[Témoignage] RDC – Actu : « Ma rencontre avec Muhammad Ali ».

Ali Kinshasa Mobutu

L’annonce de la mort de Muhammad Ali il y a une semaine a fortement touché les congolais qui ont vécu son « combat du siècle » à Kinshasa en 1974. Mais d’autres zaïrois ont pu croiser la légende dans des circonstances bien différentes, comme lors d’un séjour du boxeur au Soudan en 1985. C’est le cas de Moustapha Kokobile, citoyen congolais aujourd’hui installé à Abidjan. Témoignage.

« Le fait d’avoir serré la main tremblante de Mouhammad Ali en 1985 à Khartoum au Soudan lors d’un sommet islamique me plonge dans une tristesse profonde à l’annonce de sa mort vu la jovialité de son visage malgré sa maladie. Et ceci 11 ans après son combat du siècle au Zaïre (RDC) contre George Foreman (28ans) en 1974 lui, à 32 ans où il a mis ce puncheur KO au 8ème round pendant que moi j’avais 10 ans et j’étais au CE2 à l’école primaire. Mes deux amis et moi, tous congolais étudiants à l’Arab International University de Khartoum, sommes allés à l’hôtel où les délégations venues assister au sommet logeaient et nous étions décidés à le rencontrer. On rentre à l’hôtel. Barrage.  »Vous voulez voir qui ? – Mouhammad Ali.  Impossible » nous rétorqua la sécurité de l’hôtel vu notre jeune âge de l’époque : 21ans pour moi et 22 ans mes deux amis. Nous sommes restés quand-même dans un coin éloigné du vaste hall de l’hôtel sans que personne ne prête attention à nous car il y avait du beau monde. Les délégations arabes descendaient de l’ascenseur de l’hôtel les unes après les autres pour traverser le hall et se dirigeaient vers la grande salle de conférence qui devrait abriter cet évènement, quand soudain les crépitements endiablés de flash des photographes nous donnèrent l’alerte qu’une importante personnalité venait de descendre de l’ascenseur. Croyant à un chef d’État d’un pays arabe, mais non c’était lui et sa délégation !!! Les journalistes, les policiers, et le beau monde qui était là l’attendaient : « Le frère champion du monde de boxe poids lourds ». Comment l’approcher ? C’était impossible mais on le voyait par sa tête de loin qui surplombait son entourage et ce visage maintes fois vu à la télévision et dans les magazines ne faisait aucun doute. Mes deux amis et moi sommes mis à scander  »ALI BOMA YE ! ALI BOMA YE! ALI BOMA YE ! ( Ali tue- le ou Ali terrasse- le) que lui -même prononçait (ALI BOUM YÉ) dans le hall. Muhammad Ali, 43 ans alors, s’est arrêté, a regardé vers notre direction, s’est frayé un chemin jusqu’à nous et nous a pointé du doigt en disant visiblement content « You are from Zaïre, right ? » (Vous êtes des zaïrois, n’est ce pas ?), « Were you already born during that fight ? » (Étiez-vous déjà nés lors de ce combat ?). Comme si à ses yeux du haut de nos 20 ans on était encore des minuscules créatures lui rappelant un événement inoubliable de sa riche et tumultueuse vie. « What are you doing here ? » (Vous faites quoi au Soudan ?). Nous lui avons répondu que nous étions étudiants d’une université islamique soudanaise et comme surpris il nous a demandé « Are you muslims » ? A notre réponse  »yes » il avait ajouté « you are my brothers (vous êtes mes frères). Il nous a informé, debout- debout par la suite malgré le grimace du protocole, en prenant son temps, qu’il avait son Michigan Islamic University et qu’il était venu dans ce sommet en tant qu’invité d’honneur et qu’il profitait de ce sommet pour chercher de l’aide pour son Université. C’est là que j’avais vu pour la première fois les ravages de la maladie de Parkinson sur un être humain et de surcroît Muhammad Ali Cassius Clay heavyweight champion ! Grand champion du monde de boxe de catégorie poids lourd : Avoir de difficultés à articuler les mots et le tremblement incessant des mains avec une démarche proche de zombie ! Cela doit nous interpeller consciencieusement sur la puissance divine et sa crainte! Soubhana lahou! (Purété à Allah) Allahou Akbar! (Allah est grand). La hawla wa la qouwwata illa billahi! ( il n’y a ni puissance ni force si ce n’est Allah).

31 ans après cette rencontre, il a tiré sa révérence en tant que simple humain à 74 ans! Qu’Allah ait pitié de son âme , en pardonnant ses fautes et l’accueille dans Son Paradis Al Firdaws pour son amour de l’islam ! Amine ! »

Oustaz Moustapha Kokobile
Oustaz Moustapha Kokobile