[Témoignage] Kisangani – Leïla : « Diplômée en droit économique et social, je suis au chômage en RDC ».

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En République Démocratique du Congo, détenir un diplôme, même hautement qualifié, n’est plus gage de succès professionnel pour la jeunesse. Originaire de Kisangani, dans la province de la Tshopo, Leïla, 25 ans, nous raconte sa course effrénée à l’emploi dans un pays qui n’offre que peu d’opportunités aux jeunes, et encore moins aux femmes. Témoignage.

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« J’ai 25 ans, j’habite la commune de Kisangani et j’ai étudié le droit économique et social à l’université de Kisangani. J’ai obtenu ma licence en droit économique et social cette année, mais j’ai commencé à chercher un emploi dès l’obtention de mon diplôme d’Etat en graduat, sans succès. Je suis donc au chômage. Compte tenu des réalités du pays, et parce que le travail est aussi rare que nos chemins de fer, j’en suis à croire au miracles pour en trouver. Ça fait un peu plus de deux ans que je recherche ardemment, que je réponds aux offres d’emploi, je présente ma candidature chaque fois que je le peux, je ne perds pas espoir. Lorsque des offres sont publiées, ils précisent que les candidatures féminines sont encouragées, mais la réalité est toute autre. Vu que rien ne se présente à moi pour le moment, je compte me lancer temporairement dans le petit commerce de rue afin de subvenir à mes besoins. La vente de produits cosmétiques. J’envisage ensuite de me rendre à Kinshasa pour déposer mon dossier afin d’être retenue pour le concours de la magistrature qui pourrait être organisé en 2017. Je n’ai aucun contact professionnel à Kinshasa. Pour y aller, il me faudra assumer le prix du voyage mais aussi financer mon séjour sur place, d’où mon besoin d’exercer une activité temporaire en attendant. M’engager dans l’associatif aurait pu me plaire, j’ai un temps fait partie d’une association de communicants pour la défense de la femme et des enfants, mais elle n’existe plus, c’était l’ACODDEF.

La situation du pays ? Pour le moment, elle est très compliquée avec cette tension des élections, la résistance de la majorité au pouvoir et la pression de l’opposition. L’avenir est flou, très incertain, nous vivons dans le doute. Le grand problème à mes yeux, c’est le respect de la Constitution sur le délais du mandat. Pour le reste, la population se décidera entre les candidats qui se présenteront. Me concernant, il m’est impossible de désigner un candidat qui me donne de l’espoir pour l’avenir.

Cet avenir flou, incertain, il m’empêche aussi de penser à fonder une famille. Je suis issue d’une famille nombreuse, pauvre. Je suis l’aînée d’une fratrie de 5 frères et 2 sœurs, mais je suis la seule qui ait fait l’université. Ma mère est commerçante, mon père est décédé et je ne peux pas me permettre de rester les bras croisés à rien faire. J’ai étudié avec beaucoup de difficultés et je me dois de prendre en charge ma famille à mon tour, c’est en cela que je ressens une certaine pression familiale. Ma priorité est d’évoluer encore en finissant mes études, le reste viendra après. Si je me marie, les enfants sont une charge, et je devrai aider financièrement mon époux car son salaire seul pourrait ne pas suffire. Je devrais aussi aider ma mère, mes frères et soeurs.

Comme vous le voyez, le chômage est une dure réalité au Congo, et ceux qui ont décroché une licence comptent parmi ceux qui en souffrent le plus. »

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Récit recueilli par Hakim Maludi