RD Congo – Politique : Ce qui fait avancer Ève Bazaiba Masudi.

Secrétaire générale du MLC, Eve Bazaiba Masudi dirige de facto le parti d’opposition en l’absence de son leader Jean-Pierre Bemba, actuellement aux mains de la CPI. Farouche opposante au président Kabila, la sénatrice déploie une énergie déconcertante pour le respect de la Constitution en République Démocratique du Congo. Portrait.

Eve Bazaiba-Masudi

Elle fait partie des rares personnalités musulmanes du paysage politique en République Démocratique du Congo. Originaire de l’ex-Province Orientale, cette mère de 4 enfants mène aujourd’hui un combat acharné pour le respect d’une Constitution qu’elle pense menacée par le maintien au pouvoir du président Kabila au-delà du 19 décembre, date effective de la fin de son deuxième et dernier mandat présidentiel. Au sein de la minorité musulmane, si ses idées politiques sont loin de faire l’unanimité, son intransigeance et sa combativité suscitent le respect et la sympathie. Sous-représentés politiquement, les musulmans congolais, dont nombreux apprennent encore à la connaître, se réjouissent de voir l’une des leurs faire partie des personnalités qui comptent et dont l’avis pèse dans le pays. Car la dame de fer assume ses convictions politiques, mais aussi religieuses et familiale. Pratiquante, elle ne manque pas de célébrer les deux grandes fêtes islamiques parmi le commun des fidèles au Stade des Martyrs de Kinshasa, pour une proximité avec le peuple toujours appréciée.

D’un point de vue familial, la quinquagénaire défend son rôle de mère et d’épouse, qu’elle estime pleinement compatible avec son engagement politique. « C’est l’occasion pour moi de rappeler que je suis mariée, car on a toujours pensé que les femmes qui émergent en politique ne connaissaient pas la vie de foyer », expliquait-elle ainsi à l’été 2015 lors de sa nomination à la 10ème édition Mwana Mboka. Mais cette force a également pu être une faiblesse, comme à l’automne de l’année dernière, lorsque son fils a été brièvement enlevé par les services de renseignements congolais. Coïncidant avec la période où la sénatrice s’affirmait avec une envergure nouvelle comme une opposante intransigeante au pouvoir, ce kidnapping a été vécu comme une tentative d’intimidation claire de la part du gouvernement congolais. Mais cet épisode n’aura en rien entamé la détermination d’Eve Bazaiba Masudi, qui se montrera plus incisive encore contre le président Joseph Kabila, l’accusant face-caméra d’être « celui qui tue à Beni ». La séquence, qui aura mis en émoi les jeunes militants du PPRD, date de la marche du 26 mai 2016, au cours de laquelle la secrétaire générale du MLC sera blessée par les forces de l’ordre. Hors d’elle, Ève Bazaiba Masudi dénoncera pendant son évacuation l’autoritarisme du pouvoir en dressant un parallèle avec l’insécurité à Beni, désignant le président de la République comme responsable des tueries sur les populations civiles.

Alors qu’elle n’a pas pris part au dialogue national et qu’elle n’en reconnaît pas les conclusions, Ève Bazaiba Masudi annoncera aujourd’hui la création d’un Front Pour la Défense de la Constitution, histoire de continuer à peser contre la prolongation du mandat présidentiel de Joseph Kabila. À l’heure où l’imam provincial de la COMICO dans l’ex-Province-Orientale plaide pour un engagement plus franc des musulmans dans la vie politique du pays, c’est justement une enfant de la Tshopo qui représente aujourd’hui les meilleures chances d’accéder un jour à de hautes fonctions politiques à l’échelle nationale.