Condamnation à mort d’Hamza Baguma : La communauté musulmane congolaise sous le choc.

L’ensemble de la communauté musulmane de la République Démocratique du Congo est sous le choc. En condamnant à mort les imams Hamza Baguma et Djibril Muhindo, la justice a validé la théorie du gouvernement congolais selon laquelle des « enfants du pays » parmi les musulmans seraient impliqués dans des activités djihadistes aux côtés des ADF.

Prisonniers

Encore sonnés, les musulmans de la RDC voient l’une des personnalités islamiques les plus en vue du Nord-Kivu être associée directement aux massacres des populations civiles de Beni. Avec Djibril Muhindo, l’imam Hamza Baguma a été accusé hier de « participation à un mouvement insurrectionnel » et de « crime contre l’humanité » pour son rôle présumé de recruteur et de collaborateur avec les ADF ougandais. Sonnés, les musulmans congolais le sont d’autant plus qu’ils venaient tout juste de célébrer la libération de l’imam Muzammil Idrissa, également soupçonné d’activités douteuses à l’Est du pays. Ce dénouement heureux faisait espérer un scénario similaire dans le dossier des imams de Butembo. Sauf que le tribunal militaire a décidé de frapper fort en choisissant de faire mourir les deux personnalités de la communauté musulmane locale, validant ainsi la thèse si chère au gouvernement congolais d’une guerre contre le terrorisme djihadiste qui serait menée sur la partie Est du territoire. Choqués, incrédules, inquiets, nombreux sont les imams, prédicateurs musulmans, ou simples fidèles, qui n’apprenaient la nouvelle qu’aujourd’hui, en l’interprétant souvent comme une menace pour la minorité confessionnelle.

Dans ce contexte nouveau, c’est donc l’incompréhension qui règne au sein de la communauté musulmane congolaise en générale, et de Beni-Butembo en particulier. Alors que des rapports de l’ONU faisaient état d’une implication directe d’officiers FARDC dans les massacres de Beni, allant jusqu’à citer le Général Akili Mundos comme recruteur et soutien des combattants, pas un seul militaire n’a comparu au tribunal opérationnel aux côtés des acteurs présumés des crimes perpétrés dans le territoire de Beni. Absentes également, les revendications du groupe ADF n’auront jamais été clairement exposées par les prévenus ayant reconnu leur appartenance à ce mouvement hautement flou. Les imams Djibril Muhindo et Hamza Baguma, pour leur part, auront toujours nié leur implication dans un mouvement djihadiste quel qu’il soit, et n’auront profité de leur jugement ni pour diffuser leur propagande, ni pour exposer leurs revendications, comme peuvent parfois le faire de vrais leaders islamistes face à la Justice. Parmi les autres éléments particulièrement difficiles à accepter à l’énoncé du verdict : Celui-ci est prononcé quelques jours seulement après  la reddition et l’amnistie aussi ubuesque qu’incompréhensible de Gédéon Kyngu, reconnu coupable de crime contre l’humanité par le tribunal militaire de garnison du Haut-Katanga, condamné à mort et en cavale depuis 5 ans. Célébré en grande pompe par les autorités politiques, militaires et policières lors de sa libération, l’ex-ennemi public est notamment apparu arborant une casquette à l’effigie du président Joseph Kabila.

Shaykh Ali Mwinyi, l’imam représentant légal de la Communauté Islamique du Congo (COMICO), avait pourtant prévenu : « Si ils sont condamnés, cela n’engage nullement la communauté islamique », pourtant, force est de constater que ce sont bien l’ensemble des congolais de confession musulmane qui prennent de plein fouet cette condamnation aujourd’hui. Amalgames ? Représailles ? Discriminations ? Chasse aux sorcières ? Restriction des droits ? Nombreux sont ceux qui imaginent désormais les scénarios les plus sombres et alarmistes, pour une communauté qui, jusque-là, n’était pas habituée à être au cœur de l’actualité en RDC, encore moins de façon négative. Dans l’entourage de l’imam Hamza Baguma, on promet en tous cas de ne pas en rester là, de déposer tous les recours possibles pour éviter aux deux imams l’application de cette sentence interprétée comme une vaste injustice, ou un simulacre de justice. À ce stade, difficile d’envisager les issues éventuelles à cette affaire, qui constitue peut-être le plus grand malaise ressenti par la communauté musulmane de la République Démocratique du Congo depuis l’accession à l’Indépendance.

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