RD Congo – Actu : En privé, des leaders musulmans s’agacent de l’attitude du pouvoir.

 kABILA ET REligieux musulmans

Ils ne veulent surtout pas faire de vagues et commentent a minima l’actualité politique du pays. Pourtant, en privé, de nombreux religieux musulmans ne comprennent pas le statut quo entretenu par le pouvoir.

Alors que la situation politique s’embourbe et que tout semble réuni pour que le calendrier électoral ne soit jamais respecté, la population congolaise n’a désormais qu’une seule envie : faire plier le président Kabila. Soupçonné d’entretenir le flou sur son avenir pour se maintenir au pouvoir, le chef de l’Etat, qui n’a toujours pas désigné de successeur issu de son parti, a convoqué un dialogue national et inclusif auquel aucun opposant politique n’a souhaité participer. Conscients pour la plupart d’entre eux des manœuvres présidentielles, les leaders de la communauté musulmane se refusent toujours à prendre position publiquement, par respect pour la fonction présidentielle, qui pour l’heure n’a pas été bafouée, d’un point de vue constitutionnel, par le Joseph Kabila.

Silence en public, donc, mais agacement en privé. Plusieurs leaders de la communauté musulmane congolaise, rattachés à la COMICO ou non, expriment ainsi leur incompréhension face à « ceux qui sont incapables de lâcher le pouvoir même lorsque leur mandat arrive à son terme ». Pour d’autres, c’est la situation dans l’Est du pays qui motive les critiques à l’égard de Kinshasa. « Un vrai leader politique, digne de ce nom, doit considérer comme prioritaire la sécurité de la population », lâche ainsi un imam directement concerné par le règne des groupes armés, puisque ces derniers opèrent dans sa région. Ces critiques, les religieux musulmans, soucieux de ne pas envenimer la situation, s’efforcent de les contenir en leur préférant des invitations à la fraternité et au maintien de la cohésion nationale. Un discours  sur lequel ils auraient aimé ne pas avoir à insister, mais rendu nécessaire, voire fondamental, par le flou savamment entretenu par les autorités congolaises.

Du côté des fidèles, ce climat de tensions entraîne bien des questions sur l’attitude à adopter et le parti à prendre. Agacés par un pouvoir politique qui n’a jamais répondu à leurs nombreuses revendications, et qui les obligent à un dangereux exercice d’équilibriste en cette fin de mandat, les leaders musulmans parviennent encore à intérioriser leur exaspération, pour le bien du Congo.