Politique : Le jeu dangereux des « kabilistes musulmans » de l’AKAM/ PPRD.

C’est une carte bien surprenante que le PPRD  a sorti de sa manche ces derniers temps. Dans sa volonté de se construire une image fédératrice et populaire, le parti au pouvoir s’est affublé d’une antenne islamique ralliant à sa cause des imams sans réelle influence au sein de la communauté.

akam-henri-mova-pprd


La petite marionnette chiite d’Henri Mova.

Secrétaire-général du parti, Henri Mova Sakanyi aime à s’afficher aux côtés de ces musulmans qui ont pris fait et cause pour Joseph Kabila. Haï par à peu près toutes les couches de la population congolaise, le président de la République, en conflit ouvert avec l’Église Catholique, s’est rabattu sur certains musulmans pour se donner un semblant de légitimité au sein de la communauté des croyants. C’est ainsi que depuis plusieurs semaines, l’Association des Kabilistes Musulmans (AKAM) s’affiche sur les réseaux sociaux au rythme des campagnes de soutien menées en faveur du pouvoir. Sauf qu’en dehors de Facebook et Twitter, la structure demeure inconnue du reste des musulmans Congolais; et heureusement.

À Kinshasa, beaucoup ignorent ainsi l’implication personnelle d’Henri Mova aux côtés de l’AKAM, comme lorsqu’en plein mois de Ramadân, l’homme politique s’invitait à un repas de rupture du jeûne organisé par les « kabilistes musulmans ». Le chef du PPRD n’hésite pas non plus à convier ses adhérents musulmans à absolument tous les événements sociaux et politiques pilotés par le parti. Campagnes de sensibilisation à l’enrôlement électoral, séminaires, « cafés politiques », etc…

Pour coordonner le tout, le secrétaire-général du PPRD peut compter sur un certain Sadr Mondo Moussa, membre de la communauté chiite de Kinshasa. Minoritaires au sein de la communauté musulmane Congolaise, les chiites, qui doivent leur existence structurelle aux dollars injectés par l’Iran et par la forte communauté libanaise du Congo, ont toujours peiné à faire entendre leur voix parmi les musulmans congolais. Inconnu jusqu’alors au sein de la communauté, Sadr Mondo Moussa est un ancien activiste citoyen qui luttait il y a 3 ans encore… contre les velléités monarchistes de Kabila : « J’aimerais bien que monsieur Kabila, que je respecte beaucoup, laisse le pouvoir aux autres, ça sera un geste de bien pour son honneur. » (vidéo YouTube)

Comment Sadr Mondo Moussa est-il devenu un chantre du « wumelisme » ? Ce courant exotique qui réclame la présidence à vie pour Joseph Kabila. Aujourd’hui, l’homme est l’interlocuteur numéro 1 d’Henri Mova, c’est à lui que revient la tâche de prêcher la bonne parole du PPRD auprès de musulmans qu’il rameute dans le camp présidentiel. Dans son discours, il n’est question que de défense du « bilan » de Joseph Kabila, et surtout, de la prolongation de son mandat à une durée indéterminée.


Une branche « Nord-Kivu » qui pose question.

Cette section « islamique » du PPRD, qui a en réalité été créée en 2014, dispose pour l’heure de deux antennes, l’une à Kinshasa, et l’autre dans le Nord-Kivu. La présence de cette structure dans la province de l’Est a de quoi surprendre, puisque la région a toujours été considérée comme la plus hostile à Joseph Kabila. Au sein de la communauté musulmane locale également, on particulièrement mal vécu les allégations de Lambert Mende qui, en août 2016, n’hésitait pas à établir des liens entre les présumés-ADF et les imams les plus en vue de la province. Un épisode tendu entre le pouvoir et la communauté, qui avait vu de nombreux imams être arrêtés par les FARDC pour être interrogés à la cour militaire de Beni, débouchant même sur la condamnation à mort des imams de Butembo, Hamza Baguma et Djibril Muhindo, une sentence vivement contestée et qui avait provoqué la consternation au sein de la communauté.

Difficile de comprendre comment une telle pensée « pro-Kabila » a pu se développer au sein d’une communauté musulmane kivutienne connue pour sa grande méfiance vis-à-vis du pouvoir. Il y a peu, on accusait ouvertement le gouvernement congolais d’instrumentaliser l’insécurité à Beni pour créer un amalgame autour des musulmans locaux, quitte à les livrer à la vindicte et aux représailles de la population. Aujourd’hui, un club de l’AKAM a ouvert à Beni, quelques semaines seulement après l’annonce de l’ouverture d’une antenne similaire à Goma. Dirigés par Julien Paluku, l’un des kabilistes les plus zélés du régime, les musulmans de la province du Nord-Kivu pourraient bien évidemment être sous l’influence du gouverneur, mais il n’y a pour l’heure aucune trace de son implication dans cette association.


Une position qui embarrasse les musulmans.

Ça n’est un secret pour personne, la communauté musulmane congolaise est l’un des groupes confessionnels les plus pauvres du pays; et le pouvoir le sait. Les détracteurs de l’AKAM accusent ainsi le mouvement d’avoir été acheté par le PPRD pour grossir ses rangs au sein de la communauté. En République Démocratique du Congo, c’est en étant proche du pouvoir qu’on mange le mieux, quitte à adhérer au régime le plus impopulaire de l’ère moderne. Mais cette position, ce choix de l’AKAM met l’ensemble de la communauté musulmane congolaise, soit 12% de la population environ, dans un embarras réel.

Aujourd’hui, pour ceux qui en connaissent l’existence, il n’y a aucune différence entre l’Association des Kabilistes Musulmans et le commun des musulmans, ce qui a le don d’agacer dans les rangs de la Communauté Islamique en RD Congo (COMICO), l’association officielle de l’islam congolais. Car contrairement à l’AKAM, qui semble valider tout ce qui émane du pouvoir, la COMICO est engagée dans un vieux combat de revendications auprès d’un gouvernement qui n’a jamais répondu à ses sollicitations. Reconnaissance des fêtes musulmanes par l’Etat, ouverture d’aumôneries musulmanes au sein de l’armée,… les demandes de la communauté musulmane n’ont jamais été prises en considération par Joseph Kabila. Avec le ralliement de l’AKAM, Henri Mova et le pouvoir s’assurent le soutien de musulmans silencieux, de béni-oui-oui qui ne revendiquent rien et qui saluent chaque réalisation présidentielle comme une marque indélébile dans l’Histoire du Congo.

Si elles s’intéressent de près aux tensions politiques que traversent le pays, les autorités islamiques congolaises n’ont jamais pris position pour tel ou tel camp, se voulant avant tout du côté du peuple et de la cohésion nationale. Lors des festivités de l’Aïd en 2015, Shaykh Ali Mwinyi, l’imam représentant légal de la COMICO, avait notamment lancé : « Je voudrais m’adresser aux politiciens. Faites ce que vous avez à faire, mais nous refusons toute effusion du sang des Congolais ».