Diaspora – France : « De ce que je sais, il n’y a pas de musulmans en RDC ».

Si elle est fortement représentée en France, la diaspora congolaise présente la plupart du temps le même profil. Des familles chrétiennes, souvent de la branche évangéliste, connectées à l’actualité culturelle et musicale du pays, s’intéressant quelque peu aux soubresauts politiques, et franchement incrédules quand on évoque l’existence d’une communauté musulmane en RDC. Explications.

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Aux yeux de nombreux congolais installés en France, la découverte de l’islam ne se fait qu’au travers de l’actualité géopolitique et de la surmédiatisation de la menace djihadiste à plusieurs endroits de la planète. Pour ainsi dire, lorsque l’islam pénètre un foyer par le biais de la conversion d’un enfant jusque là élevé selon les us et coutumes traditionnelles, c’est le choc, le cauchemar. Car pour les premières générations de l’immigration congolaise en France, la religion musulmane reste un OVNI, un concept étranger, voire opposé à la culture congolaise. Ils sont ainsi plusieurs milliers à ignorer l’Histoire de leur pays d’origine, l’islamisation du Maniema, la sombre épopée de Tippo Tip, l’incursion musulmane via l’implantation de la langue swahilie au Congo. Hostiles à cette religion et hautement réceptifs aux campagnes médiatiques islamophobes qui peuvent avoir lieu en France, ils ignorent et nient l’existence d’une communauté implantée en RDC depuis le milieu du 19ème siècle.

« De ce que je sais, il n’y a pas de musulmans en RDC, nous confie ainsi un quinquagénaire installé en région parisienne. Dans le temps, il y avait des immigrés ouest-africains à Kinshasa, mais des congolais, des enfants du pays qui soient musulmans ? Non, nous sommes un pays chrétien, il n’y a pas d’islam au Congo ». Si le caractère laïc de l’Etat congolais échappe à de nombreux nationaux, qui l’assimilent à un « pays chrétien », la présence musulmane reste pour sa part victime d’un incroyable déni. Il faut dire que pour de nombreux congolais, l’islam s’apparente à un mal, qu’ils identifient soient à la délinquance des banlieues françaises, soit au terrorisme international, ou encore à l’occultisme des marabouts. Nier la présence musulmane en République Démocratique du Congo est ainsi pour eux un moyen de se convaincre que le pays a été épargné de ce « mal ».

Un peu partout en France, si l’on trouve bien des musulmans d’origine congolaise, ils restent totalement minoritaires au sein de la communauté présente sur le territoire, et ne bénéficient d’aucun moyen d’expression commune à ce jour. C’est ainsi qu’à l’heure actuelle, aucune organisation assez importante, association, ou structure quelconque réunissant les musulmans congolais de France, ne permet à cette minorité de se rassembler, d’échanger, de s’organiser afin de contrer les idées reçues largement répandues au sein de la diaspora. Ce manque, la communauté musulmane de RDC en fait directement les frais, puisqu’elle ne peut s’appuyer sur aucune association pour faire le lien entre la France et le pays, notamment dans le cadre de financement de projets islamiques, d’envoi de dons, et d’autres œuvres en faveur de la minorité musulmane du Congo, qui affiche un retard abyssal en comparaison aux autres minorités confessionnelles, comme les kimbanguistes par exemple.

Ainsi, si les parents, les tontons et tantines aiment à nier la présence de musulmans au Congo afin de mieux faire croire que le pays est totalement acquis à la cause du christianisme, il revient aux premiers concernés d’informer sur la réalité du paysage confessionnel congolais : aujourd’hui, d’après des chiffres non officiels, la communauté musulmane représenterait entre 15 et 20% de la population totale en République Démocratique du Congo.