Grands Lacs – Ouganda : Estimés à 13% de la population, les musulmans contestent les chiffres.

Ouganda Islam

Longtemps minoritaires en Ouganda, les musulmans pourraient bientôt faire jeu égal avec la majorité chrétienne, tant leur nombre et leur influence ne cessent de prendre de l’ampleur dans le pays.

Jusqu’à présent estimés à environ 13% de la population, les musulmans ne cessent de prendre du poids au sein de la société ougandaise. Alors que ses leaders font l’objet d’attaques et d’assassinats mystérieux et récurrents depuis près de deux ans, la communauté musulmane prend une importance de plus en plus considérable dans le pays, obligeant le pouvoir à la bichonner à l’occasion de la dernière élection présidentielle. En effet, le président Yoweri Museveni avait promis, lors de sa campagne électorale, l’adoption d’une loi introduisant le système de financement islamique dans le pays, promesse tenue récemment avec la signature du Financial Institutions Bill, pour la plus grande joie des musulmans et des instances islamiques du pays.

Si les autorités ont décidé de prêter attention aux revendications des musulmans ougandais, c’est que cette communauté grossit au point de devenir incontournable dans certaines prises de décision et orientations sociétales du pays. D’après le dernier recensement en la matière, datant de 2014,  les catholiques et les anglicans n’ont cessé de décliner depuis les 10 dernières années, alors que les musulmans et les pentecôtistes ont vu le nombre de leurs adeptes exploser. De 12,4% de la population en 2002, le nombre de musulmans en Ouganda est passé à 13,7% en 2014. En 10 ans, au moins 795 800 catholiques et 1 626 200 d’anglicans se sont ainsi convertis à l’islam ou au pentecôtisme, deux religions hyperactives dans la prédication à travers l’Ouganda.

Mais la communauté musulmane, qui se considère toujours marginalisée, ne se satisfait pas de ces chiffres qu’elle juge largement inférieurs à la réalité. Interrogé par All-Africa,  Hajj Nsereko Mutumba, porte-parole du Conseil Supérieur Islamique de l’Ouganda, a rejeté en bloc le chiffre de 13,7% publié suite au recensement : « Nous refusons ces chiffres ! Il s’agit d’une manipulation pour que les musulmans continuent d’être considérés comme une minorité, alors que ce n’est plus le cas, a-t-il ainsi contesté. D’après nos chiffres, les musulmans représentent 25% de la population totale, et pas 13,7%. Nous avons de deux à quatre épouses, et nos familles peuvent engendrer six enfants en l’espace de deux à trois ans. Comment peut-on donc dire que nous ne sommes que 4,7 millions dans un pays de 34,6 millions d’habitants ? » 

Hajj Nsereko Mutumba s’est également appuyé sur l’ancienneté de la présence musulmane en Ouganda pour contester les chiffres communiqués sur le nombre d’adeptes de l’islam dans le pays. « La foi musulmane est arrivée ici en 1844, les protestants en 1877 et les catholiques en 1879. Est-ce qu’ils veulent dire, à travers leurs chiffres, que pendant une période de près de 30 ans, les musulmans sont tous morts et n’ont pas fait d’enfants ? Quels que soient les chiffres, ils réduisent notre nombre pour des raisons politiques, et cela n’est pas sérieux ».

En République Démocratique du Congo voisine, les estimations du nombre de musulmans dans le pays sont également très difficiles à vérifier. A ce jour, on parle en RDC d’une communauté représentant 10 à 12, parfois même 15% de la population totale.

 

 

 

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