RD Congo – Beni (Nord-Kivu) : « La jeunesse musulmane ne s’investit plus. »

Azizi Maliro, président de la Jeunesse Islamique de la ville de Beni.
Azizi Maliro, président de la Jeunesse Islamique de la ville de Beni.

Bien que moins touchée que le territoire de Beni par l’extrême insécurité qui règne dans le Nord-Kivu, la ville de Beni subit elle aussi les conséquences des exactions du groupe ADF-Nalu dans la région. Président de la Jeunesse Islamique de Beni, Azizi Maliro tente, un peu seul, de remobiliser des jeunes en perte de repères.

« Notre action sur le terrain consiste à lutter contre la délinquance juvénile, organiser des débats et différents concours religieux en faveur de la jeunesse, sans distinction d’appartenance confessionnelle », nous explique-t-il. Le chômage, l’insécurité, la misère, la peur, sont partagés par toute la population de Beni, quelle que soit son ethnie ou sa religion, c’est pourquoi Azizi Maliro a décidé de prendre en charge la jeunesse de la ville dans sa globalité. Cependant, en sa qualité de président de la Jeunesse Islamique de la ville de Beni, il s’emploie à faire vivre une communauté minoritaire, et parfois montrée du doigt du fait que les ADF continuent de se faire passer pour des musulmans locaux au moment de commettre leurs atrocités. C’est ainsi qu’il mène un travail de sensibilisation et de prévention auprès des populations de la ville, afin qu’aucun amalgame ne soit fait entre l’islam et les agissements du groupe rebelle ougandais.

« Nous convoquons souvent des séminaires, nous expliquons aux jeunes les dangers du radicalisme en leur montrant que l’islam est compatible partout dans le monde, raconte Azizi Maliro. Nous étudions aussi sur le fait que ces groupes rebelles ne pratiquent pas un djihad dans le sens qui a été enseigné par le Prophète Muhammed, car la population locale a tendance à faire des amalgames entre notre communauté et les crimes des ADF. Pourquoi ? Parce que ces gens s’habillent comme des musulmans, ont des prénoms islamiques, et donnent même des noms musulmans à leurs troupes. Nous participons donc à des conférences-débats avec les autorités pour démentir ces accusations contre la communauté musulmane ».

A Beni, peut-être plus que dans de nombreux endroits en République Démocratique du Congo, la minorité musulmane souffre d’un manque criant de moyens, qui empêche la communauté de se développer, de s’éduquer et de s’épanouir. Ce manque d’appui financier, Azizi Maliro en vit les conséquences directes tous les jours, et se voit freiné dans la moindre initiative, même la plus basique, qu’il souhaite prendre en faveur des musulmans locaux.

« L’islam se manifeste moyennement dans la ville de Beni : Les mosquées ne sont pas nombreuses, nous n’avons pas de terrains pour construire, les madrassas,… il y en a une mais elle est loin, et du manque d’écoles islamiques résulte le manque d’imams et de professeurs, déplore-t-il. Tout cela est dû au manque de moyens, et ce sont les jeunes qui en pâtissent puisqu’ils ne peuvent pas apprendre leur religion. Nous manquons également de bibliothèques pour que les gens se cultivent. En plus de cela, les jeunes musulmans ne s’investissent plus à cause de la multiplication des guerres. »

Des activités sont bien menées au sein de la Jeunesse Islamique de Beni, mais les travaux manuels proposés, comme les prises de paroles hebdomadaires ne semblent plus suffire à motiver une jeunesse qui ne s’implique plus, ni dans le travail, ni dans l’entrepreneuriat, ni dans l’éducation islamique, fatiguée par la situation d’insécurité permanente dans la région. Désireux d’interagir avec les associations musulmanes des pays voisins (Ouganda, Rwanda), Azizi Maliro est là aussi confronté à des difficultés financières qui empêchent son association d’évoluer concrètement et de s’investir davantage pour la paix et au-delà. « Nous rêvions aussi d’intervenir en faveur de l’éducation des orphelins, la promotion de l’agriculture, la pêche et l’élevage, et intervenir dans l’assainissement du milieu et la protection de l’environnement, mais nous en revenons toujours au même problème ».

Les idées et les projets sont riches au sein de la Jeunesse Islamique de Beni, et l’énergie de son président s’exerce quotidiennement dans un contexte d’insécurité profonde, et même de guerre. Pas aidées par les instances islamiques, ni par les autorités, de nombreuses associations musulmanes se sentent abandonnées, et voient leurs projets en rester au stade d’embryon, faute de soutien et d’accompagnement financier, matériel et humain.