RD Congo – Beni (Nord-Kivu) : Donnons leur un nom, rendons-leur leur humanité.

Plus de 1000 victimes civiles depuis octobre 2014, selon des chiffres non officiels. Souffre-douleur de présumés-ADF aux motivations totalement illisibles, la population de Beni, et le Congo tout entier, voient les leurs disparaître dans un honteux anonymat.

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C’est ce qui choque et attriste le plus, dans les tueries qui ensanglantent le territoire de Beni et ses alentours depuis près de deux ans. Ces victimes, femmes, enfants, dont les corps mutilés gisant dans des mares de sang sont visibles en quelques clics seulement sur Internet, n’ont ni nom, ni fonction précise, ni rôle bien déterminé dans la société. « Cultivateurs », « éleveurs », « villageois », sont les seuls morceaux de vie dont on les affuble la plupart du temps, des généralités qui ne racontent rien de leur histoire, de leur lien avec la nation, et qui ne suffisent pas à leur rendre leur humanité. Des chiffres, des cadavres démembrés entassés les uns sur les autres, des images insoutenables en guise d’hommage macabre rendu à des victimes dont les identités sont la plupart du temps inconnues pour le commun des congolais.

Et si sensibiliser, tirer la sonnette d’alarme sur la situation sécuritaire dans le Nord-Kivu, montrer sa solidarité, sa fraternité envers les victimes, ne passait pas par l’humanisation d’une guerre que les criminels ont réussi à rendre bestiale ? Ces morts, que tout le Congo pleure, et pour lesquels la colère du peuple gronde de plus en plus fort, ne méritent-ils pas un meilleur hommage que l’exposition publique de leurs corps, geste désespéré de nombreux congolais révoltés par le silence et l’impuissance permanente de l’Etat ? Quels étaient leurs noms ? Comment s’appelaient ces « cultivateurs » et « villageois » ? En quelle classe étaient ces pauvres enfants ? A quoi rêvaient-ils ? Ces femmes ? Quels étaient leurs rôles dans la communauté ? Nos victimes méritent mieux, fauchées par la barbarie, elles méritent d’être connues, honorées comme des enfants du Congo, pour ce qu’elles étaient au sein de leurs familles, de leurs localités et de leur ethnie. Elles méritent aussi de voir les véritables auteurs de ces massacres être pourchassés et traduits en justice, au lieu d’être dissimulés par le gouvernement derrière des appellations et prêtes-noms à la crédibilité douteuses. Racontons leurs histoires, donnons-leur un visage, répandons leurs rêves, publions leurs plus belles photos, propageons leurs idéaux et chantons leurs noms, comme un hommage ultime à leur existence. Ces populations, celles qui vivent dans les régions dites « à risque », ne demandent pourtant que cela. Témoigner de leur souffrance, mais aussi de leurs moments heureux, qui existent bel et bien, à l’ensemble des congolais et au monde entier.

Dans un pays où l’on rivalise en titres ronflants pour désigner telle ou telle fonction politique, les victimes des massacres de Beni n’ont jamais eu droit à un véritable hommage national, et leur cause n’a jamais été érigée en priorité absolue par les autorités politiques, ni de la majorité, ni de l’opposition. « La punition d’avoir pu manquer d’humanité est de la perdre enfin tout à fait », disait Rousseau; une sentence qui s’est d’ores et déjà abattue sur bien des criminels et leurs complices en République Démocratique du Congo, qui auront tous à répondre un jour de leurs actes.


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