DOSSIER ASIE (1) : Birmanie, Kashmir, Xinjiang,… L’Asie est-elle le terreau mondial de la persécution anti-musulmane ?

L’Asie; c’est sur ce continent que se concentre la plus forte population musulmane au monde, mais aussi la plus persécutée qui soit. Presque partout où elle n’est pas majoritaire, la communauté musulmane asiatique doit faire face à des politiques visant à son extinction pure et simple. La Birmanie, le Kashmir et la région du Xinjiang sont aujourd’hui les trois places critiques de la persécution anti-musulmane en Asie.

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PREMIÈRE PARTIE: Le cas des Ouïghours du Xinjiang.

C’est en juillet 2009 que la cause des musulmans du Xinjiang s’est réellement fait connaître au monde. Dans la ville d’Urumqi, chef-lieu de cette région autonome du nord-est de la Chine que les indépendantistes préfèrent appeler Turkéstan Oriental, des affrontements allaient opposer les deux ethnies dominantes. Face aux musulmans Ouïghours turcophones, considérés comme les « autochtones » du Xinjiang, le pouvoir chinois est accusé de pousser les Hans à siniser cette partie du pays en effaçant toute trace de l’identité ouïghoure. Les combats entre les musulmans et les forces de l’ordre, ainsi que les scènes de lynchages entre Ouïghours et Hans, vont causer la mort de 184 personnes et en blesser 1 680 autres.

Alors que la Chine a toujours refusé d’accorder l’Indépendance au « Turkéstan Oriental », la région a été frappée par plus de 200 attentats dans les années 1990, poussant le gouvernement chinois à durcir sa politique vis-à-vis des Ouïghours en ciblant leurs repères identitaires et leur religion. C’est ainsi qu’aujourd’hui, les musulmans se voient interdits de donner des noms arabes ou à consonance islamique à leurs enfants, les hommes sont invités à raser leurs barbes lorsqu’elles sont jugées trop longues alors que les femmes sont appelées à n’arborer que des voiles plus ou moins discrets. Chaque mois de Ramadan est également l’occasion de voir à l’oeuvre la persécution subie par les musulmans Ouïghours. Pendant longtemps, avant que plusieurs associations humanitaires et que l’Humans Right Watch ne s’intéressent à leur situation, les musulmans avaient l’interdiction de jeûner, et des officiels étaient même chargés d’offrir des boissons fraîches et des pastèques en pleine journée à la population, histoire de s’assurer que l’interdiction était respectée. D’après Radio Free Asia, les familles surprises en train d’observer le jeûne du Ramadan se voient encore infliger des amendes et encourent des poursuites judiciaires.

Depuis 2016, c’est Chen Quanguo qui est à la tête du Xinjiang. C’est lui qui exerce un contrôle strict sur des Ouïghours qui sont officiellement interdits de transmettre l’islam à leurs enfants. « Aucun parent, responsable, ou proche d’un mineur ne doit organiser, pousser ou forcer un mineur à participer à des activités religieuses », stipule ainsi la loi votée le 1er novembre 2016, qui amalgame allègrement l’appartenance religieuse à une forme d’extrémisme. « Ils ne doivent pas diffuser une idéologie extrémiste, ou pousser les mineurs à porter des vêtements ou logos extrémistes ». Radio Free Asia indique que les autorités des préfectures de Hotan, Kashgar et Aksu ont en réalité commencé à lutter contre l’enseignement religieux dans les familles musulmanes en 2014, faisant signer un contrat à celles-ci à travers lequel elles s’engageaient à ne pas délivrer d’éducation religieuse à leurs enfants.


Récemment, les autorités chinoises ont été accusées de transformer les mosquées du Xinjiang en espaces culturels, voire en lieux de beuverie, ainsi qu’en centres de propagande du parti communiste. Car c’est bien la seule religion tolérée par le pouvoir, celle par laquelle la Chine aimerait voir les Ouïghours remplacer cet islam jugé incompatible avec le communisme. Avec la « guerre contre le terrorisme », le pouvoir chinois a, depuis 2001, trouvé une vague inespérée sur laquelle surfer sans encourir les remontrances d’Occidentaux tout aussi occupés à combattre l’extrémisme islamique sous toutes ses formes. C’est dans ce cadre que la Chine s’est lancée à la traque des étudiants Ouïghours fréquentant des structures islamiques à l’étranger. Fin juillet, ce sont 10 étudiants Ouïghours, dénoncés par les autorités égyptiennes, qui ont été renvoyés en Chine, où les organisations de défense des droits de l’homme craignent qu’ils ne subissent des actes de torture de la part des autorités.


Dans sa quête d’assimilation du peuple Ouïghour, la Chine pourrait prochainement interdire l’usage de la langue ouïghoure dans l’enseignement. Le ministère de l’éducation de la préfecture d’Hotan a en effet pris une directive, en juin dernier, visant à faire disparaître cette langue en faveur du mandarin. Ainsi, dès la prochaine rentrée scolaire, les écoles du Xinjiang seront invitées à « insister sur l’usage total de la langue nationale commune et son écriture, en accord avec la loi ». Concernant le ouïghour, la directive enjoint les écoles de « prohiber l’usage de la langue ouïghoure, son écriture, sa calligraphie et ses dessins, aussi bien dans le système éducatif que dans les campus ».

Officiellement, cette mesure a été prise pour « favoriser » l’intégration des Ouïghours dans l’espace national chinois en leur faisant parler la langue majoritaire dans le pays. Mais en réalité, cette interdiction est une preuve de plus de la volonté du pouvoir chinois d’éteindre les moindres repères identitaires, culturels et religieux de l’une des minorités musulmanes les plus persécutées au monde.


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