RD Congo – Société : La polygamie en République Démocratique du Congo.

Place de la Victoire
Place de la Victoire, Kinshasa

Alors que la loi et le code de la famille en République Démocratique du Congo ne reconnaissent que le mariage monogamique, la polygamie, qui a toujours fait partie l’Histoire du pays, continue à être pratiquée aujourd’hui de manière plus marginale.

Si elle renvoie souvent aux traditions ouest-africaines et à l’islam, la polygamie est avant tout une pratique essentiellement ancestrale en République Démocratique du Congo. Dès leur arrivée dans le bassin du Congo au XIXème siècle, les belges ont ainsi découvert que les chefs de village et notables coutumiers pouvaient avoir jusqu’à plusieurs dizaines d’épouses, marquant ainsi leur rang et leur influence dans la société. Parfois perçue comme une forme de protection sociale et familiale, la polygamie était également prônée dans le cas du décès d’un homme marié; sa veuve était alors donnée en épouse au frère ou à un membre mâle, déjà marié ou non, de la famille du défunt. Confrontés à cette conception de la famille, les missionnaires belges ont tout mis en oeuvre pour anéantir ces pratiques qu’ils jugeaient arriérées et non conformes au christianisme qu’ils étaient venus faire adopter aux autochtones.

Prêtre jésuite belge, missionnaire et ethnologue au Congo Belge, principalement entre 1911 et 1945, Joseph Van Wing publie en 1947 un ouvrage consacré à la polygamie dans le pays, où il fait apparaître le recul de cette pratique, notamment sous l’impulsion du travail d’évangélisation des populations.

Polygamie1

Pour se convertir au christianisme, les autochtones, alors animistes, étaient contraints par les missionnaires à renoncer publiquement au fétichisme et à la polygamie. Ironie de l’Histoire; cent ans plus tard, c’est par le biais du christianisme que la pratique de la polygamie fera son grand retour, de manière offensive, sur la scène sociétale et religieuse en République Démocratique du Congo. En effet, le pasteur Kasambakana, éminent adepte de l’église primitive à Kinshasa, s’est rendu célèbre dans le pays en militant ouvertement pour le droit au mariage multiple, au nom de la polygamie pratiquée par le prophète Abraham. Lui-même ayant épousé une neuvième femme l’année dernière, le pasteur Kasambakana a eu à se justifier plusieurs fois face aux médias congolais au sujet de sa conception du mariage et de la polygamie.

« On peut épouser même 1000 femmes, comme le Roi Salomon. Cela dépend des moyens de la personne et de son choix, mais on ne peut pas empêcher quelqu’un de se marier, comme cela se fait chez les catholiques : On défend aux prêtres de se marier, mais ils prennent les femmes d’autrui » se défendait ainsi le pasteur face aux critiques des journalistes congolais. Ses prises de positions ont par ailleurs eu le mérite d’opérer un rapprochement avec la communauté musulmane, qui avait jusque là à justifier seule de l’autorisation de la polygamie dans le Saint-Coran. Dans l’entretien qu’il nous accordait récemment, l’imam Abdallâh Bankita s’amusait de voir le pasteur Kasambakana se faire le farouche défenseur d’un principe qui concentrait à lui seul les critiques contre la communauté musulmane il y a quelques années encore.

Au sein de la communauté musulmane justement, si la polygamie reste répandue chez les musulmans d’origine ouest-africaine installés au Congo, il est difficile de la mesurer auprès des congolais, même si sa reconnaissance par la loi reste une revendication forte de la part de la minorité religieuse. Autorisée par le Saint-Coran, avec une limitation à 4 femmes, la polygamie est un principe auquel les musulmans ont toujours été fermement attachés, un droit divin qu’ils refusent de voir entravé. A l’opposé, les kimbanguistes, minorité religieuse importante en RDC, interdisent formellement la pratique de la polygamie, qu’ils considèrent comme une tradition du passé contraire à leur foi.

Permise chez nos voisins du Congo-Brazzaville, la polygamie est interdite par la loi en République Démocratique du Congo. N’offrant aux épouses autres que la première que le statut de concubines, elle semble aujourd’hui se cantonner aux milieux religieux et traditionnels. Exercée de manière clandestine, elle est impossible à estimer dans le pays, et les hommes qui la pratiquent n’ont jamais à en répondre devant la justice.