Islam – Sadaqat/ Zakât : Ces 3 régions où les musulmans sont les plus défavorisés en RD Congo.

À l’approche du mois de Ramadan, vous êtes nombreux à vouloir parrainer des actions humanitaires ou à faire parvenir des dons et des marques de solidarité à destination de la communauté musulmane congolaise. Focus sur les 3 zones en situation d’urgence en République Démocratique du Congo.

(photo AACRD Congo)
(photo AACRD Congo)

Si la communauté musulmane Congolaise toute entière souffre d’un manque criant de moyens et d’une absence quasi-totale d’aide, tant soit intérieure qu’extérieure, certaines zones géographiques du pays sont en situation d’urgence absolue. Dans ces régions, souvent soumises à l’insécurité, instaurée par les groupes armés et les rébellions, mais aussi à l’extrême pauvreté et à l’abandon de l’Etat, nos frères et sœurs rencontrent les plus grandes peines à se structurer et à organiser la vie de leurs communautés locales. En substance, il manque d’à peu près tout dans ces contrées, et bien peu sont les musulmans, parfois même à l’intérieur du pays, à être au courant de la réalité de leur situation.


La région du Kasaï.

C’est la nouvelle poudrière de la République Démocratique du Congo. Depuis 8 mois, la province du Kasaï est au centre de l’actualité sécuritaire du pays, avec l’activité incessante de la milice Kamwena Nsapu, face à laquelle l’armée congolaise riposte de manière jugée disproportionnée par les ONG et l’ONU. Entre les massacres, les fosses communes, les exactions de l’armée, mais aussi de la milice Kamwena Nsapu, la communauté musulmane locale, minoritaire, vit dans l’angoisse et la peur permanente. Basée à Kamonia, dans le territoire de Tshikapa, l’Association des Jeunesses Islamiques pour le Développement (AJID) est l’interlocuteur à privilégier pour toute aide à apporter aux musulmans de la région. Engagée sur le chantier immense du développement de l’islam local, l’AJID oeuvre également en partenariat avec les ONG locales et internationales contre l’expansion de la milice Kamwena Nsapu, qui recrute toujours plus de nouveaux éléments au sein des jeunes de la province.

Dans le Kasaï, les musulmans souffrent également d’un énorme manque au niveau du personnel religieux qualifié. La plupart des imams exerçant dans cette zone enclavée par rapport au reste de la communauté musulmane nationale officiant sans formation théologique. Faute de bibliothèques et de boutiques islamiques, les musulmans du Kasaï, notamment les femmes, manquent de tenues islamiques conformes, de documentation sur la religion, et parfois même d’exemplaires du Coran.

Déjà compliquée avant le début du conflit entre l’armée et la milice Kamwena Nsapu en août 2016, la situation des musulmans du Kasaï s’est aggravée dans des proportions inquiétantes aujourd’hui, bon nombre de nos frères et sœurs ayant rejoint les rangs des populations déplacées fuyant les combats.

En vue du mois de ramadan, Shaykh Youssouf Djibondo, président de l’Association d’Assistance Charitable en RD Congo (AACRD Congo) a annoncé que son organisme humanitaire prévoyait de faire « des dons en nature et l’iftar du ramadan, par le biais du représentant et d’autres imams ».


mosquee-de-beni-reconstruction
Travaux de restauration de la mosquée de Beni (Nord-Kivu)

 

Le territoire de Beni (Nord-Kivu).

Cela fait désormais cinq mois que les massacres se sont mystérieusement interrompus dans le territoire de Beni. Depuis 2014, la rébellion Ougandaise des ADF est accusée d’avoir tué plus de 1000 civils dans cette région du Nord-Kivu, où les musulmans ont la malheureuse particularité d’être non seulement des victimes, mais sont en plus perçus comme des complices présumés de ces tueries. Le fait que des éléments d’obédience musulmane figurent dans les rangs des assaillants avait poussé le gouvernement Congolais à crier à la menace djihadiste à Beni, sans qu’aucun lien avec le djihadisme mondial ne soit pour autant clairement établi.

Si contrairement aux musulmans du Kasaï, nos frères et sœurs du Nord-Kivu, qui représentent environ 20% de la population provinciale, bénéficient de structures plus solides du fait de leur ancienneté à l’Est du Congo. En revanche, les projets lancés par les responsables locaux peinent à être finalisés, à l’image de la mosquée de la ville d’Oïcha (chef-lieu du territoire de Beni), toujours en chantier 20 ans après la pose de la première pierre.

De la même manière, la mosquée centrale de Beni, qui est actuellement en cours de restauration, manque de fonds nécessaires à son entretien journalier et à la refonte de sa bibliothèque. Les « ouvriers » qui ont travaillé sur le chantier, notamment en démolissant l’ancienne mosquée, étaient tous des bénévoles. Dans cette ville, la communauté musulmane a également besoin de financer les nombreuses campagnes de sensibilisation qu’elle mène contre la radicalisation, l’enrôlement des groupes armés, mais aussi les actions communes avec les organisations chrétiennes pour la promotion de la paix dans la région.


conférence islamique Ituri


La province de l’Ituri.

Au Nord-Est de la République Démocratique du Congo, la nouvelle province de l’Ituri fait elle aussi figure d’enfant pauvre de l’islam congolais. Alors qu’elle subit les répercussions sécuritaires du territoire de Beni voisin, puisqu’elle reçoit régulièrement des vagues de réfugiés sur son territoire, la province héberge l’une des communautés musulmanes les plus mal loties de tout le pays. Le fait le plus marquant de cette région est son incapacité à structurer ses activités scolaires pour les enfants musulmans. Pourtant, l’imam Abdushakur Byarufu, chef de la communauté musulmane locale, ne manque pas de volonté. Depuis des années, il se bat pour récupérer les écoles conventionnées islamiques, qui appartiennent aux musulmans… mais qui sont utilisées à d’autres fins par l’Etat Congolais. Faute de places, les élèves suivent les cours dans des classes surchargées, alors que les mosquées font également défaut dans une région où le nombre de musulmans est de plus en plus important.

Dans la ville d’Ariwara, le Comité Provincial des Femmes Musulmanes/ section Ariwara, a lancé la construction des locaux destinés à abriter le foyer social des mamans musulmanes d’Ariwara. Si elles souhaitent, à travers cette nouvelle structure, lutter contre l’illettrisme qui fait rage au sein de la population féminine locale, les femmes musulmanes d’Ariwara doivent là aussi faire face au manque de moyens, qui a contraint au gel de leur projet.

Autre dommage collatéral des suspicions nées des activités des ADF dans le territoire de Beni, les prédicateurs de l’Ituri rencontres désormais des difficultés lorsqu’ils vont à la rencontre de la population pour prêcher l’islam. Interrogé par nos soins, l’imam représentant légal de l’Ituri, Abdushakur Byarufu, nous a confié que la communauté musulmane locale avait pour objectif d’expliquer les préceptes de l’islam aux populations Pygmées. Cependant, les services de renseignements verraient cette initiative d’un mauvais œil, craignant que les musulmans n’aillent en réalité enrôler les Pygmées dans des « groupes djihadistes » supposés.