International – Centrafrique : Ce conflit aux airs de « guerre de religion » qui nous concerne.

Plus de 15 ans d’instabilité en République Centrafricaine. La dernière phase, la plus critique, a débuté en 2013 pour voir s’opposer les milices musulmanes de la Seleka aux Anti-Balaka, des chrétiens favorables à l’ancien président François Bozizé, et qui bénéficient du soutien de l’armée régulière. Aujourd’hui, les musulmans centrafricains dénoncent craignent de voir leur communauté réduite à l’extinction pure et simple.

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Massés dans des camps situés sur toute la région de l’Ubangi, limitrophe de leur pays d’origine, les réfugiés Centrafricains ont fui le chaos qui règne depuis plusieurs mois de l’autre côté de la frontière. Ils sont 9 183 au camp de Bili; 9 259 à Bossobolo; 23 000 à Boyabu, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur des camps, tout comme à Inke, où ils sont 26 000; 4 592 à Mobayi Mbongo et près de 19 000 à Mole*. Ceux qui ne sont pas pris en charge par les Nations Unies s’organisent en communautés et bénéficient parfois de l’aide des habitants Congolais. Poreuse, la frontière entre la RDC et la Centrafrique est soupçonnée par l’ONU d’être le lieu d’un vaste trafic d’armes. Parmi les réfugiés Centrafricains qui cantonnés dans cette région frontalière, bon nombre sont des musulmans. Ils disent avoir fui un nettoyage orchestré par le groupe armé des Anti-Balaka avec l’assentiment de l’armée gouvernementale. Menée par l’armée française entre 2013 et 2016, l’opération Sangaris n’a rien donné de bon. Alors que des officiers ont été accusés de viols contre des petits Centrafricains, la mission de la France a été perçue par la communauté comme un échec total à la préservation de son intégrité.

En République Centrafricaine, l’islam est la religion d’environ 10% de la population. Implantée depuis le milieu du 19ème siècle, par le biais des activités de Zubair Pacha, qui régnait dans la région actuelle du Darfour, la religion s’est propagée après la chute des Arabes, vaincus par les Anglais, pour atteindre le Tchad et la région qu’on appelait alors l’Oubangui-Chari. Colonisée par la France entre 1885 et 1960, la Centrafrique va être christianisée de fond en comble par les missionnaires, réduisant les autres confessions religieuses présentes au statut de minorité. Aujourd’hui, après des coups d’état en série et des luttes de pouvoir interminables, ce sont principalement trois communautés religieuses qui se retrouvent au centre d’un conflit sanglant.

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Jugés proches de la Séléka, mouvement rebelle composé de chrétiens et de musulmans crée en 2011 pour combattre le président François Bozizé, les musulmans font face depuis 2013 aux Anti-Balaka, assimilables à nos Maï-Maï Congolais, principalement des chrétiens et des animistes. Suite au renversement du président Bozizé en mars 2013, ils ont juré d’exterminer tous les musulmans de Bangui, la capitale du pays. À leurs yeux, les adeptes de l’islam, qu’ils ne considèrent pas comme Centrafricains, sont les responsables d’absolument tous les malheurs du pays. La haine qu’ils leurs vouent est dévastatrice. Chasses à l’homme, massacres à l’arme blanche, torture, plusieurs actes de cannibalisme seront même signalés (et même filmés) à Bangui lors du pic de violences entre 2013 et 2014. Le 23 janvier 2014, des musulmans manifestent contre les forces françaises qu’ils jugent favorables aux chrétiens des Anti-Balaka. De nombreux témoignages feront en effet état de la passivité des soldats français face aux attaques subies par les musulmans, notamment les assauts lancés par les milices contre les mosquées.

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En mars 2015, Samantha Power, ambassadrice des Etats-Unis auprès des Nations Unies, estimait ainsi que 417 des 436 mosquées de Centrafrique avaient été détruites par les Anti-Balaka en 2 ans seulement de conflit. Alors repris par de nombreux médias musulmans dans le monde, ces chiffres ont été démentis par l’imam Oumar Kobine Layama, président du comité islamique de Centrafrique :

« Sur les 377 mosquées, le comité islamique a enregistré 113 détruites dans certaines préfectures où le conflit a été violent. Si nous disons 417 et qu’on va sur le terrain pour vérifier, cela n’est pas réaliste. C’est une manière d’inciter les gens à la haine, indiquait ainsi l’imam à l’AFP. Dans certaines préfectures dans le sud-ouest, les lieux du culte n’ont pas été touchés, notamment les mosquées. Les zones touchées sont Bangui, les préfectures de la Lobaye, la Sangha-Mbaéré, la Mambéré Kadéï, l’Ouham et l’Ouham-Péndé et une partie de l’Ombella-M’Poko. A Bangui, nous avons 36 mosquées et il ne reste que 7 mosquées. »


Sur le territoire Congolais, des mosquées sauvages ont été construites par les réfugiés Centrafricains d’obédience musulmane. En réalité, il s’agit de tentes de fortune transformées en lieu de culte en dehors du contrôle de la Communauté Islamique en République Démocratique du Congo. Contacté par nos soins, l’imam représentant légal de l’instance a validé l’initiative de ces musulmans démunis et sans repères : « Je ne suis pas au courant que les réfugiés aient construit des mosquées là où ils sont, a ainsi reconnu Shaykh Ali Mwinyi. Mais sachez que même si cela est vrai, alors ils en ont parfaitement le droit. Ils en ont le droit car en islam, la terre entière est un lieu de prière valable pour les musulmans. Donc s’ils ont établi des lieux de prière sur notre territoire, il n’y a aucun problème ».

De nombreux musulmans Congolais sont préoccupés par la situation de leurs frères sur l’autre rive de la rivière Ubangi, qui forme la frontière entre nos deux pays. Il n’est pas dans la culture des musulmans de la République Démocratique du Congo de s’impliquer dans les conflits armés étrangers, et beaucoup cherchent toujours un moyen efficace de venir en aide aux Centrafricains. En attendant, malgré les tentatives de résolution politique au conflit, la tension n’est pas retombée entre les deux communautés et les réfugiés continuent à affluer sur notre territoire.


*(UNHCR juin 2017)