RD Congo – Procès de Beni : Un procès aux fortes allures de mascarade.

Reconnus coupables de « participation à un mouvement insurrectionnel » et « crime contre l’humanité », les imams Hamza Baguma et Djibril Muhindo ont été présentés par le tribunal militaire opérationnel de Beni comme les deux têtes pensantes des ADF en République Démocratique du Congo. Le Général Akili Mundos Muhindo, lui, continue à couler des jours heureux.

MUNDOS

Leur condamnation à mort, en plus de susciter la colère et l’incompréhension dans les rangs de la communauté musulmane congolaise, qui flirte entre les 15 et 20% de la population totale, soulève un certain nombre de doutes sur l’absence de nombreuses personnalités récemment associées aux massacres de Beni. C’est ainsi qu’alors-même qu’un rapport de l’ONU le désignait comme un élément-phare de la collusion entre certains militaires et les rebelles d’origine ougandaise, le Général Akili Mundos Muhindo n’aura jamais été interrogé par le tribunal de Beni, tout sauf une surprise en réalité. En effet, dès l’annonce du jugement des auteurs présumés des massacres en territoire de Beni par une cour militaire, les espoirs de ceux qui espéraient une comparution du Général se sont vite évaporés. Au final, ni lui, ni aucun de ses hommes n’aura été inquiété par l’institution militaire. Commandant de l’opération Sukola entre août 2014 et juin 2015 dans le Grand Nord, ce proche du président Kabila avait été cité, dans le fameux rapport onusien, pour son rôle présumé de recruteur et de fournisseur en armements auprès de groupes rebelles assimilés aux ADF, à qui il communiquait ensuite une feuille de route avec les cibles civiles à atteindre dans la région. Sur le théâtre des opérations au début du phénomène des massacres de masses dans le territoire de Beni, il aurait recruté d’anciens rebelles, mais aussi de simples villageois locaux ou issus des pays des Grands Lacs, et mis à contributions des officiers FARDC pour agir au nom d’ADF ougandais que la RDC n’a étrangement jamais réussi à éradiquer.

« Le groupe (d’experts de l’ONU, ndlr) a connaissance de huit individus qui ont été approchés en 2014 par le général Mundos pour participer aux tueries, pouvait-on ainsi lire sur le rapport. Selon eux, le général Mundos a financé ce groupe et lui a fourni des armes, des munitions et des uniformes des FARDC. Il s’est rendu à plusieurs reprises dans leur camp, parfois vêtu d’un uniforme des FARDC et parfois en civil. (…) Même s’il n’est pas clairement établi qu’ils connaissaient l’objectif initial, ces trois éléments des ADF-Mwalika ont bien reçu l’ordre de tuer des civils ».

S’il a quitté la direction de l’Opération Sukola, et qu’il bénéficie d’une présomption d’innocence inédite en RDC, aussi bien de la part des autorités politiques que militaires, le nom du Général Akili Mundos Muhindo reste attaché de manière indélébile au triste sort de centaines de civils massacrés en territoire de Beni, où il est considéré aujourd’hui comme ennemi public numéro 1 par la population. Au sein de l’armée, le malaise est palpable à l’évocation de son nom, si certains disent n’être au courant de rien, d’autres n’hésitent pas à affubler du nom de « faux frères » ces officiers qui tirent profit financièrement du chaos à l’Est du pays, et qui ont tout intérêt à ce qu’il perdure.

Outre l’armée, bon nombre de familles de victimes auraient aimé entendre des éléments de la MONUSCO témoigner au tribunal de Beni. Pointés du doigt pour leur passivité, même lorsque les massacres se déroulaient à une centaine de mètres seulement de leurs bases, les Casques Bleus de la mission onusienne se seront toujours réfugiés derrière un silence de circonstance, laissant à leur chef Maman Sidikou le soin de répéter que l’entité faisait tout ce qu’il y avait en son pouvoir pour éradiquer les groupes armés, qui n’auront jamais été aussi nombreux au Congo en général, et à l’Est en particulier. Vivement contestée dans le Nord-Kivu, comme dans le Sud, l’impopularité de la MONUSCO dans la région a d’ailleurs été mise en évidence dans le récent sondage réalisé par le Groupe d’Etude sur le Congo. Dans le territoire de Beni, les populations civiles vont beaucoup plus loin, puisqu’ils sont nombreux à avancer que l’entité onusienne alimente l’insécurité plus qu’elle ne la combat.

Et les imams dans tout ça ? Sur le territoire congolais, où la nouvelle de leur condamnation à mort a à peine été évoquée dans les médias nationaux, on a du mal à voir en Hamza Baguma et Djibril Muhindo les maîtres à penser djihadistes aux manettes d’un massacre méthodique des populations civiles. Si la sentence prononcée à leur encontre a mis en émoi la minorité musulmane, elle a été saluée par la société civile du Nord-Kivu, mais va surtout dans le sens des allégations de Lambert Mende, qui prétendait avant-même la tenue du procès que des imams de Butembo collaboraient avec les ADF. Sauf que les deux imams, contrairement à d’autres leaders djihadistes en pareille situation, n’auront pas fait de leur procès un espace de diffusion de leur propagande, et se seront évertués à nier toute implication dans les massacres perpétrés à Beni. En réalité, justifiée ou non, la mise en cause de religieux musulmans permet au pouvoir congolais d’islamiser définitivement les atrocités commises à Beni, et de valider la théorie d’une guerre menée contre le terrorisme international. C’est donc aux côtés de « djihadistes » d’un genre inédit que les imams ont été condamnés. Ainsi, pouvait-on trouver dans le box des accusés, pêle-mêle des musulmans, mais aussi des chrétiens, congolais ou étrangers, comme cette grand-mère ougandaise âgée de 90 ans, condamnée à mort pour son rôle présumé dans la situation à Beni.

Du côté des autorités, de l’armée, et même de quelques imams qui « ne veulent avoir de problèmes avec personne », on assure que justice a été rendue, et que l’appareil judiciaire congolais n’a de leçons à recevoir de personne. Alors que la condamnation à la peine capitale des imams intervenait la même semaine où Gédéon Kyungu était célébré par le gratin politico-militaire du Haut-Katanga, ce procès de Beni, aux fortes allures de mascarade, semble avoir tué, du moins pour le moment, tout espoir de connaître la vérité sur l’identité réelle des auteurs et commanditaires de massacres qui auront coûté la vie à 800 à 1000 morts depuis tout juste 2 ans.