RD Congo – Islam : Les tensions intracommunautaires s’accentuent dans le Sud-Kivu.

En fin de semaine dernière à Uvira (Sud-Kivu), ce sont des musulmans menés par Shaykh Hamza Hassani qui ont manifesté contre les autorités islamiques régionales de la COMICO. Mais depuis plusieurs années maintenant, c’est la Corporation des Shaykhs et Imams de Kinshasa qui se dresse contre l’instance officielle de l’islam Congolais. Plongée au cœur de la dissidence islamique en RDC.

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Shaykh Madjaliwa Ramazani (au centre) est au cœur de la tourmente dans la province du Sud-Kivu. Imam représentant légal de la région islamique d’Uvira, le religieux fait face à une fronde orchestrée par Shaykh Hamza Hassani et ses partisans, qui contestent son autorité et sa gestion des affaires à la tête de la communauté musulmane locale. De la même manière à Kinshasa, l’imam Moussa Dokodoko est depuis des décennies engagé dans une lutte contre les institutions islamiques du Congo, qu’il juge illégitimes. Dans la province du Nord-Kivu, les musulmans sortent d’une période de violentes tensions qui ont profondément divisé la communauté pendant plusieurs années, alors qu’au Maniema, les dissensions entre les adeptes de la Tariqah Qâdiriyah et les responsables de l’entité islamique sont aussi anciennes que l’existence de l’organe officiel de l’islam dans notre pays.

L’islam en République Démocratique du Congo, globalement uni et fraternel, connaît bel et bien quelques zones de tensions, où des groupes, qualifiés de « dissidents » par la Communauté Islamique en RD Congo, se dressent contre les instances représentatives musulmanes du pays. Après l’Indépendance déjà, et pendant tout le règne de Mobutu, deux tendances se sont farouchement opposées à la tête de la minorité musulmane nationale. D’un côté, les théologiens, revendiquaient leur légitimité à la tête de l’islam Congolais, de par leur parcours théologique. De l’autre, les « laïcs », qui étaient en réalité des musulmans riches,ou des hommes d’affaires, s’estimaient plus compétents pour assurer le développement de la communauté et tisser des liens avec l’extérieur.

Les querelles d’aujourd’hui au sein de la minorité musulmane ne sont en fait qu’une continuité de tensions qui existent depuis toujours dans notre pays, avec une lutte de pouvoir tenace entre les différents protagonistes.

« La COMICO a beaucoup de problèmes qui datent de plusieurs années, et cela est dû à la gestion de la communauté islamique au niveau de la province du Sud Kivu, nous explique Issa Ibrahim, qui se présente comme le représentant régional adjoint chargé du culte dans la région islamique de Bukavu… non reconnu par Kinshasa. La Communauté Islamique est gérée par un même groupe, ce sont les mêmes personnes. Ils considèrent la COMICO comme un bien privé ou un bien familial depuis 2011 environ et les élections au niveau des régions islamiques. Ici dans le Sud-Kivu, la province est divisée en 3 régions islamiques : la région islamique de Bukavu, celle d’Uvira, et enfin celle de Fizi. Les musulmans ont élu leurs représentants, mais Kinshasa, donc le représentant de la COMICO à Kinshasa, ne veut pas que nos élus travaillent puisqu’ils ne les reconnaissent pas. Au contraire, les chefs de la COMICO ont notifié un imam de leur obédience. C’est pour ça que les musulmans protestent encore aujourd’hui, car c’est un problème qui nous préoccupe et qui concerne aussi bien Bukavu qu’Uvira et aussi Fizi. L’imam représentant légal a aussi envoyé une procuration pour que l’imam Madjaliwa fasse interpeller les opposants, donc nous, par la Justice. Ceux qui disent que Shaykh Hassani n’appartient pas à la COMICO, ils mentent. Il est représentant régional dans la région islamique d’Uvira, il a été élu dans une conférence, comme cela est stipulé dans les statuts de la Communauté, à l’article 12 si je ne me trompe pas. »


Madjaliwa Ramadhani Imam Régional Uvira 1 Directement mis en cause, Shaykh Madjaliwa Ramadhani, imam régional d’Uvira, nous a livré sa version et sa lecture du conflit qui agite la COMICO/ Sud-Kivu :

« Dans ma juridiction, la région islamique d’Uvira, nous faisons face à un groupe de dissidents dirigés par monsieur Mwamba Hassani Hamza, qui s’était autoproclamé représentant régional de la région islamique d’Uvira, tout en violant les statuts qui régissent cette communauté. Lui, il n’est même pas membre effectif de la COMICO/ Uvira ! Mais lui et ses acolytes ont essayé de troubler l’ordre public et d’avoir un grand nombre de fidèles musulmans pour l’accompagner dans sa création de conflits insensés dans la région d’Uvira. Nous avons essayé plusieurs fois, même Shaykh Ali Mwinyi Mkuu, quand il arrivait ici au Sud-Kivu, il essayé de les contacter pour apaiser la situation. Mais comme ce sont des rebelles, rien n’a fonctionné avec eux, ils ne veulent pas la paix entre les musulmans au Sud-Kivu. Ils sont assoiffés de pouvoir et pour cela ils sont prêts à violer les statuts de la COMICO. Nous, en tant que cadres membres effectifs, nous avions pris l’engagement ferme dans l’Assemblée Générale de respecter et de faire respecter les textes qui nous régissent, tout en dirigeant cette communauté dans les principes dans le Saint-Coran et dans la Tradition du Prophète Muhammed. Avec ce désordre et ces conflits entre les musulmans dans notre région, le comité directeur a été poussé dans sa réunion, conformément à l’article 14 des statuts qui stipule que l’imam représentant légal a pouvoir de traîner en justice toute personne causant des conflits au sein de la COMICO. »


Ali Mwinyi Réaction de Shaykh Ali Mwinyi, imam représentant légal de la COMICO :

« Ce qu’il se passe au Sud-Kivu, c’est un conflit de leadership. Les musulmans qui sont là ne sont pas d’accord sur leurs dirigeants, surtout à Uvira. Il y a un monsieur qui s’appelle Hamza, il sème le désordre, il fait du tort pas seulement à la COMICO mais à l’islam. Il a spolié des terrains de la COMICO, il a même vendu des mosquées, d’ailleurs nous sommes en procès contre lui, parce qu’il a fait beaucoup de choses, et il a reconnu qu’il avait fait ça. »