Colonel Mamadou Ndala – 3 janvier 2014 : L’hommage et le scepticisme de Vital Kamerhe.

Vital Kamerhe, président du parti d’opposition de l’UNC, est le premier homme politique congolais à avoir émis des doutes publiquement sur la version officielle de la mort de Mamadou Ndala. Dès le lendemain du drame, il soulevait un certain nombre de questions.

Adresse à la nation Vital Kamerhe 3 janvier 2014
Vital Kamerhe, le 3 janvier 2014

Douloureux passage de l’année 2013 à 2014 en République Démocratique du Congo. Le 30 décembre 2013, des attaques coordonnées sont lancées simultanément dans plusieurs grandes villes du pays : Kinshasa, Lubumbashi, Kolwezi et Kindu. Des adeptes de l’autoproclamé « prophète de l’Éternel », Joseph Mukungubila, s’emparent avec une facilité déconcertante des locaux de la chaîne nationale (RTNC) et de l’aéroport de Kinshasa. La garde républicaine les anéantira tout aussi facilement. Trois jours plus tard, près de Beni, l’ultra-populaire Colonel Mamadou Ndala est tué par un tir de roquette contre son véhicule. Alors que le gouvernement désigne immédiatement les rebelles ougandais des ADF-Nalu comme responsables de l’attaque, la population ne veut rien entendre, notamment dans les rues de Goma et de Beni.  Une frange minoritaire, mais bien plus radicale, ira même jusqu’à faire courir la rumeur selon laquelle« Kabila a tué Mamadou ».

Sans aller jusqu’à cet extrême, Vital Kamerhe, président de l’UNC et opposant au pouvoir, est la première, et au final pratiquement la seule personnalité politique congolaise à remettre en cause immédiatement la version officielle de l’assassinat du Colonel Mamadou Ndala. Le 3 janvier 2014, s’adressant solennellement à la nation, il affiche sa souffrance face au drame, mais aussi son incompréhension et ses doutes face à l’assassinat du militaire. Après un réquisitoire implacable contre la politique menée par Joseph Kabila et son gouvernement, le président de l’UNC commence par rendre un hommage appuyé à Mamadou :

« Chers compatriotes, nous avons évoqué l’assassinat ignoble du vaillant Colonel Mamadou Ndala, qui a plongé tout notre peuple, et nous tous, membres de la CVD (coalition pour la préparation d’un vrai dialogue, ndlr), dans un véritable deuil national. Nous avons dit que son nom devra être enseigné aux générations présentes et futures comme un véritable héros national qui a montré, comme ses prédécesseurs, le sens du devoir citoyen. Je souhaite présenter mes condoléances aux populations du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de la Province-Orientale, ainsi qu’à sa famille.  Tout en encourageant les populations de cette région à observer des villes-mortes, nous proposons au gouvernement de la République et au peuple du Kivu, pour ne pas oublier cet illustre personnage, que le rond point Signers de Goma soit rebaptisé rond point Mamadou Ndala. Il mérite d’être reconnu comme un héros national ».

 À l’issue de son discours, Vital Kamerhe se montrera ouvertement dubitatif sur le fait que le Colonel Mamadou ait été ciblé en particulier lors de l’embuscade fatale tendue la veille non loin de Beni. Il demandera que toute la lumière soit faite sur les circonstances exactes de son assassinat, en demandant que toutes les responsabilités puissent être établies.

« Mamadou Ndala, lui que nous avons tous couvert d’éloges; que ce soit à Kinshasa, que ce soit au Nord-Kivu, au Sud-Kivu, ou au sein de la diaspora. Cet homme qu’on nous a présentés comme notre véritable soldat du peuple. Comment se fait-il que ce soit lui qui ait été ciblé dans une embuscade ? Pourquoi fallait-il que ça soit seulement lui ? C’est ça la question que l’on se pose. Ne sommes-nous pas en train de suivre l’oiseau dans le ciel alors que le lion est au sol, près de nous, prêt à nous manger ? »

Originaire du Sud-Kivu, Vital Kamerhe est ainsi apparu particulièrement touché par la perte de Mamadou Ndala, n’hésitant pas à soulever d’emblée certaines questions sur les conditions de la mort du militaire, dont la plupart sont aujourd’hui encore sans réponse. S’il a été nommé Général de Brigade à titre posthume, ni le rond-point Signers, ni aucune rue de Goma ne porte son nom, au grand dam de la population du Nord-Kivu, qui pensait que l’idée lancée par Vital Kamerhe serait naturellement adoptée par le gouvernorat provincial.




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