RD Congo – Beauté : Les femmes musulmanes réinventent le hijab à la congolaise.

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Porter le hijab avec élégance tout en respectant la culture congolaise. C’est le mariage réussi par de nombreuses musulmanes en RDC, qui luttent contre l’influence de la mode islamique étrangère pour préserver et magnifier leur propre identité.

À l’image de leurs concitoyennes non-musulmanes, les congolaises accordent une haute importance au choix d’un style vestimentaire qu’elles veulent élégant et respectueux de la culture du pays. Soumises à des règles spécifiques sur leur manière de se vêtir alors que l’islam leur interdit de dévoiler toute partie de leur corps autre que les mains et le visage, ces femmes s’efforcent de mettre en conformité la tradition congolaise avec ces préceptes coraniques bien présents dans leurs esprits. Loin d’être vécues comme un frein, ces restrictions religieuses permettent aux congolaises d’obédience musulmane de réinventer un style compatible avec les codes africains, mais aussi avec une foi qu’elles tiennent absolument à extérioriser. Une volonté animée aussi bien par le besoin de répondre à des mœurs vestimentaires jugées de plus en plus dépravées au sein de la société congolaise, mais aussi par le désir de lutter contre l’apparition d’une mode islamique importée de l’étranger, et plus particulièrement du monde arabe.

De culture swahilie, les musulmanes de l’Est de la République Démocratique du Congo, berceau historique de l’islam dans le pays, partagent un style vestimentaire proche, parfois même similaire à celui leurs soeurs du Rwanda, de la Tanzanie, et l’on retrouve parfois même des similitudes avec le célèbre chiromani des femmes comoriennes. Dans le reste du pays, l’immigration ouest-africaine a influencé, depuis des décennies déjà, la tenue des femmes musulmanes de Kinshasa, Lubumbashi, ou d’autres grandes villes, avec ces larges voiles blancs ou colorés portés avec des boubous de fabrication congolaise. Ces manières de porter le hijab font aujourd’hui partie intégrante du paysage islamique en RDC, de par l’ancienneté de l’implantation de ces cultures qui ont su se marier avec les vêtements traditionnels locaux.

Mais cette fidélité à une certaine idée de l’identité bantoue est également une manière de résister à la progression des tenues venues du Golfe, comme les abayas ou le jilbab saoudien, souvent liés à certaines tendances religieuses au sein de l’islam sunnite, ou parfois même au chiisme lorsqu’il s’agit du tchador iranien. Jugés austères et monotones, ces voiles orientaux peinent à séduire pleinement au Congo, où la population les perçoit surtout comme un outil d’importation idéologique et politique en provenance du monde arabe. Chez les musulmanes, on retrouve quelques adeptes de l’école juridique hanbalite, mais aussi des jeunes filles appartenant au courant salafi, continuer d’arborer fièrement ce type de vêtements, une infime minorité seulement allant jusqu’à se voiler également le visage.

Soraya Aziz Souleymane, fondatrice de l'ONG Nyota-DRC
Soraya Aziz Souleymane, fondatrice de l’ONG Nyota-DRC

Si certaines sont encore en marge de la vie active, alors que peu de patrons acceptent de s’attacher leurs services en raison de leur tenue vestimentaire, les femmes musulmanes de la République Démocratique du Congo ont toujours su se faire une place au sein de la société congolaise. Dans les milieux politiques comme au sein de la société civile, il n’est plus rare de voir des femmes faire tomber le tailleur pour la tenue islamique une fois le week-end venu, ou lors de célébrations particulières comme pour l’Aïd. Alors qu’elles suscitent encore les interrogations dans les régions où elles sont minoritaires, elles ont su, notamment en adaptant leur voile islamique aux traditions vestimentaires locales, donner une représentation exclusivement congolaise de leur communauté religieuse. Accusée autrefois d’être une imitation d’un culte réservé aux Arabes, une importation d’une croyance venue de l’étranger, la religion musulmane, notamment grâce à ses femmes, affirme aujourd’hui de plus en plus son caractère purement local. Un phénomène qui n’en est peut-être qu’à ses débuts, de nombreux prédicateurs, mais aussi des associations de femmes musulmanes, œuvrant d’arrache-pied pour que davantage de femmes s’affiliant à l’islam extériorisent leur appartenance religieuse par le port du voile.

Femmes musulmanes assistant à la campagne islamique de Gemena (Equateur) à l'été 2015
Femmes musulmanes assistant à la campagne islamique de Gemena (Equateur) à l’été 2015