sur son expérience et son engagement.

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Fondatrice et responsable de l’association Al Ma’oun que vous gérez seule, que pouvez-vous nous dire sur vous-même ?

Hanya est mon prénom islamique, j’ai 43 ans et je suis pédiatre. Je suis née en Belgique, Belge d’origine, de parents modérément aisés et travailleurs. Mes parents étaient athées pour ma mère et catholique non pratiquant pour mon père. Ils étaient cependant tournés vers l’aide aux personnes et ils étaient kinésithérapeutes tous les deux. J’ai deux enfants de 18 et 3 ans.

Qu’est-ce qui vous a amené à créer cette association, principalement connue pour ses actions en République Démocratique du Congo ? 

En 2003, avant ma conversion à l’islam, j’ai été amenée à voyager au Congo. L’Afrique Noire était un vieux rêve d’enfance, et j’ai commencé à penser à tout ça après avoir vu un reportage de Médecins Sans Frontières je crois, où des médecins travaillaient dans une maternité en Afrique du Sud, je devais avoir 9 ans. Je me suis dit que je voudrais aussi être médecin sans frontière pour aller soigner des femmes en Afrique ! Mais mes parents, très conservateurs, et à la limite racistes, voyaient cela d’un très mauvais œil, enfermés dans leur petite bourgeoisie. Je suis devenue médecin malgré tout, et c’est ainsi qu’alors que je travaillais en réanimation pédiatrique, on m’a demandé de rejoindre le Congo pour une mission de chirurgie cardiaque, à l’hôpital de N’galiéma ! J’en avais les larmes aux yeux. C’était en 2003, j’avais 30 ans, puis les missions se sont succédé, toujours à Kinshasa.

Très vite, j’ai commencé à voyager au Congo pour mon compte personnel et Dieu m’a conduit dans un village appelé Mbankana, à 150 km de Kinshasa. J’ai tissé des liens avec le médecin de zone que j’ai essayé d’aider dans un premier temps, j’ai donné des cours, apporté du matériel, etc… Après ma conversion, je me suis intéressée à la population musulmane du village de Mbankana, qui n’avait ni mosquée, ni imam, ainsi qu’au reste de la population musulmane du Plateau des Bateke. J’ai créé l’association car avec mes seuls moyens financiers j’étais limitée dans mes actions, je voulais essayer de récolter plus.

A travers cette association, de nombreuses actions ont pu être menées au Congo : La construction de la mosquée de Mbankana, le cimetière musulman, nous avons aussi construit 3 puits, un sixième envoi de livres est en cours en RDC, nous offrons le sacrifice de l’Aïd Al-Adhâ et de l’Aïd Al-Fitr à Kin et sur le Plateau, notamment pour les orphelins. Nous souhaitions aussi mettre en place du soutien scolaire pour les orphelins, mais ce projet a malheureusement du être suspendu.

Mbankana
Mbankana

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Pourquoi avoir décidé de cibler la communauté musulmane pour mener à bien vos actions ?

La population musulmane en RDC est presque méconnue ! En Belgique, personne ou presque ne sait qu’il y a des musulmans en RDCongo ! Et vu que j’étais une habituée du Congo par mes voyages, j’ai continué les actions auprès des musulmans.

Vous avez noué des liens très forts avec l’Association d’Assistance Charitable en RD Congo (AACRD Congo) à Kinshasa. Comment ce partenariat s’est-il mis en place ?

Malheureusement, par une mésaventure ! Au début, j’avais investi mon argent personnel pour construire la mosquée de Mbankana, mais rien ne se construisait, à mon insu ! Un jour, Shaykh Youssouf, président de l’AACRDCONGO, est passé par le village et il a eu vent de cette histoire. Il a reçu mon numéro de téléphone, m’a appelée et m’a avertie ! J’ai pris un billet pour le Congo, on a mis le voleur en prison mais on n’a jamais rien récupéré ! Ce sont près de 10 000 euros qui ont été extorqués par cette personne, qui s’est présentée comme convertie à l’islam.

Cet épisode montre à quel point il est parfois compliqué de s’engager en faveur du Congo. Est-ce un terrain où vous rencontrez fréquemment des difficultés ?

Je dois reconnaître que ce n’est pas simple et que c’est l’une des raisons pour lesquelles j’ai dû arrêter certains projets de construction qui prenaient trop de temps. Nous avons eu certains problèmes avec la douane aussi.

Comment expliquez-vous la pénurie de livres et d’accessoires islamiques en RDC ?

Franchement je n’en ai aucune idée. Je pense que peu de musulmans s’intéressent à la communauté musulmane Noire Africaine tout simplement ! Surtout dans les pays où l’islam est minoritaire, bien qu’en expansion, comme au Congo.

Distribution, par l'AACRD Congo, de livres envoyés par l'association Al-Ma'oun.
Distribution, par l’AACRD Congo, de livres envoyés par l’association Al-Ma’oun.

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Regrettez-vous le manque d’implication de davantage d’associations islamiques congolaises sur le terrain ? Par exemple, y a-t-il, en Belgique (ou en France), d’autres associations qui agissent en faveur des musulmans de RDC ? 

En Belgique, il y avait l’Asbl IMA, mais ils ont cessé les projets au Congo qui n’ont pas aboutit. Il y avait aussi l’Asbl Lasic, composée d’une communauté congolaise musulmane de Belgique, mais on n’entend plus parler d’eux non plus, et il semblerait qu’Al Ma’oun soit la seule association qui continue les projets au Congo, allez savoir pourquoi ? Moi je dirais que la collaboration n’est vraiment pas facile et j’en ai fait les frais plusieurs fois malheureusement. Avoir des partenaires de confiance n’est pas chose aisée au Congo. En ce qui concerne la France, je ne connais personne qui soit impliqué au Congo.

Vous êtes engagée sur plusieurs pays, notamment le Togo et la Côte d’Ivoire, pensez-vous à vous retirer peu à peu du terrain congolais ?

Disons que incha ALLAH je garde l’envoi de livres, les actions pour Ramadan (iftar, fête pour les orphelins incha ALLAH) et les sacrifices de l’Aïd Al-Adhâ. Les projets de construction ne m’ont pas donné satisfaction : lenteur, non réalisation du travail demandé, montée des prix… cela est épuisant. Il faut que les choses soient faites parfaitement. Je suis responsable de l’argent des donateurs, si le travail n’est pas parfait ou n’est pas complètement exécuté, j’aurai des comptes à rendre. J’ai été déçue à plusieurs reprises, malheureusement, j’ai du interrompre cette partie de la collaboration.

Quel message pourriez-vous adresser aux musulmans congolais de la diaspora qui hésitent à agir en RDC ?

Qu’ils devraient s’impliquer davantage ! Chaque musulman doit être comme une abeille et travailler pour la communauté, les musulmans individualistes ne font rien avancer. Et il me semble que la communauté congolaise quelle qu’elle soit est très individualiste. Ils connaissent leur pays mieux que moi, ce qui est à leur avantage. Personnellement je ne connais pas l’implication de la diaspora congolaise sur le terrain.

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Propos recueillis par Hakim Maludi