Diaspora – Islam : Communauté religieuse la plus pauvre de RDC, les musulmans ont besoin d’aide.

Distribution alimentaire sur le Plateau des Bateke. Ramadan 2016.
Distribution alimentaire sur le Plateau des Bateke. Ramadan 2016.

En République Démocratique du Congo, la communauté musulmane est frappée de plein fouet par la pauvreté qui touche une grande partie de la population. Appelés à aider leurs frères restés au pays, les musulmans de la diaspora congolaise hésitent encore à s’engager pleinement.

Les musulmans du Congo ont besoin d’aide à presque tous les niveaux. Nombreuses sont les associations, mais aussi les institutions officielles de l’islam congolais, à demander l’intervention financière de leurs frères en dehors du pays, faute de recevoir la moindre aide de l’Etat. La situation est telle qu’aujourd’hui, une simple conférence, un simple séminaire, peut être tout bonnement annulé faute de moyens. Les installations de sonorisation, les salles de conférence quand les événements se tiennent hors des mosquées, les collations, tout se monnaye aujourd’hui en République Démocratique du Congo, et les organisations islamiques capables d’assumer ce type de dépenses sont rares. Face à cette situation, les autorités islamiques locales cherchent de plus en plus à bénéficier, comme les chrétiens, d’une aide financière de l’étranger ; souvent l’Arabie Saoudite, mais aussi l’Iran, qui sponsorise grandement l’islam chiite de Kinshasa. Mais les congolais musulmans, nombreux en Angleterre, en Belgique et comptant un nombre important de convertis en France, sont également sollicités.

Jusqu’à présent, les congolais, ou enfants d’immigrés congolais installés en Europe, étaient plutôt réticents à s’engager financièrement en faveur de la RDC. Manque de confiance, méconnaissance des mœurs locales, et dans le cas des musulmans de la diaspora, la connaissance plus que vague de la présence d’une forte communauté musulmane au Congo. Hors du pays, c’est l’image d’un Congo presque intégralement chrétien, à forte tonalité évangéliste, qui continue de circuler. Une situation qui a longtemps fait oublier aux musulmans de l’étranger qu’ils avaient bel et bien des frères établis au pays, vivant souvent dans une bien triste situation matérielle. Car les organisations religieuses musulmanes congolaises, pas plus que les associations, qui continuent à voir le jour de plus en plus fréquemment, ne bénéficient d’aide de la part de l’Etat. Ce manque, ce sont les membres de la diaspora qui sont appelés à venir le combler, soit en s’engageant dans des dons réguliers en faveur d’associations locales, soit en investissant dans un projet bénéfique à la minorité confessionnelle congolaise. Des écoles à construire, comme en Ituri, où quelques milliers de dollars manquent pour finaliser le projet, des établissements à sauver, comme à Kinshasa, où le Marzak Tadhibil-Islamiyyou menace de fermer ses portes et d’être expulsé de la parcelle qui lui a été prêté pour une durée déterminée.

Pour les musulmans de la diaspora, notamment ceux de Belgique, la plateforme la plus réputée pour venir en aide à la communauté de la RDC reste l’association Al-Ma’oun, engagée depuis 6 ans dans le pays. Mais l’ASBL est seule, bien trop seule pour toute la communauté musulmane congolaise, c’est pourquoi elle limite ses actions à la ville de Kinshasa, où le partenariat avec l’AACRD Congo profite directement à des centaines d’orphelins, de femmes et de jeunes musulmans. Ailleurs dans le pays, quasiment aucune action menée par les congolais de la diaspora, doublés sur le terrain par des bailleurs de fonds turcs, saoudiens ou iraniens. Si les associations locales voient d’un bon œil l’implication de bienfaiteurs étrangers, nombreux sont ceux qui préféreraient voir des « enfants du pays » se manifester davantage et ainsi démontrer que le confort occidental ne leur avait pas fait oublier leurs racines congolaises.

Pour l’heure, face aux autres groupes confessionnels présents au Congo, la communauté musulmane, de l’aveu même de certains chefs d’entités islamiques provinciaux, est la plus pauvre du pays.