Religion – Enterrement d’Etienne Tshisekedi : Une situation réprouvée dans toutes les croyances.

Le 1er février dernier, tout le Congo pleurait la disparition survenue en Belgique de l’opposant historique Etienne Tshisekedi. Mais au lieu de recevoir les honneurs qu’un homme de sa stature aurait mérité, sa dépouille, suspendue aux soubresauts politiques congolais,  végète dans une chambre froide de Bruxelles. Une situation qui choque dans notre pays. Un défunt sans sépulture pendant 4 mois, voilà qui va à l’encontre de toutes nos croyances, religieuses comme traditionnelles.

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Un enterrement à la Gombe ? L’érection d’un mausolée en sa mémoire ? Un rapatriement sur ses terres du Kasaï ? Absolument tout a été envisagé pour l’enterrement d’Etienne Tshisekedi. Sauf qu’aujourd’hui, le corps n’est toujours pas rentré au Congo. La persistance et l’âpreté des désaccords entre son parti, l’UDPS, et le gouvernement congolais, continuent à polluer la bonne organisation de vraies funérailles nationales dont plus personne n’est en mesure de fixer de date crédible.


Une « âme en peine » dans la tradition Luba.

Pourtant, dans les coutumes traditionnelles des Balubas du Kasaï, les rites funéraires et post-funéraires sont parfaitement codifiés. Dans le cas d’un notable qui décède dans son village, il est quasi-systématique que son corps, après avoir été lavé, soit exposé devant sa maison paré de ses insignes coutumiers. Si chez certains peuples, les personnalités éminentes, notables et « seigneurs » sont enterrées à l’intérieur-même de leurs maisons, qu’on laisse ensuite à l’abandon, la plupart sont inhumés à la périphérie de leurs villages ou près des champs.

Le tout, dans la pure tradition des Balubas, est d’ensevelir le défunt dans la terre des ancêtres, celle pour laquelle il aura montré le plus d’attachement. Surtout, l’enterrement doit se faire dans des délais convenables. En effet, selon les croyances ancestrales, l’âme qui n’a reçu ni tombe ni honneurs dignes de ce nom est considérée comme une âme en peine, « à la dérive ». On dit qu’elle est alors à la merci des sorciers et des féticheurs, qui peuvent lui porter atteinte en lui jetant un sort. Dans cet état, l’âme ne peut ni poursuivre son chemin vers la « grande route » (njila a musesu). Il est censé suivre cette voie jusqu’à son croisement (masangu aa njila) pour y être interrogé par l’Esprit des bonnes actions (Mutumba). Cet interrogatoire, où l’âme devra prouver son innocence, lui assure, si elle y répond convenablement, la poursuite de son chemin censé la mener vers l’éternité.


Dans le christianisme, un lien entre la sépulture et l’espérance de « résurrection corporelle ».

Non seulement Etienne Tshisekedi appartenait au peuple Luba, mais il était chrétien. Une religion où la sépulture du défunt revêt là aussi un rôle crucial pour son passage dans l’au-delà. Dans une certaine littérature chrétienne, il est fréquent de retrouver cette notion selon laquelle seuls les morts ayant bénéficié d’une sépulture digne de ce nom et inviolée seraient promis à la résurrection. Face à l’absence de règle théologique claire sur le sujet, beaucoup ont cherché à savoir si la forme de sépulture accordée au défunt pouvait conditionner ou non son accession au repos éternel.

Ce lien, entre la forme de la sépulture et le devenir de l’âme du défunt, est évoqué dans le Code du droit canonique, lorsqu’il est question de « sépulture ecclésiastique ». Dans la pure tradition chrétienne, c’est cette notion qui interdisait l’enterrement et les derniers sacrements aux hérétiques, aux divorcés, aux suicidés, aux non-baptisés, aux incinérés ou à certaines catégories d’artistes profanes ou de philosophes. Là, l’absence de sépulture était synonyme de damnation et d’inaccessibilité à la « résurrection corporelle » espérée par tout chrétien baptisé.


Un enterrement le jour-même dans le judaïsme et l’islam.

Cette vision des choses rejoint de très près la tradition juive, qui veut que la souffrance et le tort causés à l’âme du défunt soient grandes tant que celui-ci n’a pas été enterré. C’est ainsi que dans le judaïsme, le défunt est bien souvent enterré le jour-même de son décès, ou dans les trois jours suivants.

Dans la religion musulmane, on lave le défunt le jour-même de sa mort, son corps est parfumé et enveloppé d’un linceul, et la prière du mort (Salat Janaza) est effectuée sur la dépouille. Il fait partie de la bonne moralité islamique de hâter l’enterrement du défunt, bien souvent dans les 48 heures suivant le décès. En effet, l’âme du croyant musulman se réjouit à l’idée de rencontrer son Seigneur dans l’au-delà, et la famille est encouragée par les Textes à rendre service au mort en accélérant au mieux ce rendez-vous céleste tant attendu.