[Témoignage] – Dr AbdoulMadjid Kasogbia : « La première personne qui m’a appris le Coran était une femme ».

Le Dr AbdoulMadjid donne une conférence à Abidjan (13/02/2016)
Le Dr AbdoulMadjid donne une conférence à Abidjan (13/02/2016)

Présent en Côte d’Ivoire au mois de février dernier, le Docteur AbdoulMadjid Kasogbia en a profité pour en dire plus sur ses origines et son parcours personnel.

Au micro de Diabate Fousseni, dans l’émission Témoignages, sur les ondes de la radio confessionnelle ivoirienne Al-Bayane, le théologien congolais a expliqué comment il avait été amené à s’orienter vers la prédication islamique. De ses origines à son éducation, en passant par son cursus théologique, AbdoulMadjid Kasogbia a détaillé son cheminement dans l’apprentissage et la transmission du message islamique.


Le contexte familial et l’éducation religieuse :

« Je suis le fondateur et le président du groupe islamique de prédication Al-Badrou. Je suis né d’une famille musulmane, sauf que ma mère était une chrétienne, convertie à l’islam, alors que mon père est d’une famille 100% musulmane. J’ai étudié dans des écoles conventionnées chrétiennes, entre autres catholiques, puis protestantes. La prédication a commencé en 1998. Je m’étais déjà familiarisé avec les écritures chrétiennes, aussi parce que j’étais au séminaire catholique de Mandombe, bien que je n’étais pas un da3i (ndlr: prédicateur) au sens islamique du terme à l’époque, mais je m’étais quand-même familiarisé avec les Écritures chrétiennes. »

Kisangani Carte

Les débuts dans la prédication :

« Ensuite il y a eu une prise de conscience par rapport à ce devoir sacré, de la da3wa (ndlr: invitation à l’islam). J’ai eu cette prise de conscience lorsque je me suis rendu compte que nous étions une minorité en République Démocratique du Congo. C’est un pays laïc mais à consonance chrétienne. Il y a eu une campagne qui a été organisée par les pasteurs, notamment autour de nos mosquées. C’est à ce moment là qu’étant issu des écoles chrétiennes, j’ai commencé à discuter avec les chrétiens. Ceci dit, on poursuivait nos études islamiques comme d’habitude, puisque nous avions des madrassas. Et la première personne qui m’a appris à lire le Coran était une femme. Le « alif », « ba », c’est cette dame qui m’a appris tout cela. Ensuite il y a eu mon Shaykh Ibrahim, Shaykh Saleh, qui est décédé entre-temps, qu’Allâh l’accueille dans sa miséricorde. J’ai aussi étudié auprès de Shaykh Abdallah, que j’ai récemment revu lorsque j’étais à l’Est de la RDC. Ce sont eux qui m’ont appris à lire le Coran, puis on a continué nos études islamiques à la madrassa Nour Al-Yaqin de Shaykh Ibrahim à Kisangani. A partir de là, en 1999 j’ai commencé à faire des débats avec les chrétiens. Ensuite j’ai quitté la ville de Kisangani, qui est ma ville natale, même si en fait moi je suis originaire de l’Equateur, qui est la région du défunt président Mobutu. Mais je suis né à Kisangani et c’est là où j’ai fait mes études. Donc j’ai quitté Kisangani pour aller habiter à Kinshasa, et c’est là où j’ai tenu mes premiers débats publics. Là, j’ai trouvé le même virus, la même maladie : il y avait des évangélistes qui organisaient des campagnes autour de nos mosquées. La musique qu’ils jouaient parvenait jusque dans nos mosquées, de sorte qu’on ne pouvait même pas se concentrer dans la prière. J’ai alors consulté quelques frères qui avaient des moyens, et qui pouvaient mettre à notre disposition du matériel de sonorisation, et c’est comme ça qu’on a pu commencer nos premiers débats publics à Kinshasa en octobre 1999. Et après cela, je suis allé au Soudan, pour compléter mes études islamiques. Je tenais à faire des études en religions comparées, mais cette option n’était pas disponible au Soudan, donc j’ai été en Egypte. Là, j’ai étudié à l’académie d’études des coutumes et religions comparées. »


Le débat dans l’émission KRATOS :

« C’est un débat qui a eu lieu au Congo-Brazzaville, dans l’émission Kratos, avec Jean Obambi, que je salue au passage. C’est ce débat là qui m’a permis, à moi ainsi qu’à mes frères, d’être connus par les musulmans et aussi les chrétiens dans d’autres pays d’Afrique, en Europe, et même jusqu’aux Etats-Unis. C’est à partir de là que beaucoup de choses ont changé, et c’est d’ailleurs après cela que j’ai décidé d’aller compléter mes études au Soudan. Parce que l’éloquence, qui est un don, à elle-seule ne suffit pas, encore faut-il la compléter avec la connaissance. Donc il fallait que j’aille compléter mes études au Soudan, puis après, comme je l’ai dit tout à l’heure, j’ai été renforcer mes connaissances en Egypte. 

