[ITW] RDC – Shaykh Moussa Kalombo : « La Communauté Islamique en RD Congo sera toujours du côté du peuple ».

moussa-kalomboMembre du cabinet de l’imam représentant légal de la Communauté Islamique en RD Congo (COMICO), Shaykh Moussa Kalombo est l’un des conseillers de Shaykh Ali Mwinyi Mkuu depuis son accession à la tête de l’institution islamique congolaise en 2014. Pour Dunia Kongo Media, le religieux originaire du Maniema est revenu sur l’actualité bouillante du pays et sur la position de l’entité musulmane dans la crise.


 

Pourquoi la COMICO a-t-elle donné l’impression de ne réagir que tardivement face à la crise qui touche le pays ?

M.K: Ce n’est pas que l’imam représentant légal de la COMICO avait tardé à prendre position, c’est juste que la Communauté Islamique n’est pas un espace de revendication politique, mais elle s’occupe de la religion. Bien-sûr, il y a des croyants musulmans parmi nos compatriotes et leur situation nous préoccupe. Seulement, nous ne sommes pas dans la politique active, donc l’imam représentant légal ne peut pas prendre à tout bout de champ prendre position comme si c’était une course à « ceux-ci ont dit ceci, donc nous devons dire cela », etc… Absolument pas ! Seulement, quand les journalistes sont venus lui poser des questions sur la situation et la marche des chrétiens, il a eu à répondre clairement sans pour autant caresser à rebrousse-poil certaines personnes. Les réactions qui sont venues après ont parfois montré qu’il y avait eu une mauvaise lecture des propos de l’imam représentant légal. D’aucuns voudraient qu’il ait pu dire ceci, d’autres qu’il ait dit cela, mais il est resté droit dans ses bottes et s’en est tenu au juste milieu. J’étais avec lui quand il s’est exprimé, il a juste dit que nous n’avions jamais été concertés ni contactés par rapport à l’accord de la Saint-Sylvestre, donc si les gens veulent manifester, ils peuvent manifester car ils seront encadrés par la police. Ce n’est pas une course à qui dit mieux, l’imam ne pouvait pas réagir à chaque fois sur des sujets qui concernent les politiciens, aussi bien de la majorité que de l’opposition, mais quand les journalistes Ndeko Eliezer et Kamanda wa Kamanda Muzembe sont venus à lui, alors il a pris position clairement sur ce que nous pensons. Il pense que les textes de la Constitution de la République doivent être respectés, et que cela nous mettrait au diapason de certains versets du Coran qui disent que « chaque engagement sera soumis à une reddition des comptes ».


L’imam a également insisté sur les « flatteries » que certains pouvaient adresser aux politiques. Beaucoup ont cru reconnaître une description de l’attitude de l’alliance des kabilistes musulmans (AKAM), groupe de soutien rattaché au parti présidentiel, le PPRD.

M.K: Tout un chacun est libre d’adhérer à ce qu’il veut, quand il veut et comme il veut, et il tirera les conséquences de ce qu’il aura fait. Comme Allâh le dit dans un verset : « Chaque âme est otage de ce qu’elle a semé ». Vous avez posé un acte, vous devez être responsable de ce que vous avez commis. On ne peut donc pas nier à un musulman le droit d’appartenir soit à la majorité soit à l’opposition. Là où le bât blesse, c’est qu’on ne puisse pas être capable d’amener sa propre personne et ses propres convictions sans impliquer la communauté en utilisant l’épithète « musulmans ». Là, ce n’est pas normal. On ne voit pas, chez les chrétiens, amener les gens dans un parti quelconque sous une étiquette de chrétiens, ça ne se fait absolument pas. Je conseille donc aux amis (ndlr: de l’AKAM) d’amener leur propre personne et leur leadership dans ce à quoi ils adhèrent politiquement et pas nécessairement en tant que musulmans. Vous êtes musulmans, oui, vous allez à la mosquée, mais utilisez votre savoir-faire et votre conviction sans faire en sorte que l’islam soit emmené dans votre sillage et implique toute la destinée des musulmans congolais. Pour moi, ça c’est presque de la magouille politique et sociale. Concernant les flatteries, je pense que l’imam parlait de ceux qui sont là à courir dans les officines politiques pour flatter celui-ci ou celui-là contre de l’argent ou contre une récompense quelconque. Quant à nous, nous estimons que nous n’avons pas à courir après quoique ce soit, on vit avec ce qu’on vit et nous souhaitons quitter cette terre avec la tête haute.

  • Réaction de l’alliance des kabilistes musulmans de Goma (Nord-Kivu) suite à la déclaration de Shaykh Ali Mwinyi : 


Le pays est miné par la pauvreté et gangrené par la corruption et l’insécurité. Comment les leaders musulmans peuvent contribuer à éradiquer ces fléaux ?

