RD Congo – Crise au Kasaï : « À Luiza, des musulmans ont été décapités. »

Nouveau théâtre de l’horreur en République Démocratique du Congo, la région du Kasaï livre jour après jour son lot de morts et de désolation. Sur place, les membres de la communauté musulmane subissent, comme le reste de la population, le déchaînement de violence entre le pouvoir et la micile Kamwina Nsapu.

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Contacté par nos soins, un religieux musulman originaire de la région du Kasaï a accepté de répondre à nos questions, sous couvert d’anonymat. Il a commencé par contextualiser un conflit qui dure depuis près de 9 mois.

« En conflit avec les autorités, qui refusaient de reconnaître son statut de chef coutumier, Jean-Pierre Pandi, l’héritier du titre de Kamwina Nsapu, s’est engagé dans un bras de fer avec le pouvoir. Considéré comme un ennemi de Kabila, les militaires ont investi son village et l’ont tué en août 2016. Son collaborateur et son fils ont fui dans la forêt, et ils se sont organisés pour venger la mort de leur chef. Son fils a été intronisé à sa place, puis la milice s’est formée et a sensibilisé village après village pour rallier les gens à leur cause. Dès lors qu’ils croisaient des gens en uniforme, il y avait recours à la violence, tout en sachant que les miliciens sont des gens qui utilisent aussi des fétiches. Les gens de Kamwina Nsapu ont aussi essayé de contacter des chefs coutumiers dans le Kongo-Central ainsi que des personnalités ici à Kinshasa pour les rallier à leur cause et chasser Kabila par la force. »

Quelles nouvelles avez-vous de la communauté musulmane sur place ?

« On sait que pour eux c’est la débandade, comme le reste de la population. Les gens sont en train de fuir leurs villages car il y a des militaires qui sont en train d’y tuer les gens. Récemment, j’ai entendu que 35 personnes avaient été tuées à Balolo. Les plus courageux restent dans les villages, mais la plupart sont dans la forêt depuis une semaine. J’ai du mal à avoir des nouvelles de la part du responsable local de la communauté musulmane, mais tout le monde est dans le même moule, toutes confessions confondues, musulmans comme non-musulmans.

La dernière fois que le représentant des musulmans au niveau du Kasaï m’a contacté, lui-même n’arrivait pas à dormir à son domicile de Kananga. Les imams ont déjà fui, des musulmans ont été tués, comme le reste de la population. Dans le village de Luiza, des musulmans ont été décapités, une mosquée en paille a été brûlée, c’est la débandade totale, la population demande l’aide de l’extérieur. D’autres musulmans sont dans la forêt depuis deux semaines, je ne sais pas de quoi ils vivent, on n’arrive à joindre personne. L’imam adjoint au niveau de Kananga a déjà fui, les responsables ne dorment plus chez eux, le responsable vit dans une vallée, en périphérie de Kananga. La situation est difficile pour tous les congolais. Moi, mon oncle a disparu au niveau de Luebo, je n’arrive pas à le contacter. »

Des sources locales indiquent que des militaires étrangers sont également impliqués, qu’en savez-vous ?

« Au niveau de Kananga, les voisins de chez nous là-bas ont été tués, 6 personnes d’une même famille. Les militaires qui sont en train de faire ces opérations sont des militaires étrangers qui ont été payés pour faire ces massacres-là. Ce qu’on sait, c’est que ce sont des militaires rwandais qui sont en train de tuer les congolais, c’est un véritable calvaire pour la population. Au niveau du village Famba, on m’a rapporté que ce sont des soldats angolais qui, au cours de leur retraite vers l’Angola, ont semé la panique dans cette localité. De l’autre côté de la rivière, vers Kalamba-Mbuji, ils ont tué 25 personnes avant de rejoindre la frontière. »


Armés de lance-pierres, de bâtons, de machettes et de quelques armes à feu, les miliciens de Kamwina Nsapu subissent une répression féroce de la part des forces gouvernementales, accusées à plusieurs reprises par l’ONU de faire un « usage excessif de la force ». Depuis août 2016, les FARDC et les forces de police sont accusées d’avoir commis plusieurs massacres de masse dans le Kasaï, alors que près de 10 fosses communes ont été découvertes aux alentours de Tshimbulu, dans le Kasaï Central.

Alors que l’enquête ouverte sur le massacre filmé par les militaires contre des civils est toujours en cours, 40 policiers ont été décapités dans la région, et deux experts de l’ONU ainsi que leurs accompagnateurs Congolais ont également été tués; des actes que le gouvernement impute aux miliciens de Kamwina Nsapu.