RD Congo – Shaykh Ali Mwinyi : « Nous ne pouvons accepter que la Constitution soit piétinée. »

Alors que les représentants des confessions catholiques et protestantes de la République Démocratique du Congo se sont tous deux fendus de déclarations fracassantes ces derniers jours, les musulmans se distinguaient par leur mutisme face à la situation de crise dans laquelle se trouve le pays. Parfois accusé d’observer un silence complice par crainte du pouvoir, l’imam représentant légal de la Communauté Islamique en RD Congo (COMICO) s’est exprimé aujourd’hui au micro du journaliste Eliezer Tambwe (« To komi wapi »).

Shaykh Ali Mwinyi, imam représentant légal de la Communauté Islamique en RD Congo.
Shaykh Ali Mwinyi, imam représentant légal de la Communauté Islamique en RD Congo.

C’est à l’issue de la prière du vendredi, à la mosquée Citas de Kinshasa, que les propos du numéro 1 de l’islam en RDC ont été recueillis par les journalistes Eliezer Twambe et ses confrère du site Actualite.cd. Interrogé sur la situation du pays, Shaykh Ali Mwinyi a tenu à clarifier la position de l’institution islamique congolaise.

« Dire que nous sommes restés sans rien dire, ce n’est pas vrai, parce que nous nous étions déjà exprimés lors de la fête de l’Aïd, qui marque la fin du Ramadan. Nous nous étions exprimés, mais peut-être n’aviez-vous pas suivi. Notre pays est malade, il faut que nous nous comportions comme des médecins et que nous appliquions une thérapie de choc. Il faut aussi que nous respections nos engagements, car le Coran nous dit « Ô vous les fidèles, respectez vos engagements ! », donc si nous avons pris des engagements devant le peuple, devant Dieu, devant qui que ce soit alors il faut que nous respections ces engagements.

La deuxième chose, c’est qu’il faut que nous arrêtions avec les flatteries. Si il s’agit du Congo, et qu’une personnalité agit en mal, qu’elle soit de la majorité ou de l’opposition, alors il faut lui faire des remontrances, lui dire la vérité et cela sans aucune flatterie, car il s’agit de problèmes qui concernent notre pays. Nous devons cesser de tergiverser et nous disons que nous, nous sommes des congolais comme les autres, nous ne pouvons pas rester calmes face à tout cela, mais nous devons abandonner les flatteries, et surtout, il faut arrêter de pratiquer le mensonge. Je dis cela car nous pouvons nous trouver autour d’une table, mais ce qui sortira de nos bouches ne reflétera pas le contenu de nos cœurs. Et cela, c’est du mensonge, alors que Dieu nous demande à nous les croyants de ne parler qu’avec droiture, si nous ne le faisons pas, nos œuvres seront ruinées. Donc si la situation en est à ce stade et ne s’arrange pas, c’est parce qu’il y a du mensonge et un manque de sincérité dans nos discussions. »

 Alors que la COMICO n’avait pas appelé à soutenir la marche du 31 décembre dernier convoquée par le comité laïc de coordination de l’Eglise catholique, Shaykh Ali Mwinyi a été interrogé sur la nouvelle initiative du 21 janvier prochain, journée durant laquelle une marche pacifique est prévue par ce même comité, avec le soutien de l’opposition.

« Vous savez, en ce qui concerne les marches, ce sont des choses qui existent dans la Constitution, c’est pour ça que je parlais d’en finir avec les flatteries. Si la marche est pacifique, que les gens ne vont pas commettre de violences, ne tueront pas et qu’ils ne feront aucun mal, alors ce droit est garanti par notre Constitution. Que les agents de l’ordre les sécurisent et qu’ils fassent leur marche, ce n’est pas un problème. Vraiment, si quelque chose est dans la Constitution, et bien c’est la Constitution. Nous ne pouvons accepter que la Constitution soit piétinée aujourd’hui au profit de certaines choses… non ! Nous ne pouvons empêcher les gens de participer à cette marche, pas plus que nous ne pouvons y encourager car nous n’avons pas été conviés aux discussions, la communauté islamique n’a pas été contactée par les organisateurs. Si le peuple revendique un droit et que ce droit est dans la Constitution, nous n’avons pas le droit de piétiner notre Constitution en République Démocratique du Congo. Donc, nous pouvons être amenés à soutenir toute initiative en conformité avec la Constitution. »

Invité à adresser un message à la population, Shaykh Ali Mwinyi a rappelé que les institutions islamiques avaient continuellement été mises à l’écart dans les grandes décisions du pays.

« Nous, les musulmans, avons toujours été discriminés et mis à l’écart en toute chose. Lors des discussions de la CENCO qui ont débouché sur les accords de la Saint-Sylvestre, nous les musulmans nous n’avions pas été contactés. Mais pour l’intérêt général, pour l’amour de la patrie, nous avons soutenu cet accord. Si cet accord avait été appliqué à la lettre, il n’y aurait eu aucune raison de faire ces marches et nous aurions été en douceur jusqu’aux élections. Mais si nous assistons à tout ce spectacle, c’est parce que l’accord n’a pas été respecté à 100%. »


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