Arabie Saoudite – Islam : Avec les étudiants congolais de l’université islamique de Médine.

Ils sont une trentaine de congolais à être admis à l’université islamique de Médine (Arabie Saoudite), l’une des plus renommées du monde musulman. Leur domaine de prédilection ? La législation islamique (shariah), sur laquelle ils souhaitent forger des connaissances qu’ils mettront à profit dès leur retour en République Démocratique du Congo.

étudiants saoudiens

Médine, deuxième ville-sainte de l’islam, lieu de repos du Prophète Muhammed (paix et bénédictions d’Allâh sur lui) et théâtre d’événements islamiques marquants, comme la célèbre bataille de Uhud. L’endroit rêvé pour bien des musulmans dans le monde, où étudie une trentaine de congolais, mêlés à la mosaïque internationale qui peuple l’université islamique de Médine. Parmi eux, Ali, originaire de Kikwit dans la province du Kwilu, étudiant dans la ville-sainte depuis 2010. S’il rejette fermement les suspicions dont fait l’objet de l’Arabie Saoudite, accusée de diffuser le salafisme via ses étudiants et ses financements, Ali préfère souligner la solidité du lien entre les congolais qui se retrouvent réunis à Médine : « C’est ce qui m’a motivé au départ, le fait de savoir qu’il y avait beaucoup de congolais ici, assure-t-il. J’ai cherché à entrer en contact avec des compatriotes installés ici pour avoir des renseignements sur les démarches à faire pour pouvoir m’inscrire moi aussi. À ce moment-là j’étais à Kinshasa, car j’ai quitté Kikwit en 2004 pour mémoriser le Coran à l’école islamique Al-Hidayat dans la mosquée Citas. C’est de là que j’ai rejoint l’Arabie Saoudite. »

Âgé de 28 ans aujourd’hui, le jeune homme, à l’image de l’ensemble des congolais quittant le pays, est nourri par le désir de changer les choses au pays, d’éveiller certaines consciences et de secouer une communauté musulmane qui affiche un retard inquiétant, en matière d’organisation et de réalisations concrètes, par rapport à ses voisins rwandais et ougandais. Ali, lui, souhaite apporter sa contribution en exerçant les fonctions d’enseignant une fois de retour au Congo, car « on transmet tout aussi bien, on prêche aussi efficacement en étant enseignant qu’en étant imam ou prédicateur ». Si tout va bien, le jeune homme devrait prochainement être diplômé en shariah. Loin de sa famille, il peut compter sur le soutien des autres congolais de Médine, avec qui il forme une communauté soudée et apprend à découvrir d’autres peuples et cultures réunis dans le même but.

« C’est une expérience unique que d’être avec ces gens, mais surtout, dans les lieux-saints, explique l’étudiant, qui a effectué son Hajj cette année. Je me sens privilégié d’être ici, mais j’essaie, par mon comportement, d’être exemplaire afin de mériter ma présence ici. Contrairement à ce qu’on peut entendre, les saoudiens sont des gens biens, c’est assez facile de s’adapter ici, nous sommes très bien traités et les professeurs sont vraiment compétents, nous avons tout ce dont nous avons besoin ».

En République Démocratique du Congo, la plupart des prédicateurs et imams les plus en vue du pays sont issus de cette même université islamique de Médine. À l’heure où tout passage par l’Arabie Saoudite est vue d’un mauvais œil au sein de la population, nombreux sont ceux qui tiennent à calmer le jeu en assurant que l’islam congolais ne sera jamais menacé par une invasion d’idéologies étrangères jugées incompatibles avec le contexte local. « Tout ce qui nous anime, c’est l’enseignement de la vraie tradition prophétique (Sunna) et sa propagation parmi les musulmans du pays, assure Aboubakar Bula, un prédicateur originaire de Kinshasa, qui étudie lui aussi à Médine. Il y a beaucoup d’allégations sur l’Arabie Saoudite, le wahhabisme, et des rapprochements qui sont faits avec la géopolitique, mais cela ne concerne en rien la RDC, où les musulmans vivent en paix, et pratique un islam apaisé et tolérant ».

S’ils représentent entre 15 et 20% de la population en République Démocratique du Congo, les musulmans sont de plus en plus nombreux à choisir de se former hors du territoire avant de devenir prédicateurs ou imams au pays. Dans les régions de l’Est, on observe cependant une multiplication de structures et d’organismes locaux financés par les dons des fidèles et permettant la formation des imams sur le sol congolais.