[ITW] COMICO – Shaykh Ali Mwinyi : « Les gens doivent comprendre que la COMICO appartient à tous ! »

Le sit-in organisé ce matin par les imams du Conseil Théologal National ne s’est pas passé comme prévu. Alors qu’ils entendaient protester contre les dernières mesures votées par la Communauté Islamique, ces religieux ont été brièvement arrêtés par les forces de sécurité avant d’être relâché. Imam représentant légal de la COMICO, Shaykh Ali Mwinyi revient pour Dunia Kongo Media sur ce qu’il estime être un profonde incompréhension de la part des protestataires. Entretien.

Shaykh Ali Mwinyi, imam représentant légal de la Communauté Islamique en RD Congo.
Shaykh Ali Mwinyi, imam représentant légal de la Communauté Islamique en RD Congo.

Quelle est l’origine des protestations qui ont conduit certains imams à manifester devant le siège de la COMICO ce matin ? 

Shaykh Ali Mwinyi : Lorsque nous étions en assemblée générale extraordinaire, nous avons essayé de fusionné tous les organes. Car chez nous au niveau de la communauté, sur le plan national, nous avions 9 organes : l’assemblée générale, le conseil national, le comité directeur, le conseil des sages, le conseil des femmes, les personnes vivant avec un handicap, la jeunesse, le conseil théologal et le bureau permanent. Après la fusion de tous ses organes, nous avons retenu au niveau national 4 organes : l’assemblée générale, le conseil national et le comité exécutif qui est bicaméral. Donc le comité exécutif national avec l’imamat national, avec ses 6 adjoints, et puis le secrétariat exécutif national chapeauté par le secrétaire général et le chef de département.

Maintenant, les imams ont mal compris, je crois qu’ils ont une très grande incompréhension, parce que nous avons fusionné tout le monde et c’est pour ça qu’ils sont mécontents, ils disent que nous avons supprimé le conseil théologal. À vrai dire, le nom « conseil théologal » n’existe plus dans nos statuts, mais nous avons tout un département de culte qui est chargé des cultes, et le chef de ce département sera choisi par ses pairs, donc des imams, comme ça on va le mettre dans le comité directeur. Ensuite, dans chaque province, celui qui sera chargé du culte, ça sera le président provincial du conseil théologal. Donc je ne sais pas s’ils ont été piqués par quelle mouche, je ne sais pas quelles sont leurs intentions, je ne sais pas ce qui leur est arrivé mais ils se sont soulevés contre la Communauté et c’est pourquoi les autorités les ont mis aux arrêts. Mais après toutes ces incompréhension, dès qu’ils seront bien édifiés, ils sauront peut-être qu’ils ont commis une erreur.

Ensuite, nous avons crée l’imamat national. Celui-ci sera chapeauté par le grand mufti de la République, il sera entouré de 6 adjoints qui seront des Shaykhs et des imams. Du coup je ne sais pas de quoi ces gens se plaignent, je ne sais pas par quel mécanisme ils font ça. Ils sont libres d’agir mais pas de faire n’importe quoi et d’injurier les gens ni ma personne ainsi que les autres membres du comité directeur.



Shaykh Ali Mwinyi : Ce ne sont pas tous les imams qui sont « en guerre » contre la COMICO comme j’ai pu le lire, ce sont juste quelques frondeurs. Ce sont les gens de Kinshasa, notamment la Corporation (des Imams, Shaykhs et Oulémas des Mosquées, ndlr) de Dokodoko, que vous connaissez, avec ses coéquipiers ainsi que d’autres gens indisciplinés. Quand on parle d’imams « en guerre » contre la Communauté, il faut savoir que moi aussi je suis imam, je suis aussi imam de la grande mosquée de Kisangani, nous avons de nombreux imams partout au Congo, il n’y a aucun problème de ce type sauf à Kinshasa. Je ne sais pas qui est derrière eux, ça les engage, mais nous, nous sommes aussi des imams, dans notre comité il y a des imams. Nous avons Shaykh Amissi Hashim Amadou, qui a suffisamment étudié en Tanzanie, nous avons l’imam Kapuluta, connu par tout le monde, nous avons Shaykh Mayuku Abdulhamid, lui aussi connu de tous, etc… Aujourd’hui, si des imams pensent que la COMICO leur appartient, c’est une erreur grave ! Car le grand fondateur de la Communauté Islamique à Kisangani, en 1972, ce n’était pas un imam, et ceux qui étaient là avant eux à Kasongo (Maniema), n’étaient pas des imams non plus. La COMICO, les gens doivent comprendre qu’elle appartient à tout le monde, aux imams comme aux laïcs.


Parmi les causes du mécontentement des protestataires, il y a surtout la question de votre mandat, censé s’achever en 2019, mais prolongé de 4 années suite à l’assemblée générale extraordinaire. Comment expliquez-vous cette mesure ?

Shaykh Ali Mwinyi : C’est une très bonne question, car elle va me permettre d’expliquer pourquoi cette décision a été prise. L’assemblée qui a eu lieu était extraordinaire, et elle s’est basée sur deux points : d’abord la réforme de la Communauté, avec la fusion des organes et la création de nouvelles provinces islamiques, c’était une réforme très profonde, que les gens de l’extérieur ne peuvent pas forcément comprendre. Cette réforme demande une période de mise en application. Ce n’est pas une transition, parce que je suis dans mon mandat, mais une période de mise en application. Ce sont les membres de la Communauté Islamique eux-mêmes qui ont décidé que pour que cette réforme soit mise en oeuvre, il faudrait une période de 4 ans. Et ceux qui seront habilités ou capables de diriger cette période de mise en application, ce sont eux qui ont soumis cette idée, ce sont eux qui ont proposé cette réforme. Il est inconcevable qu’une réforme soit décidée par une personne, et que c’en soit une autre qui vienne la conduire, car ce serait une dérive totale. C’est pourquoi les membres de la Communauté ont décidé que ceux qui décident une réforme puissent la conduire pendant une période de 4 ans, ce qui représente comme je l’ai dit la période de mise en application. Nous avons encore une année de notre mandat, puis 3 autres années qui vont suivre pour la mise en oeuvre du projet. C’est ça que les gens doivent comprendre. On dit souvent que ce sont les laïcs qui viennent dans la COMICO pour avoir un emploi ou une situation, etc… mais à cet instant, moi je vous dis que ce sont les Shaykhs les semeurs de trouble au sein de la communauté. Nous mêmes, les Shaykhs, nous sommes devenus comme ces gens qui cherchent des positionnement au sein de la Communauté, et c’est très grave, très triste.


propos recueillis par Hakim Maludi.