RD Congo – Islam : Les militaires se tourneraient de plus en plus vers l’islam.

Très présente dans le monde militaire, la spiritualité joue un rôle prépondérant comme source de motivation des Forces Armées de la République Démocratique du Congo. Depuis quelques temps, on observe chez certains officiers un intérêt de plus en plus affirmé pour l’islam.

Des militaires participent à un débat inter-religieux.
Des militaires participent à un débat inter-religieux.

Les musulmans marginalisés au sein de l’armée.

Laïque, l’armée congolaise reste une institution à l’image de la population civile, largement dominée par des éléments d’obédience chrétienne. Ces derniers sont d’ailleurs régulièrement accompagnés par des aumôniers militaires qui organisent des séances de prière dans tous les camps du pays. Alors qu’on leur a toujours refusé cette présence d’un aumônier, les soldats d’obédience musulmane se sentent quelque peu exclus en raison de leur foi, qu’ils doivent vivre de manière discrète et individuelle. Malgré les demandes insistantes de la Communauté Islamique en RD Congo (COMICO), le gouvernement n’a jamais accepté d’accéder à cette requête, faisant ressentir aux soldats concernés le sentiment d’une marginalisation voulue par les autorités. « Ils ne nous aiment pas, confie ainsi un officier de la 34ème région militaire de Goma. Ce sont des conditions compliquées pour un musulman, même pour manger c’est un problème. On nous sert du porc, parfois il y a même de la viande de brousse, voire du singe », déplore-t-il en évoquant une alimentation interdite par le Coran. « On demande juste la même chose que les autres, on ne veut pas s’imposer ni se différencier, juste que notre religion soit respectée ».

Des conversions à l’islam de plus en plus nombreuses.

S’ils restent minoritaires et qu’ils se sentent déconsidérés en raison de leur foi, ils sont de plus en plus nombreux à rejoindre les rangs de la communauté musulmane au sein des FARDC. Le phénomène s’observe clairement dans le Nord-Kivu ainsi que dans les régions à forte présence musulmane. Si dans cette région, la diffusion du message islamique a un temps été associée à la présence de contingents pakistanais et du Bangladesh au sein des troupes de la MONUSCO, le phénomène est désormais propre aux congolais. Au contact des populations locales, les soldats discutent, se renseignent au sujet de l’islam, d’autres ont même été aperçus assistant ou participant à des débats inter-religieux entre des pasteurs et des imams. C’est notamment lors de ces conférences publiques que des officiers, invités à y assister par leurs frères d’armes d’obédience musulmane, ont fini par se convertir à l’islam en présence de nombreux témoins. Lorsque nous interrogeons les intéressés sur leurs motivations, si tous évoquent leur adhésion à la doctrine de l’unicité divine prônée par le Coran, nombreux sont ceux qui insistent sur les valeurs véhiculées par l’islam en terme de protection des populations civiles. « En tant que musulman, on n’a pas le droit de toucher à la femme d’autrui, ni de toucher aux biens de qui que ce soit », nous confie un officier, alors que l’armée a longtemps été accusée d’abus contre la population. Si l’armée refuse de communiquer sur le sujet, ils auraient été près de 20 soldats à embrasser l’islam en 2016 dans la seule région de Goma, alors qu’une situation similaire a été observée dans le Sud-Kivu et en Ituri.

FARDC débat interreligieux 1