ITW – RD Congo : Entretien avec Santa Aziz, fondatrice de l’ONG Maisha Mazuri.

Victimes de certaines croyances archaïques de leurs parents, mais aussi du manque de solutions adaptées de l’Etat, les enfants abandonnés voient le nombre de structures indépendantes exploser pour tenter d’endiguer l’urgence de leur situation. Parmi elles, l’ONG Maisha Mazuri, fondée par Santa Aziz-Souleymane, qui rêve de voir la question de l’enfance être considérée comme une priorité absolue en République Démocratique du Congo. Entretien.

Maisha Mazuri 2016

Qu’est-ce que Maisha Mazuri et sur quelle étendue territoriale intervient-elle ?

Bonjour, Maisha Mazuri est une ONG à caractère social venant en aide aux nécessiteux, aux sans-abris, aux orphelins et aux personnes vulnérables. Maisha Mazuri vient du swahili et veut dire « vie meilleure », « bonne vie ».  Notre vision est qu’ensemble, nous procurons aux orphelins un cadre idéal de sécurité sociale, de croissance, de santé, d’éducation, de développement et d’épanouissement. Notre mission est de développer les capacités des nécessiteux en général et des orphelins en particulier afinq u’ils mènent une vie meilleure. Notre rayon d’action : Maisha Mazuri est une organisation non-gouvernementale à caractère social et technique, qui exerce ses activités en Afrique subsaharienne. La mission de Maisha Mazuri s’étend au monde entier avec un accent particulier sur toute l’étendue de la RDC. L’idéal serait d’aider les nécessiteux à mieux se développer au niveau émotionnel, psychologique et éducationnel en leur offrant un cadre de vie normal et stable et des formations dans différents domaines afin de les rendre indépendants.

Nous avons plusieurs objectifs et nous faisons en sorte que nos activités cadrent ces objectifs !  Notre programme pour l’année fiscale 2016-2017 comprends des activités qui varient de dons des fournitures scolaires, au paiement des frais scolaires. Nous visitons les orphelinats et passons du temps avec les responsables et les enfants et faisons du volontariat. Nous lisons des livres aux enfants, nous mettons les gestionnaires en contact avec des bailleurs potentiels, nous donnons des vivres et des vêtements etc…

Quel est votre rôle au sein de cette organisation ? 

Je suis la fondatrice de l’organisation. Avec mon expérience en gestion des ressources humaines, dont je détiens une Licence et une Maîtrise, ainsi que mes différentes formations sur le personnel ainsi qu’en conseillère psychologique, j’ai mis mes compétences au service de l’enfance et des nécessiteux. Je suis actuellement la directrice exécutive et membre effectif de Maisha Mazuri.

Vous venez en aide aux enfants pris en charge dans des organismes laïcs, chrétiens, islamiques… vous vous inscrivez pleinement dans une démarche universelle ?

Tout à fait ! Notre vision, comme cité ci-haut, est de procurer aux orphelins un bien-être, qu’ils soient dans un orphelinat laïc ou musulman, Maisha Mazuri oeuvre avec eux. Nous ne aisons pas de distinction de race, de culture, d’orientation sexuelle ni même de religion. Le comité directeur est composé de membres de différentes obédiences. Nous sommes liés par notre quête consistant à procurer le bien-être aux orphelins, quels qu’ils soient !

Nous œuvrons avec COC à Bandal, à Kinshasa, qui est sous la responsabilité du pasteur Serge, nous venons en aide aux orphelins de Mère Teresa de Calculla à Limete Debonhomme, à Kinshasa aussi, tout comme nous venons en aide au Masjid Taqwa, à Namoya, et à l’école coranique Neema à Delvaux. Puisque la souffrance ne choisit pas qui frapper, alors Maisha Mazuri ne fait pas de distinction quant à qui aider.

Fonctionnez-vous essentiellement par des dons, ou bénéficiez-vous également de subventions de la part de l’Etat ?
À ce jour, nous fonctionnons grâce aux cotisations des membres (membres effectifs et membres d’honneur) et grâce aux dons de particuliers qui croient en nous et en notre cause. Nous ne recevons pas encore les subventions de l’Etat, mais cela ne nous empêche pas de continuer à œuvrer. Je suis d’avis qu’avec le temps, notre vision sera connue de tous, et que le gouvernement pourra nous subventionner. En attendant, nous continuer à avancer avec les moyens du bord. La collecte de fonds auprès de particuliers est une étape très cruciale pour l’organisation. Les cotisations des membres suffisent à peine à combler toutes les demandes que nous recevons. Nous essayons de réunir des individus qui partagent les mêmes valeurs que nous et qui veulent concrétiser leur quête en une action commune.

Nous utilisons tous les moyens de communication à notre disposition (Facebook, WhatsApp, Twitter, dépliants, photos…) pour partager les informations sur Maisha Mazuri et ses œuvres, de même pour rapporter sur chaque franc reçu ! Notre comité directeur est constitué de professionnels, ayant de l’expérience dans plusieurs domaines différents, mais nous convergeons tous vers le bien-être de l’enfant et des orphelinats, ainsi que des centres qui les accueillent. Nous ne sommes donc pas riches, et chaque dollar nous coûte, mais nous le faisons de bon cœur. Nous avons juste envie de changer le monde de ces enfants. Nous sommes amis, nous sommes entre nous et agissons comme une famille. Notre organisation est basée sur la confiance entre membres, la transparence dans la gestion est un facteur capital car il crée un lien de confiance entre l’organisation et ses bienfaiteurs.

