Butembo : La communauté musulmane garde espoir et n’oublie pas l’imam Hamza Baguma.

Cela fera bientôt un an. Le 17 octobre 2016, la cour opérationnelle militaire siégeant à Beni condamnait les imams Hamza Baguma et Djibril Muhindo à la peine capitale pour leur collaboration présumée avec la rébellion des ADF. Alors que les deux religieux ont depuis été transférés à Lisala, la communauté musulmane de Butembo garde espoir quant à leur sort.

Hamza Baguma donnant une conférence à la mosquée centrale de Butembo
Hamza Baguma donnant une conférence à la mosquée centrale de Butembo (juillet 2016)

Son seul tort aura donc été d’être l’un des imams les plus actifs et les plus impliqués dans la prédication islamique de tout l’Est de la République Démocratique du Congo. Près d’un an après avoir été condamné à mort pour « participation à un mouvement insurrectionnel » et « crime contre l’humanité », l’imam Hamza Baguma peut toujours compter sur le soutien indéfectible des musulmans de Butembo, dans le Nord-Kivu. Parmi ses fidèles, absolument personne ne veut croire à une éventuelle implication du religieux dans les massacres qui ont coûté la vie à plus de 1000 personnes dans le territoire de Beni depuis plus de 3 ans. Accusé par la justice militaire avec son compagnon de route Djibril Muhindo, Hamza Baguma continue lui aussi à clamer son innocence, alors qu’aucune preuve évidente de sa culpabilité n’avait pu être établie lors du procès qui a débouché sur sa condamnation.

L'imam Hamza Baguma - Butembo (Nord-Kivu)
L’imam Hamza Baguma – Butembo (Nord-Kivu)

Le ministère public avait en effet considéré comme un élément accablant la présence, dans le PC personnel de l’imam, de séquences vidéos du prédicateur sulfureux Aboud Rogo, un imam kényan pro-Shabaab tué par les services de sécurité de son pays en 2012. Bien qu’Hamza Baguma ait expliqué qu’il se servait de ses vidéos dans le cadre de ses travaux de prévention contre les discours d’embrigadement des groupes djihadistes, la sentence rendue n’a tenu compte d’aucune de ses justifications. Considéré comme son complice dans son travail-présumé de recrutement de jeunes musulmans pour le compte des ADF, Djibril Muhindo a été condamné au même sort, bien que lui aussi n’ait jamais cessé de clamer son innocence.

Aujourd’hui à Butembo, alors que les deux imams ont été remplacés à leurs postes respectifs, les fidèles de la mosquée centrale où officiaient les religieux gardent confiance, ils espèrent que les recours enclenchés par les avocats des deux hommes pour retarder la sentence aboutiront. « Ils sont en train de tout tenter pour que ça ne se fasse pas. Nous sommes confiants, nous savons qu’ils n’iront pas jusque là, car tout le monde sait que ce sont des bouc-émissaires, ils ne sont pas du tout coupables, tout le monde le sait », confie ainsi un sympathisant des imams.

Il y a un an, beaucoup avaient imputé l’enchaînement négatif des événements à l’implication personnelle de Lambert Mende, porte-parole du gouvernement, qui avait affirmé, quelques jours avant l’arrestation des imams, que des personnalités musulmanes du Nord-Kivu collaboraient avec le groupe rebelle des ADF contre les populations civiles. Suite à ces allégations, près d’une dizaine d’imams avaient été arrêtés à Goma, Beni, Butembo, mais aussi à Kisangani, sans qu’aucune charge ne soit finalement reconnue contre eux, en dehors du cas des deux imams de Butembo.