RD Congo – Islam / Aïd Al-Adhâ : Pour son grand discours de l’Aïd, les musulmans attendent des mots forts de l’imam Ali Mwinyi.

Lundi 12 septembre, l’imam représentant légal de la COMICO prononcera son traditionnel discours de l’Aïd face à des milliers de musulmans au Stade des Martyrs, à Kinshasa. Compte tenu du contexte de ces dernières semaines, son message est particulièrement attendu au sein de la communauté musulmane congolaise.

Prière de l'Aïd Al-Fitr à Kinshasa (juillet 2016)
Prière de l’Aïd Al-Fitr à Kinshasa (juillet 2016)

Clore la polémique « Lambert Mende ».

Cette année, le discours que délivrera Shaykh Ali Mwinyi à l’occasion de la plus grande fête en islam aura une portée forcément particulière pour les musulmans congolais, mais aussi pour l’ensemble des citoyens. Offensés par les allégations du gouvernement, et de Lambert Mende en particulier, envers certains membres éminents de la communauté musulmane au Nord-Kivu, les musulmans attendent désormais des mots forts de la part de leurs autorités. Pourtant, l’imam représentant légal de la COMICO s’est récemment illustré par sa réactivité face à l’enchaînement des événements, se démenant pour innocenter l’islam congolais de toute solidarité ou complicité que ce soit avec le « djihadisme » affublé aux tueurs de Beni par le gouvernement. Comme tous au Congo, la minorité musulmane reconnaît bel et bien les racines islamistes du mouvement des ADF-Nalu, mais elle considère que ce groupe, mis hors d’état de nuire depuis des années, dit-on à Beni, est aujourd’hui utilisé comme un prête-nom derrière lequel se cachent ces véritables semeurs de mort que certains s’évertuent à couvrir. De faux ADF, des djihadistes qui n’en sont pas, l’islam comme bouc-émissaire donc, les musulmans congolais comme complices indirects des tueries à Beni. Tel est le ressenti au sein de la communauté, et telles sont les accusations auxquelles l’imam représentant légal devra apporter des réponses face aux musulmans et aux médias de tout le pays dans 3 jours.

Demander que les vrais responsables des massacres soient jugés ?

Absolument pas convaincu par l’implication des imams actuellement jugés par le tribunal militaire de Beni, l’imam Ali Mwinyi peut-il demander, à l’image des responsables catholiques congolais, que toute la lumière soit faite sur les tueries incessantes à l’Est du pays ? Meurtris par la situation dans le Nord-Kivu, et par le fait de voir l’insécurité être justifiée par l’agissement d’adeptes présumés de l’islam, les musulmans congolais veulent voir leur représentant dire tout haut ce qu’ils murmurent dans les mosquées ou dénoncent sur les réseaux sociaux depuis plusieurs mois. Nombreux sont ceux qui veulent l’entendre aller au-delà des condamnations pour exiger une enquête crédible sur les véritables auteurs des massacres, et non ceux dont le gouvernement congolais s’est fait le porte-parole. Alors que la RDC connaît déjà un climat de tension maximale, la communauté musulmane en veut à son gouvernement d’avoir tenté de mettre de l’huile sur le feu en la sacrifiant à des fins qu’elle considère comme purement politiques. Aujourd’hui, elle estime que le banc des accusés de la Cour militaire de Beni est outrageusement incomplet, et que les cerveaux et commanditaires de l’instabilité à l’Est du pays courent toujours.

Réaffirmer l’unité de la nation congolaise.

Dans le viseur de la communauté, Lambert Mende est accusé d’avoir livré les musulmans à la confusion et à toutes sortes d’amalgames qui auraient pu, et peuvent encore, avoir des conséquences dramatiques pour la cohésion nationale congolaise. Si certains chrétiens, dans les régions touchées par le phénomène des « égorgeurs » ont commencé à adressé des reproches et à afficher une certaine méfiance vis-à-vis de leurs concitoyens musulmans, aucun fait de violence ni de représailles n’est à signaler à ce jour en RDC. Cher aux yeux de l’imam Ali Mwinyi, le caractère non négociable de l’unité nationale congolaise devrait naturellement être réaffirmé dans le discours de l’Aïd. « Qu’aucun congolais ne fasse passer ses intérêts personnels avant les intérêts du pays », clamait-il déjà l’année dernière, à l’attention de sa communauté mais également à l’attention du monde politique. Dans les circonstances actuelles, les musulmans attendent du leader de la COMICO qu’il rappelle à tous le plein investissement de la minorité confessionnelle dans le développement du pays, sa participation aux efforts consentis pour maintenir le Congo à flot, mais aussi rappeler que les musulmans souffrent avec leurs compatriotes de tous les maux qui frappent le Congo.

Appeler à l’apaisement.

Hautement réceptifs aux appels au calme et à la retenue, les musulmans de la République Démocratique du Congo restent hantés par le souvenir de la guerre civile entre chrétiens et musulmans en République Centrafricaine. Pour rien au monde, ils ne souhaiteraient voir un tel scénario se rejouer sur le territoire congolais et attendent ainsi un discours d’apaisement de la part de Shaykh Ali Mwinyi. Face à la situation, il devrait inviter les fidèles à faire preuve de patience face aux provocations et à continuer à œuvrer et partager aux côtés de leurs compatriotes d’obédience chrétienne. Alors que l’harmonie a toujours régné au Congo entre les deux grandes communautés religieuses, nombreux sont ceux qui craignent de voir cette coexistence se fissurer suite aux soupçons de complicité émis contre des imams congolais avec les présumés « djihadistes » ADF.

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Prôner le retour au calme, mais répondre coup pour coup aux sous-entendus lancés contre la religion musulmane alors que les auteurs des massacres à Beni restent intouchables, c’est ce qu’attendent la plupart des musulmans du grand discours de l’imam représentant légal de la COMICO, Shaykh Ali Mwinyi. Au sein de la minorité religieuse, qui représente aux alentours de 10 à 12% de la population congolaise, on estime qu’un certain nombre de points sont à clarifier aux yeux de tous les congolais qui auraient pu être sensibles aux déclarations de Lambert Mende : La solidarité et la compassion envers les victimes de Beni, la condamnation du terrorisme, mais surtout la dénonciation des allégations fallacieuses destinées à détourner l’attention de la population et à maquiller une vérité que l’imam Ali Mwinyi est vivement invité à réclamer lundi matin.

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