Quelles sont les histoires les plus fréquentes des orphelins que vous rencontrez ? Qu’est-ce qui les mène généralement dans la rue ?

Les histoires les plus fréquentes sont liées à l’abandon d’un enfant suite au remariage de l’un des parents. On retrouve ce genre de cause à égalité avec les cas de sorcellerie. J’ai eu quelques cas d’enfants jetés à la rue par les parents pour cause d’orientation sexuelle aussi. Des fois, c’est juste parce que les familles n’ont pas assez de moyens pour nourrir tout le monde et un des enfants décide d’alléger la tâche de ses parents et quitte le toit familial. D’autres fois,c ‘est parce que les parents sont morts et que personne dans la famille élargie ne se décide à récupérer les orphelins. En gros, les causes qui poussent ces orphelins et nécessiteux dans la rue sont multiples. Il y a plusieurs cas qui, bien que différents les uns des autres, n’en sont pas moins poignants et tristes.


On parle souvent des problématiques de l’eau, de l’électricité ou de la sécurité, mais la question de l’enfance ne devrait-elle pas être également au cœur des défis à relever pour la RDC ?

Mais bien sûr ! La jeunesse congolaise est l’avenir du Congo ! Mais les statistiques prouvent que le nombre d’enfants dans la rue et dans les orphelinats est en croissance dramatique depuis bientôt 10 ans. Les chiffres récoltés à la commune de Gombe, par exemple au niveau de la division sociale, sont alarmants : 20 000 enfants seraient dans la rue à Kinshasa. On estime que 2 bébés naissent chaque jour dans les rues de Kinshasa, soit 60 par mois en moyenne, dont 5 ne vivront pas plus d’un mois. S’ils n’ont pas la chance d’être recueillis dans un centre ou un orphelinat, ces enfants, souvent traumatisés, ne peuvent pas être réinsérés dans un système éducatif normal. Et le système éducatif que nous rencontrons dans ces centres et orphelinats ne sont pas à la hauteur des attentes : cours obsolètes et souvent inadaptés au contexte.

Si on regarde du côté de la santé, la situation est bien pire. 70% des orphelinats avec qui nous œuvrons n’ont pas de système de santé couvert, ils ne survivent que grâce aux dons, ne sont affiliés à aucun centre de santé de manière permanente et ne disposent d’aucune couverture médicale. Si on parle du suivi psychologique des enfants, il y a aussi plusieurs lacunes. Les centres ne disposent pas toujours d’encadrement psychologique pour ces enfants traumatisés et en marge de la société. Les encadrants ne sont pas formés et/ou ne disposent pas des compétences requises pour les prendre en charge. Les problèmes sont immenses et complexes.

Je pense que c’est dans cet esprit qu’il faut que nous allions étape par étape, afin d’essayer de résoudre les problèmes dans la mesure de nos moyens. Nous pensons par exemple que puisqu’il y a des jeunes lauréats qui reçoivent des bourses d’études pour excellence, il devrait y avoir des bourses d’études pour les enfants orphelins et abandonnés, d’autant plus que c’est eux qui en ont le plus besoin. Et c’est dans cette optique que notre première activité 2017-2018 (qui commencera le 1er juillet 2017) portera sur des bourses universitaires que nous donnerons à une catégorie d’enfants (à voir bientôt sur notre site web dans la section Nos Projets).

Vous n’avez pas de site Internet, comment peuvent vous aider, au Congo comme à l’étranger, les volontaires sensibles à votre cause ?

Nous avons un site web qui n’est pas encore partagé, il sera bientôt rendu public. En attendant de finaliser toutes les modalités du site, nous nous sommes plus penchés vers les réseaux sociaux pour atteindre nos bienfaiteurs et partager la vision de Maisha Mazuri. Comme je l’ai dit plus tôt, nous dépendons essentiellement des dons des particuliers. Nous voulons être sûrs que notre site présente toutes les garanties de sécurité possibles (piratage, transfert de fonds, enregistrement des nouveaux membres, sécurité des données personnelles, etc…) avant de le rendre public.

Pour contacter Maisha Mazuri :

+243814509934 / +243997836874 (téléphone)

abw4allofus@gmail.com / santaas@gmail.com

coordonnées bancaires

Agence : ECOBANK KINSHASA

Intitulé du compte : MAISHA MAZURI ONG 

Num. de compte : 0010403122232201

Swift Code : ECOCCDKI

 


Propos recueillis par Hakim Maludi


 

 

 

 

 

 




Commentaires

  1. […] Maisha Mazuri est une ONG à caractère social venant en aide aux nécessiteux, aux sans-abris, aux orphelins et aux personnes vulnérables. Maisha Mazuri vient du swahili et veut dire « vie meilleure ». Notre mission est de développer les capacités des nécessiteux en général, et des orphelins en particulier, afin qu’ils mènent une vie meilleure. […]

  2. […] Cette musulmane ne discrimine pas les personnes auxquelles elle vient en aide. « Notre vision est de procurer le bien-être aux orphelins quelle que soit leur religion. Qu’ils soient dans un orphelinat laïc ou musulman, Maisha Mazuri oeuvre avec eux. Nous ne faisons pas de distinction de race, de culture, de religion, ni même d’orientation sexuelle. Notre comité directeur est composé de membres de différentes obédiences. Nous sommes liés par notre quête consistant à procurer le bien-être aux orphelins, quels qu’ils soient ! », avait-elle déclaré dans une interview à DKM. […]