RD Congo – Beauté : Le henné, parure ancestrale des musulmanes congolaises.

Henna

Incontournable dans la culture indo-pakistanaise et dans l’ensemble du monde musulman, le tatouage au henné l’est tout autant dans la zone swahiliphone de la RDC, où il constitue l’un des principaux outils de beauté chez la femme musulmane.

Si l’imaginaire collectif limite bien souvent la beauté de la femme congolaise aux perruques, tissages, et autres artifices malheureusement trop répandus au sein de notre population féminine, beaucoup sont loin d’imaginer que le henné fait partie intégrante de l’art de s’embellir en République Démocratique du Congo. Utilisé pour ses vertus thérapeutiques, ou sous forme de teinture, le henné sert surtout comme tatouage éphémère, principalement chez les musulmanes originaires de la province du Maniema ainsi que des régions orientales de la RDC.

Arbuste dont les feuilles réduites en poudre produisent des teintes allant du rouge à l’orange et du jaune au marron, le henné est notamment cultivé dans des régions d’Afrique subtropicales comme la Tanzanie et Zanzibar. Egalement connu dans le Golfe Persique, il aura été pleinement intégré dans la culture swahilie lors de la rencontre entre les caravaniers omanais et les populations bantoues, rencontre qui débouchera sur l’islamisation de toute l’Afrique Orientale. Appelé « mehendi » en Inde et au Pakistan, le henné, « wanja » en swahili, est utilisé depuis près de deux siècles comme parure féminine dans les régions islamisées du Congo, et qui ont hérité de la civilisation swahilie léguée par ces fameux commerçants arabes passés par notre pays. Kindu, Kasongo, mais également Kisangani, de ces villes à forte population musulmane, le henné se sera répandu à travers le territoire au rythme des différents mouvements migratoires intérieurs.

Le henné (ou Lawsonia Inermis de son nom scientifique)
Le henné (ou Lawsonia Inermis de son nom scientifique)

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poudre de henné

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Prisé lors des cérémonies de mariage, le tatouage au henné donne souvent lieu à des concours de beauté entre les invitées, à l’abri du regard des hommes, desquels elles sont séparées pendant les célébrations. Mais les motifs dessinés sur les mains, les avant-bras ou les mollets, servent en premier lieu à magnifier la mariée, soigneusement préparée pendant plusieurs heures avant d’apparaître aux yeux de son époux. Dans d’anciennes traditions, les décorations au henné sont sensées garantir bénédiction et chance à la mariée; des croyances allant à l’encontre d’un dogme islamique désormais bien ancré dans les régions concernées. Rosaces, fleurs aux grandes pétales dessinées sur les mains ou sur les pieds, les décorations au henné reprennent, au Congo comme à Zanzibar, un style Perse émanant d’une fusion de la culture indienne et la culture arabe. Pour donner plus d’éclat à leurs tatouages, les mariées sont recouvertes de bracelets d’or et de bijoux étincelants leur donnant des allures de sultane de l’Océan Indien ou de Reine de Saba.

Henne Maniema

A travers l’usage du henné, les femmes musulmanes du Congo partagent ainsi une culture de la beauté commune, en plus de la religion et de la langue, avec leurs sœurs de tout l’Est africain. Si à l’échelle nationale, ce cosmétique a longtemps été perçu comme « étranger » et fortement rattaché au patrimoine arabo-swahili des congolais, il tend à se propager au-delà des différences ethniques, régionales et religieuses.

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