[ITW] – Kinshasa – Islam : Entretien avec Shaykh Youssouf Djibondo, prédicateur humanitaire.

Shaykh Youssouf Djibondo, président de l'AACRDCongo
Shaykh Youssouf Djibondo, président de l’AACRDCongo

Sauver les âmes, défendre le faible, protéger l’orphelin, tendre la main aux démunis. Entre son investissement islamique et son incroyable sens de l’action humanitaire, Shaykh Youssouf Djibondo représente aujourd’hui un nouvel activisme spirituel, ultra-dynamique, mais en manque criant de moyens. Entretien.

Diplômé en sciences économiques (option gestion financière) à l’ISTC de Kinshasa, ancien activiste des Droits de l’Homme au sein de la Ligue des Électeurs Congolais, Shaykh Youssouf Djibondo a également décroché un diplôme en langue arabe, une licence en sciences de l’éducation islamique et à la prédication à l’université de Médine, ainsi qu’un diplôme de formation en informatique. Avant de se consacrer intégralement à la prédication islamique, le natif de Kananga a dirigé une coopérative d’épargne, puis a été président des étudiants congolais en Arabie Saoudite, avant de devenir co-fondateur de l’AAC-RDCongo à partir du 4 décembre 2008.
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Youssouf Djibondo 1
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Vous êtes à la tête de l’Association d’Assistance Charitable en République Démocratique du Congo (AAC-RDCongo), quels sont les objectifs de cette organisation ? 
 
Shaykh Youssouf Djibondo : L’ AACRDCongo a pour objectifs principaux : la propagation de la foi musulmane à travers des conférences, formations, campagnes islamiques ou rencontres culturelles d’échange entre les religions. L’encadrement des nouveaux convertis et des jeunes musulmans par l’enseignement, la prise en charge totale ou partielle des orphelins, les constructions de mosquées et écoles islamiques, et autres programmes de développement en général. Notre champ de travail est pour toute la RDC, mais pour le moment nous sommes en train de nous installer petit a petit, faute de moyens financiers.
Combien de personnes composent l’AAC-RDCongo aujourd’hui ? 
Shaykh Youssouf Djibondo : Notre organisation est composée de 4 membres au niveau du comité directeur : Shaykh Youssouf Djibondo (président), Abdulkarim Uredi Bin Sefu (secrétaire général), Abubakar Musangu Tumba (chargé de logistique), Ibrahim Piopio Mafuta (chargé de finances). Il y a 3 membres au comité exécutif : Shaykh Souleyman Konde (direction de l’encadrement de nouveaux convertis et des orphelins), Shaykh Ibrahim Wanswa, son adjoint, et Shaykh Idriss Nzeza, à la direction de dawah (prédication, ndlr). Shaykh Abdulhakim Andendewa Libana est pour sa part chargé des relations publiques.
Quelles sont les démarches à effectuer, en RDC, pour monter à titre officiel une association comme la vôtre ?
Shaykh Youssouf Djibondo : Il faut remplir les exigences administratives de l’Etat congolais, partant des ministères de la Justice, de l’Intérieur, du social et du budget. Au Congo, une ONG comme la nôtre ne pose pas de problèmes, la laïcité est véritablement respectée.
AACRDCongo
Vous alliez donc la prédication islamique aux actions humanitaires. Est-ce le contexte spirituel, mais aussi de pauvreté en RDC qui vous y a poussé ?
Shaykh Youssouf Djibondo : Le contexte spirituel nous a poussé à ouvrir une brèche humanitaire compte tenu de la situation des musulmans sur tous les plans, sauf le plan politique que nous trouvons moins intéressant.
Votre association demande énormément de moyens pour fonctionner efficacement. Percevez-vous des subventions de l’Etat, ou bien vos actions dépendent uniquement des dons ?
Shaykh Youssouf Djibondo : Jusqu’à présent, nous n’avons pas encore eu de subventions de l’Etat congolais. L’AACRDCongo vit uniquement des dons de partenaires associatifs ou individuels à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, à destination aussi bien de nos actions humanitaires que de nos travaux de prédication.
Chacune de vos visites dans les mosquées se conclut par des dons de livres et accessoires islamiques que vous offrez aux participants, comment expliquez-vous notre retard, en RDC, en matière de livres islamiques ?
Shaykh Youssouf Djibondo : Le retard en RDC s’explique d’abord sur le plan interne, où la majorité des musulmans n ‘ont pas assez d’argent pour acheter les livres islamiques, compte tenu de sa population qui est souvent très jeune. Il y a aussi un manque de bibliothèques islamiques pour se cultiver, et les ONG qui nous ont précédé n’avaient pas pris d’initiatives sur la distribution gratuite de livres. Sur le plan externe, on déplore  l’inexistence d’ ONG islamiques en partenariat avec les ONG internes en ce qui concerne les dons des livres gratuits, sauf quelques exceptions telles que Al-Ma’oun de Belgique.
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Au sujet de la prédication, à la fin de l’année 2015, vous avez multiplié les conférences sur le thème de la sorcellerie. Ce fléau est-il présent à ce point dans la vie des Congolais ?
Shaykh Youssouf Djibondo : Oui ce fléau est présent, on voit aujourd’hui la multiplication des sectes d’occultisme dans la ville de Kinshasa. Les magiciens, les adeptes de pratiques aux effets sataniques qui se produisent notamment dans les familles musulmanes, c’est la raison pour laquelle il était de notre devoir de conscientiser , de former et d’informer les musulmans du danger qui les guettait, afin de les pousser à s’en prémunir et à se protéger.
Aujourd’hui, certains musulmans d’origine Congolaise qui vivent en Europe songent de plus en plus à agir en faveur de leurs frères et sœurs en RDC. Quel message auriez-vous à leur adresser ?
Shaykh Youssouf Djibondo : Nous ne pouvons que les encourager dans leurs bonnes intentions d’aider les congolais musulmans, de lever leur niveau spirituel et de créer un cadre propice pour pratiquer dignement leur religion. Ils doivent savoir que la récompense d’Allâh est pour eux-mêmes, non pas pour les personnes qu’ils aident.
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Propos recueillis par Hakim Maludi.