RD Congo – Culture : Le kofia, symbole de l’héritage arabe au Congo.

Particulièrement prisé par la population musulmane située sur la côte orientale de l’Afrique jusqu’en République Démocratique du Congo, le kofia est le symbole vestimentaire le plus fort du passage des caravaniers arabo-swahilis dans la région, à la deuxième moitié du XIXème siècle.

Sur toute l’étendue de la République Démocratique du Congo, ce couvre-chef permet aujourd’hui d’identifier les adeptes de la religion musulmane, qui en ont fait un élément indissociable de la culture islamique congolaise. Pourtant, s’il est devenu familier dans le paysage national, ce petit chapeau nous vient de lointaines contrées et est directement lié aux mouvements de populations observés à partir de l’arrivée des caravaniers zanzibarais dans les régions orientales du Congo. Originaire du Sultanat d’Oman, cette coiffe a accompagné les arabes dans leur traversée de l’océan Indien pour s’implanter sur le continent africain, au point d’être devenue aujourd’hui une marque de l’identité de plusieurs communautés est-africaines. Les arabo-swahilis (appelés également arabo-zanzibarais), nés de la rencontre entre les commerçants venus du Golfe Persique et les populations autochtones bantoues, ont pendant tout le XIXème siècle véhiculé non seulement l’islam, de la côte Est jusqu’à l’intérieur des terres, mais aussi et surtout la langue swahilie, sa culture et son style vestimentaire.

Parmi les vestiges de ce passé pas si lointain, il y a donc le kofia, ce chapeau en forme de petite couronne plate criblé de minuscules trous et recouvert d’ornements brodés à la main. Couvre-chef « star » des populations swahiliphones de l’Est-africain, il est présent et ancré dans la culture des musulmans des Comores, qui en ont fait un véritable symbole national, tout comme à Zanzibar et dans toute la Tanzanie, mais aussi au Kenya, en Somalie, au Burundi, au Rwanda, en Ouganda, jusque chez nous en République Démocratique du Congo. A Zanzibar, mais surtout aux Comores, où on le préfère brodé de versets du Coran, le kofia est un marqueur social important, porté par les hommes accomplis matrimonialement, socialement et religieusement. Cependant, il est également fréquent de voir de jeunes hommes arborer cette coiffe à l’occasion de cérémonies de mariage, pour la prière du Vendredi, mais aussi lors de scènes plus classiques de la vie quotidienne.

En RDC, le kofia est particulièrement répandu au sein des minorités musulmanes du Maniema, comme dans l’ex-Katanga et le Kivu. Loin d’être un phénomène de mode islamique importé, à l’image du keffieh palestinien ou du châle saoudien, la calotte est-africaine est reconnue et assumée par les musulmans congolais comme faisant partie intégrante de leur culture vestimentaire, et cela depuis plus d’un siècle maintenant. À Kinshasa, théâtre d’un melting-pot unique au Congo, et sous l’influence des populations musulmanes venues du Liban, de l’Inde, du Bangladesh, du Sénégal ou encore du Mali, le port du kofia est bien moins flagrant que dans le reste du pays. Chez nous, contrairement à Zanzibar et aux Comores, ce couvre-chef ne revêt aucune connotation sociale particulière, et ne se rattache par exemple pas à la position de son propriétaire dans la hiérarchie religieuse locale.

De manière globale, le kofia reste un signe distinctif des musulmans de la République Démocratique du Congo, un vêtement par lequel ils marquent leur appartenance et leur attachement à leur culture musulmane, dans un pays fortement dominé par le christianisme. Mais plus qu’un simple signe d’appartenance, le kofia symbolise à merveille l’héritage légué par des ancêtres venus d’un autre continent, avec une culture, une langue et une religion que les congolais, à l’image de leurs voisins de l’est Africain, auront parfaitement su s’approprier.


confection Kofia
Une femme confectionne un kofia à Lamu (Kenya) – photo Eric Lafforgue

Des hommes portent le kofia dans le Sultanat d'Oman
Des hommes portent le kofia dans le Sultanat d’Oman

Des comoriens portant le kofia traditionnel
Des comoriens portant le kofia traditionnel

Hassan Kandolo (au centre), président-coordinateur de l'AJEMESCO
Hassan Kandolo (au centre), président-coordinateur de l’AJEMESCO