L'imam Abdallah Bankita et le Dr AbdoulMadjid Kasogbia dans l'émission KRATOS, en 1999.
L’imam Abdallah Bankita et le Dr AbdoulMadjid Kasogbia dans l’émission KRATOS, en 1999.

« Nous avons eu la chance d’être invités, on a été appelés par des frères un peu partout en Afrique, nous avons visité de nombreux pays, toujours dans ce cadre (de prédication, ndlr) et cela tout à fait gratuitement. Nous n’exigeons rien en retour car c’est un devoir sacré pour nous, puisque le Prophète (sallallâhu ‘alayhi wa sallam) a dit : « Transmettez de moi ne serait-ce qu’un verset ». Donc tout musulman, dans son propre cercle, est invité à appeler les gens à l’islam dans la limite de ses connaissances, en paroles comme en actes. »


L’entente entre les chrétiens et les musulmans en République Démocratique du Congo :

« Chez nous, nous vivons totalement en paix avec les chrétiens, et ces chrétiens, nous avons constaté qu’ils nous aiment beaucoup, hormis les pasteurs. Je parle là des pasteurs qui ont fait des églises leur outil pour générer des revenus. Quand on parle, ceux-là peuvent voir un danger, parce que la vérité qu’on dira pourrait remettre en cause leurs intérêts matériels. Par contre, les vrais pasteurs, qui prêchent la Parole et qui n’ont rien à voir avec les intérêts matériels, eux nous apprécient, parce que nous leur faisons découvrir beaucoup de choses qu’ils ignoraient avant d’avoir écouté les musulmans. Il n’y a que ceux qui ont un quelconque intérêt matériel dans les églises qui peuvent voir en moi un danger. Mais les autres, ils voient un moi quelqu’un qui peut leur faire découvrir certains points qui leur avaient échappé avant. Le dialogue islamo-chrétien nous a permis de nous connaître mutuellement et de nous rapprocher encore plus. Il faut savoir que nous ne dialoguons pas uniquement sur les points de divergence avec les chrétiens, mais également sur les points de convergence, qui sont très nombreux. Lorsqu’il est question d’aborder les points de divergence, on ne le fait que dans un esprit de complémentarité, cela nous permet de créer un terrain d’entente qui permet d’échanger nos connaissances respectives et d’établir un lien de fraternité d’un point de vue horizontale. Car chrétiens ou musulmans, nous sommes tous congolais. La seule chose qui nous différencie, c’est que les uns vont à l’église et les autres à la mosquée. Mais dans la vie quotidienne, nous sommes tous appelés à œuvrer pour le bien de notre pays et le développement de notre pays. »


Les éloges à son égard.

« C’est bien mais en même temps, parfois ça me fait peur. Parce que le Prophète (sallallâhu ‘alayhi wa sallam) a avertit que lorsque les gens parlaient de vous et chantaient vos éloges, vous étiez alors plus proche du danger qu’autre chose. C’est pourquoi il a demandé d’exiger des personnes qui vous faisaient des éloges d’invoquer Allâh en votre faveur pour que vous ne tombiez pas dans la vanité qui vous mènera en Enfer. Ça fait plaisir de se voir aimé par ses frères et soeurs en Dieu, mais c’est aussi un danger. Cependant, nous restons humbles, parce que nous savons que ce pour quoi les gens nous font des éloges ne nous appartient pas, ça ne vient pas de nous. Le Coran ne nous appartient pas, la Sunnah non plus, et l’islam est la religion de Dieu. Donc c’est un plaisir pour nous de savoir que Dieu a décidé, avant même la création des mondes, de nous utiliser comme des outils qui auraient la mission de transmettre le message de l’islam dans la limite de leurs connaissances. »

*retranscription Dunia Kongo Media