M.K: La pauvreté, et surtout à Kinshasa, est sujet à discussion de mon point de vue. Les kinois, pour prendre leur exemple, sont du genre à choisir ce qu’ils veulent faire et ne pas faire. Si on dit à un kinois d’aller faire les champs ou cultiver la terre, il ne pourra pas le faire. Il y en a qui ne fournissent aucun effort pour aller de l’avant. Ce n’est pas dédouaner le pouvoir de dire que ce dernier n’a pas de baguette magique pour créer de l’emploi. Nous connaissons la situation, et nous savons aussi que les multinationales ont une mainmise sur notre pays. Pourtant, si tout un chacun pouvait accepter le sort et s’investir, travailler les champs, se mettre au travail, alors on pourrait entrevoir un espoir. C’est un problème très profond auquel il est difficile de remédier pour l’instant. C’est un peu comme le problème de la corruption des institutions dont vous parlez, là aussi c’est un problème endémique. Ce sont des gens qui sont installés à des postes et qui ne veulent pas laisser la place aux autres, encore moins aux musulmans. Ils sont corrompus et corrupteurs, ils ont été formés par les mêmes personnes, ils ont été éduqués dans la corruption, ils répètent les mêmes pratiques, ils veulent être entre-eux et n’œuvrer que pour eux-mêmes. Ici dans ce pays un musulman n’a pas sa place. Ici, un musulman n’a pas sa place pour évoluer, et quand on se lamente on nous dit « non non monsieur, vous n’êtes pas compétitif », et c’est là aussi une manifestation de la corruption. En définitive, la corruption n’est pas que dans les institutions congolaises, la corruption, elle est dans le congolais, elle est dans les personnes qui ne veulent pas laisser les musulmans évoluer, d’autant que nous avons des principes censés faire de nous des gens incorruptibles à tous les postes que nous occupons. On a l’impression d’être mis en quarantaine car nous adoptons une logique qui n’est pas la leur.


En attendant, le peuple souffre encore et toujours et il est la première victime de la crise actuelle.

M.K: Je sais bien. Il y a à s’adonner à la prière, ça c’est très important, pour que la souffrance cesse, mais aussi au travail, vraiment. La prière accompagne le travail pour qu’Allâh, du haut des sept cieux, nous fasse sortir de la situation dans laquelle nous sommes, comme Il le dit (ndlr, dans le Coran): « Allâh ne modifie pas la situation d’un peuple avant que ce dernier ne modifie ce qu’il a en lui-même ». Nous devons changer de comportement, changer de manière de faire, cesser la corruption et le fait de tout prendre pour soi sans rien laisser aux autres. Il faut que ceux qui ont une parcelle de pouvoir puissent permettre aux autres de se retrouver dans leur travail et bénéficier des fruits des efforts qu’ils ont fourni. On doit apprendre à ne plus être animés de cette esprit de corruption. Le Prophète Muhammed nous dit dans les Textes : « Quiconque nous trompe (nous corrompt) n’est pas des nôtres », et il a dit ça pour que la société musulmane, et même la société tout court, soit un espace clean propice au développement et à aller de l’avant.


Shaykh Ali Mwinyi Mkuu (à gauche), imam représentant légal de la COMICO, prend un bain de foule lors de sa visite à Bunia (Ituri) en juillet 2017.
Shaykh Ali Mwinyi Mkuu (à gauche), imam représentant légal de la COMICO, prend un bain de foule lors de sa visite à Bunia (Ituri) en juillet 2017.

Dans les dernières sorties médiatiques de la COMICO, par la voie de Shaykh Ali Mwinyi Mkuu, on a senti que vous étiez de plus en plus proches du peuple, ce qui vous était parfois reproché auparavant.

M.K: La COMICO ne peut qu’être du côté de la population et du petit peuple. Quand le petit peuple souffre, c’est le peuple entier qui souffre en réalité, et cela fait du mal à ceux qui ont pour mission de mener les âmes vers le bien-être. La Communauté Islamique, en tant que religieux, nous n’avons jamais été aux commandes de ce pays, nous n’avons jamais pris les rênes du pouvoir, nous n’avons jamais été associés à quelque degré que ce soit à la gouvernance du pays. Nous pouvons faire du bien là où on est, c’est vrai, c’est pourquoi être aux commandes n’est pas notre obsession. Ce n’est pas non plus parce que nous ne sommes pas aux commandes que nous devons systématiquement être contre le pouvoir. Nous ne sommes pas spécialement contre le pouvoir, mais nous leur donnons des conseils à ceux qui gouvernent en disant que nous voulons que les choses se passent de telle ou telle manière. La COMICO ne peut qu’être avec le petit peuple pour que le mal puisse en sortir et que l’âme puisse être en paix et mieux adorer le Seigneur. Comment peut-on se mettre à faire les adorations si on a le ventre creux ? Le ventre creux ne peut être rempli que par le travail, et qui dit travail dit la sécurité dans le travail, la bonne rémunération par les gens qui ont été élus pour qu’ils donnent le meilleur d’eux-mêmes. Car ces gens ont promis monts et merveilles pendant les campagnes électorales, ils ne peuvent pas, une fois au pouvoir, se mettre à s’insurger contre leurs électeurs. On aimerait donc que les gens qui sont au pouvoir puissent enfin penser à ce petit peuple qui a voté pour eux. Nous, qui sommes le peuple, on vous met au pouvoir, on vous donne le pouvoir, mais il faut penser à nous une fois que vous y êtes, agir pour nous, ne pas se contenter de nous donner de l’argent pour rien. Il faut créer du travail, faire en sorte qu’il y ait le moins de chômage possible, voilà. La Communauté Islamique a toujours été du côté du peuple et nous serons toujours du côté du peuple pour qu’il sente qu’il a un porte-parole valable et vaillant et c’est pour ça que les confessions religieuses sont ensemble pour essayer de conseiller les dirigeants de manière active.

Propos recueillis par Hakim Maludi.



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