RD Congo : « Les trompettes de Jéricho »; quand l’opposition congolaise rêve d’une destinée biblique.

Sifflets, casseroles, tambours… Hier à 21h00, le peuple congolais était invité à faire monter les décibels partout dans le pays pour réclamer le départ du président Joseph Kabila. À l’initiative de cet appel, destiné à se renouveler tous les jeudis soirs : les leaders de l’opposition politique en exil, mais aussi l’église catholique congolaise.

Les sept trompettes de Jéricho (J.James Tissot)
Les sept trompettes de Jéricho (J.James Tissot)


Sur les réseaux sociaux, le premier à avoir lancé cette idée est Sindika Dokolo. Entré tout récemment dans le jeu politique congolais, le gendre de l’ancien président angolais, José Eduardo Dos Santos, multiplie depuis plusieurs mois les initiatives destinées à marquer les esprits, et à terme, à « faire partir » Joseph Kabila. Après avoir monté son mouvement des « Congolais Debout », le collectionneur d’arts africains s’est donc directement référé à la Bible en lançant l’opération des « trompettes de Jéricho ». Puissant et plein de sens, ce nom renvoie à l’épisode biblique cité dans le Livre de Josué (Josué 5.13-6.27), un chapitre qui relate comment le successeur de Moïse a guidé les Israélites vers la terre promise. Pour faire tomber et conquérir la ville-forteresse de Jéricho, Josué reçut l’ordre divin de tourner 7 fois autour de la cité pendant 7 jours, alors que 7 prêtres soufflaient dans des cors dont les décibels parvinrent à détruire les murailles de la ville.

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Pour les opposants congolais, qui ne manquent jamais l’occasion de raviver la fibre chrétienne de la population, la symbolique était toute trouvée : par le brouhaha et le vacarme de la rue, les murs du palais présidentiel de Kinshasa finiraient par s’écrouler, et son locataire avec. Moyennement suivi hier pour son premier jet, le mouvement pourrait prendre de l’ampleur avec le temps, ou tout bonnement s’essouffler. Soutenue et relayée par l’église catholique congolaise (CENCO), la démarche est également appuyée par Moïse Katumbi, qui s’affichait récemment avec un nouvel allié de poids en la personne du Cardinal Laurent Monsengwo. Exilé depuis plus d’un an en Europe, l’opposant congolais est connu pour son usage quasi-systématique de la rhétorique biblique pour illustrer et motiver son combat.

Outre son prénom, qu’il laisse ses partisans interpréter comme une prédisposition à revêtir les habits du sauveur du peuple congolais, Moïse Katumbi n’hésite pas à se comporter en véritable leader chrétien du combat démocratique de ses compatriotes. Peu après s’être déclaré candidat à l’élection présidentielle, il avait largement communiqué sur son pèlerinage « de la vraie vie en Dieu » à Rome, sensé marquer le début de sa lutte frontale contre le pouvoir. Il y a bientôt 2 ans, le président du TP Mazembe lançait également un appel solennel à la population afin qu’elle observe quotidiennement deux minutes de prière pour la paix à Beni et l’organisation des élections au Congo. Modérément suivi à son lancement, l’opération a fini par faire pschitt. Au mois de juin 2017, annonçant avoir déposé une plainte contre Kinshasa au Comité des droits de l’homme de l’ONU, Moïse Katumbi donnait, en compagnie de son avocat Maître Dupont-Moretti et de son porte-parole Olivier Kamitatu, une conférence de presse sur une tribune parée d’iconographies christiques. Affichant ses convictions chrétiennes à l’envi, Katumbi se sent, depuis son passé de gouverneur du Katanga, investi d’une mission messianique pour le peuple congolais. Repoussant encore et toujours son retour au pays, où il refuse de s’offrir en sacrifice au pouvoir, l’opposant rêve de poser triomphalement le pied au Congo, en guide et en rédempteur, tel un prophète venu mener les siens au salut et à la libération.

Cette semaine, et alors qu’il n’était jusque là pas spécialement coutumier du fait, c’est l’opposant Vital Kamerhe qui a agrémenté son discours politique d’une tonalité religieuse. « L’aspect spirituel doit faire partie de notre vision, de notre projet de société » a-t-il ainsi déclaré au cours d’une réunion avec ses partisans les plus proches, après avoir appelé à « exorciser les dirigeants congolais ».

Faire tomber la dictature par la prière, à défaut de la mettre à mal par les urnes, c’est l’idée que diffuse de plus en plus largement une opposition congolaise qu’on peine parfois à suivre, mais qui semble s’accorder sur une lecture résolument biblique de l’actualité politique du pays. Ultra-fertile au sein d’une population très croyante, ce discours chrétien séduit un auditoire que la dictature a d’ores et déjà habitué à l’idée d’endurer sa souffrance par et dans la prière. D’autres, plus critiques envers ce genre de démarches, fatigués de tendre l’autre joue, auraient préféré des initiatives plus concrètes et des résolutions fermes, moins de béatitudes et de considérations métaphysiques.


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