Beni – Mak Hazukay : « Les ADF sont en train d’enseigner le djihad dans la forêt ».

Interviewé par Jeune Afrique, le porte-parole de l’Opération Sukola 1 est revenu sur la traque infructueuse des ADF, auteurs présumés des massacres qui ensanglantent le territoire de Beni, à l’Est de la République Démocratique du Congo.

Mak Hazukay, porte-parole de l'opération Sukola 1
Mak Hazukay, porte-parole de l’opération Sukola 1

« Pour nous, il n’y point de doute : nous combattons des intégristes islamistes de l’ADF. Et nous en avons des preuves. Nous ramassons des documents dans des sites et bunkers qui étaient occupés par l’ennemi. Nous recueillons également des témoignages auprès de certains ADF capturés ou rendus. Un procès est d’ailleurs en cours et cette piste est sérieusement privilégiée », a ainsi déclaré le Lieutenant Mak Hazukay, alors que de nombreuses voix contestent la thèse de la motivation djihadiste des massacres à Beni.

Pour l’armée, qui traque l’ennemi depuis trois ans maintenant en ciblant particulièrement le « triangle de la mort », délimité par les villes de Mbau, Kamango et Eringeti, les responsables des massacres sont bel et bien des islamistes recrutés dans les mosquées congolaises, mais surtout venus de pays étrangers.

« Les ADF sont en train d’enseigner le jihad dans la forêt. En fait, grâce au procès en cours, nous savons aujourd’hui que tout est parti de la mosquée de Katindo, à Goma. C’est là-bas qu’on recrutait et formait de futurs jihadistes qui étaient par la suite envoyés à Beni. Il vous souviendra que Jamil Mukulu était chrétien mais qu’il s’est converti à l’islam pour diriger les ADF. Et deux imams ont même été condamnés dans l’affaire. Ce qui corrobore la thèse de l’armée. »

Le porte-parole de l’opération Sukola 1 a également évoqué les complicités dont bénéficieraient les auteurs présumés des massacres au sein de la population locale. Une thèse souvent mise en avant, rejetée en bloc par les populations de l’ethnie Nande, majoritaires dans la région, qui refusent d’imaginer les leurs faire couler le sang de leur propre peuple.

« Les ADF sont arrivés chez nous comme des réfugiés. Ils étaient bien intégrés dans la société : ils faisaient des affaires, ils ont marié leurs files et fils, ils ont épousé des autochtones. D’un coup, ils se sont retirés dans la forêt et lancés d’abord dans des attaques ciblées contre des gens qui avaient directement des problèmes avec eux. Puis, la situation a dégénéré. Mais aujourd’hui, ceux qui tuent à Beni agissent de connivence avec des autochtones (…) Il est donc possible que ces intégristes islamistes travaillent en intelligence secrète avec certains fils égarés de la contrée. Même si, ici, la population ne veut pas entendre ce discours. »