[ITW] RD Congo – Dearbhla Glynn : « Il était une menace pour les gens de pouvoir ».

L’irlandaise Dearbhla Glynn est la réalisatrice du film « War on Women » (2013), récompensé par l’Irish Council for Civil Liberties (ICCL), à travers lequel elle explore le drame des violences sexuelles à l’Est du pays pendant la guerre contre le M23. En République Démocratique du Congo, elle a fait la connaissance du Colonel Mamadou Ndala, une rencontre qui l’a marquée à vie, comme elle nous l’explique dans l’entretien qu’elle nous a accordé.

Mamadou Ndala et Dearbhla Glynn


Pourquoi et comment vous-êtes vous intéressée au conflit à l’Est du Congo en particulier ?

Dearbhla Glynn : J’ai toujours été intéressée par l’Est du Congo et les conflits qui s’y déroulaient. Pendant que je faisais mon Master en développement, j’ai décidé de réaliser un film sur la question du viol, tout en voulant parler aussi bien aux survivantes qu’à ceux qui avaient commis ces crimes. Je voulais ainsi comprendre ce qui, au sein des communautés et d’une société, pouvait déclencher un si haut niveau de violences sexuelles. Je travaillais avec Ilot Muthaka, du « Congo Men’s Network » (COMEN), qui fait un travail remarquable de prévention auprès des hommes contre les violences sexuelles. J’ai commencé le tournage de mon film en 2012 pour le terminer en 2013, c’est ainsi que j’ai rencontré Mamadou avec qui j’ai parlé des violences sexuelles.

Diriez-vous que vous vous êtes liée d’amitié avec lui ? Vous apparaissez assez complices tous les deux sur une photo devenue célèbre au Congo.

Dearbhla Glynn : Cette photo a été prise par Daniel Mc Cabe à Rwindi, là où était basé Mamadou pendant la guerre contre le M23. Dan, Horeb et Serge Kakule sont restés là pendant quelques jours et ont vraiment passé de bons moments avec Mamadou. Moi, je l’ai rencontrée pour la première fois en 2012, et oui, nous sommes devenus de grands amis, il m’a vraiment beaucoup aidé et facilité dans mon travail.


Dans votre film, vous interrogez le Colonel Mamadou sur la question des viols, quelle était son attitude par rapport à ce phénomène ?

Dearbhla Glynn : Le Colonel Mamadou était farouchement opposé aux violences sexuelles. Si l’un de ses hommes commettait un acte de violence contre une femme, il subissait une punition très sévère. En fait il voulait vraiment éradiquer les viols et s’est montré très actif dans la prévention, auprès de ses soldats, contre tout cela. Il a aussi favorisé l’égalité entre les hommes et les femmes, l’un de ses bras-droits était d’ailleurs une femme appelée Mado, elle est morte près de lui durant l’attaque qui lui a coûté la vie.

Sa mort, justement, un grand choc pour tous ceux qui l’ont connu ainsi que pour tous les congolais…

Dearbhla Glynn : Mamadou a été assassiné. J’ai été au procès, à Beni, car j’ai voulu savoir ce qui lui était arrivé. J’ai aussi souhaité me rendre sur les lieux de l’attaque, une manière pour moi de lui dire aurevoir. Selon moi, les gens qui étaient derrière la mort de Mamadou n’étaient pas présentes sur le banc des accusés lors du procès. On se saura sûrement jamais ce qu’il s’est passé mais il représentait une menace pour les gens de pouvoir.

De ce que vous avez vu de lui en le côtoyant, comprenez-vous qu’il fasse à ce point figure de mythe auprès des congolais ?

Dearbhla Glynn : Mamadou est un héros immense pour le Congo. Il aimait son pays, il aimait son président, il aimait les hommes et les femmes qui combattaient avec lui, c’était un vrai patriote, un superbe combattant, il avait un don de tacticien militaire, et c’était un leader naturel qui a inspiré l’espoir au sein d’une armée désenchantée. Mamadou est l’un des hommes les plus braves que j’aie rencontré, il avait cette aura et ce charisme qui auraient pu faire de lui un grand leader. J’espère que son héritage ne tombera jamais dans l’oubli.

Si vous pouviez le rencontrer une dernière fois, que lui diriez-vous ?

Dearbhla Glynn : J’aurais aimé lui dire combien je suis fière de lui et qu’il n’est pas mort pour rien. Il était si courageux, il a inspiré le Congo à se battre pour la liberté vis-à-vis de l’exploitation et pour la paix en faveur du peuple. Mamadou était vraiment un grand ami, il m’a aidé dans mon travail comme il a aidé de nombreux journalistes. J’ai vraiment été profondément attristée par sa mort et jusqu’à présent je n’arrive pas à réaliser qu’il a été tué. C’est un terrible gâchis, la perte d’un très grand homme.


Propos recueillis par Hakim Maludi.


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