Actu : Découvrez un premier extrait du livre « ALLAH, LA PATRIE, LES ANCÊTRES ».

En République Démocratique du Congo, nous devons l’institutionnalisation de nos structures musulmanes à Mobutu, président de ce qu’on appelait alors la République du Zaïre de 1965 à 1997. À travers ce premier extrait du livre « Allah, la patrie, les ancêtres » que nous vous proposons, on découvre que la démarche du « Roi-Léopard » s’est davantage inscrite dans un malicieux positionnement géopolitique que dans une sensibilité désintéressée vis-à-vis de la communauté musulmane.

Mobutu


Extrait du livre « Allah, la patrie, les ancêtres » : 

  Le 28 mars 1972, c’est par l’ordonnance n° 72-194 que Mobutu signe officiellement l’acte de naissance de la Communauté Islamique du Zaïre (COMIZA). Cette décision fait suite à la réunion d’une vingtaine d’associations musulmanes rivales, qui s’est tenue du 9 au 11 février à Kisangani. Ce rassemblement permettra la formation d’une structure islamique unique. Si la démarche ouvre la voie à un essor spectaculaire de la communauté musulmane nationale, elle n’est pas sans arrière-pensées de la part du Roi-Léopard. En effet, l’institutionnalisation de l’islam zaïrois est un moyen pour Mobutu de se placer, dans un contexte d’extrême tension au Proche-Orient, aux côtés des pays arabes face à Israël, avec qui le Zaïre rompt ses liens diplomatiques en 1973.

  Solides alliées de Mobutu et satisfaites de la rupture de ses relations avec l’État Hébreu, les ambassades arabes financent absolument tout l’islam zaïrois, qu’elles mettent sur orbite à gros coups de dollars. La mosquée centrale de Kisangani voit le jour en 1975, des bourses d’études pour des universités islamiques du monde arabe sont octroyées à des Zaïrois, des imams sont envoyés en formation en Egypte, en Lybie ou en Arabie Saoudite, l’effort d’islamisation au pays est décuplé, le tout pour une facture dépassant les 1 600 000 dollars. Celle-ci est réglée intégralement par les États arabes, qui multiplient également les investissements au Zaïre, pour le plus grand plaisir du chef de l’État. On estime qu’entre 1973 et 1982, Mobutu aura attiré de l’argent arabe à hauteur de 4 444 000 dollars.

  La COMIZA, fraîchement créée, est représentée à l’échelle locale par ses imams, mais également à l’échelle régionale, par les imams en chefs des régions islamiques. Au niveau provincial, ce sont les chefs d’entités islamiques de toutes les provinces du Zaïre qui sont les référents officiels, sous les ordres de l’imam représentant légal national, souvent considéré comme le responsable numéro 1 de l’ensemble des musulmans du pays.

  Shaykh Amrani Bin Juma sera en 1972 le premier imam à présider la COMIZA. Contestée, sa nomination sera annulée par d’autres membres du comité directeur, qui voteront sa destitution pour élire à sa place Shaykh Hassani Bin Sabiti Mafuta Mingi, qui prendra ses fonctions en décembre 1974. Immensément respecté au sein de la communauté musulmane, il appartient à la longue lignée des Sabiti en place à Kisangani depuis l’époque des Arabo-Swahilis. C’est sous sa direction que les musulmans Zaïrois verront enfin un certain nombre d’actions positives être réalisées et croiront à un réel renouveau pour la minorité. Véritable VRP de l’islam zaïrois auprès des pays arabes, qu’il parcourt régulièrement, Shaykh Hassani Bin Sabiti participera même à l’assemblée de la Ligue Islamique Mondiale de 1975 en Arabie Saoudite. Auprès des musulmans du Zaïre, qui mettent l’amélioration de leur condition à son crédit, l’imam semble même susciter une réelle unanimité… pour un temps seulement.


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