RD Congo – Shaykh Ali Mwinyi : « Que Colette Braeckman retourne sur les bancs de l’école ! »

L’Histoire de la pénétration musulmane dans notre pays est encore largement méconnue, force est de le constater. À travers un article sensé revenir sur « les longues racines de l’implantation musulmane dans le Nord-Kivu », Colette Braeckman s’est en réalité intégralement épanchée sur… l’Histoire des rebelles ougandais des ADF ! Shaykh Ali Mwinyi, imam représentant légal de la COMICO, s’est fendu d’une réaction à la mesure de l’offense provoquée par la journaliste.

colette-braeckman1

« Qui tue à Beni ? Depuis 2014, massacres à l’arme blanche, décapitations, enlèvements, raids nocturnes ont fait plus de 500 morts autour de la ville de Beni. » C’est par ces mots que la journaliste Belge aborde dans son carnet sa réflexion sur « les longues racines de l’implantation musulmane dans le Nord-Kivu ». Stigmatisant et insultant. D’emblée, le lecteur qui s’attendait à un récit retraçant l’Histoire de la présence musulmane dans la province, est confronté à des insinuations des plus blessantes vis-à-vis de notre communauté. Il s’agit donc de chercher à savoir « qui tue à Beni » en fouillant consciencieusement dans les « racines de l’implantation musulmane dans le Nord-Kivu ». Tout est dans le subliminal, ou peut-être pas. Dès les premières lignes, puis tout au long de l’article, c’est bel et bien l’historique des « djihadistes » ougandais des ADF qui est retracé. Mobutu, Idi Amin Dada, Museveni, Jamil Mukulu, les Tabligh pakistanais, tout y passe, tous les faits et personnages ayant permis l’existence de la rébellion sont tour à tour égrenés. Quel rapport avec nous ? Quel rapport avec les musulmans congolais ? « Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde », disait Camus. Au sein de la communauté musulmane du Nord-Kivu, on estime que le malheur est déjà bien assez grand.

Expliquer la présence musulmane dans le Nord-Kivu par l’implantation progressive d’éléments rebelles et extrémistes étrangers, voilà qui est blessant, stigmatisant et insultant vis-à-vis de notre communauté. Depuis les déclarations tapageuses de Lambert Mende, à l’été dernier, les musulmans du Nord-Kivu, qui subissent les conséquences de telles accusations, craignent de plus en plus d’être les victimes collatérales d’un discours hautement corrosif. Shaykh Ali Mwinyi, l’imam représentant légal de la Communauté Islamique en RD Congo (COMICO) a réagit avec virulence cet après-midi aux insinuations émises par Colette Braeckman.

Ali-Mwinyi-a-Goma

« C’est toujours très étonnant de voir des journalistes écrire de tels articles, parce qu’avant d’écrire, ils devraient bien se renseigner, surtout lorsqu’il s’agit de l’Histoire. Moi, je pense que la journaliste Belge là, peut-être qu’elle a un agende caché contre les musulmans congolais, peut-être. Ou peut-être qu’elle a un agenda caché contre l’islam. Ou alors elle a sa mission à elle, puisque personne n’ignore que les Occidentaux ont un problème avec les musulmans. Nous combattons tous le terrorisme, le djihadisme, ça c’est une lutte que nous menons tous, mais le problème des Occidentaux vis-à-vis de l’islam est plus profond pour moi. Quand une journaliste écrit de telles histoires, en disant que l’implantation de l’islam au Nord-Kivu est due, peut-être, à l’ADF-Nalu, alors je ne peux que lui conseiller de retourner sur les bancs de l’école ! Elle doit mieux apprendre l’Histoire, car l’islam au Congo n’est pas récent, l’islam au Congo date de bien avant l’ADF-Nalu. C’est l’ADF-Nalu qui est récent dans notre pays, pas l’islam. Ils sont venus chez nous avant Mobutu, alors que l’islam au Nord-Kivu est entré avant-même l’arrivée des colons ! Je pose la question à cette dame, entre l’ADF-Nalu et les colons, qui est venu avant l’autre, ici au Congo ? Donc, qu’elle retourne s’instruire sur les bancs de l’école au lieu de diffuser des mensonges, des informations fallacieuses qui n’ont absolument aucune source. »

Pour rappel, l’islamisation de la province du Nord-Kivu date de la moitié du 19ème siècle, alors que les caravaniers arabo-swahilis venus de Zanzibar occupaient toute la partie Est du pays, du Sankuru au Kivu, en passant par l’Ituri, la Tshopo, une partie du Katanga, le Tanganyika, et bien évidemment le Maniema, considéré comme le berceau historique de l’islam au Congo. Après la défaite des Arabes face aux troupes de l’Etat Indépendant du Congo en 1894, une vague migratoire musulmane quittant le Maniema a gagné une large partie du territoire congolais, notamment le Nord-Kivu, venant gonfler le nombre de musulmans déjà présents dans la région.

D’après les autorités islamiques provinciales, les musulmans représentent aujourd’hui entre 15 à 20% de la population totale du Nord-Kivu.

Lire aussi: ITW – Shaykh Masudi Kadogo (Nord-Kivu): « Dès qu’on agite la cause identitaire, tout peut s’embraser ».

Lire aussi: L’entité islamique du Nord-Kivu lance une campagne contre le terrorisme.