Actu – RD Congo : Le triste spectacle offert par les musulmans du Congo.

Loin des enseignements du Prophète Muhammed ﷺ, la communauté musulmane congolaise a de nouveau étalé au grand jour ces dissensions dont elle a le secret. Ces luttes d’influence politique et cette guerre aux positionnements, en plus d’empêcher la communauté d’avancer, offrent une bien piètre image d’un islam minoritaire en République Démocratique du Congo.

Kinshasa RDC


Les divisions au sein des instances dirigeantes de la communauté musulmane congolaise ne sont pas nouvelles, elles sont même ancestrales. Depuis 1972 et la création de la Communauté Islamique du Zaïre à Kisangani, les leaders musulmans se déchirent entre théologiens et administratifs, les deux camps se disputant le contrôle de la destinée des citoyens d’obédience musulmane. Dotés d’une formation plus solide et d’un parcours islamique sensé plaider en leur faveur, les théologiens (imams, shaykhs, juges islamiques) se sont toujours sentis légitimes pour prendre les rennes de la COMICO et ont toujours revendiqué sa direction. De manière un peu caricaturale, ils ont parfois eu tendance à réduire quiconque n’embrassant pas leur tendance comme des « laïcs » n’ayant rien à faire dans les cercles dirigeants e la Communauté Islamique.

Le point culminant de ces divisions a été atteint lorsqu’en 1988, après avoir contesté l’élection du théologien Shaykh Gamal Lumumba à la tête de la COMIZA, Al-Hajj Mudilo wa Malemba, jusque-là chargé de l’administratif, a pu obtenir sa suspension et prendre sa place comme imam représentant légal. C’est à l’issue de son deuxième mandat que Mudilo verra Shaykh Gamal Lumumba être reconnu par la Cour Suprême comme imam représentant légal de la COMIZA, entraînant une direction bicéphale de l’institution, avec un Mudilo perçu comme légitime à l’intérieur du pays et un Lumumba reconnu comme chef des musulmans zaïrois à l’international.

Alors qu’aujourd’hui, Shaykh Ali Mwinyi Mkuu est seul maître à bord de la COMICO, une frange de religieux « frondeurs » comme il les nomme lui-même fait pression pour qu’il quitte son poste en 2019, soit à la fin de son mandat, et pour que les théologiens du Conseil Théologal National soient replacés au centre de l’appareil décisionnaire de la Communauté Islamique. La conséquence première ? Outre la cacophonie ambiante et diffuse depuis plusieurs semaines, c’est surtout l’image de cohésion et d’entente islamique qui est rudement mise à mal sur la place publique. Où sont donc le respect des recommandations coraniques et les injonctions prophétiques à ne pas réagir excessivement aux événements en suivant ses passions ? Où est la solidarité fraternelle autour de laquelle les musulmans sont sensés fait corps ?

Beaucoup ont reproché aux imams du Conseil Théologal d’avoir été à l’encontre des ahadiths du Prophète Muhammed ﷺ interdisant de se soulever contre les détenteurs de l’autorité, alors que d’autres ont reproché à Shaykh Ali Mwinyi de ne pas avoir clarifié de manière apaisée les décisions prises lors de l’assemblée générale extraordinaire de la COMICO. Le problème, c’est que la communauté musulmane congolaise rate absolument toutes les occasions qu’elle a de parler d’une seule voix. Ni la stigmatisation dont elle a fait l’objet suite aux tueries attribuées aux « islamistes » des ADF à Beni, ni l’actualité politique et le report des élections présidentielles par Kabila, ni la situation socio-économique au Congo, jamais les imams congolais n’auront communiqué de manière unanime.

Avec ce nouvel épisode de dissensions, qui a débouché sur l’interpellation temporaire des imams protestataires, les leaders de l’islam congolais, et plus particulièrement de Kinshasa, ont démontré combien il était difficile de faire passer les intérêts de la communauté avant les calculs personnels politiciens, et ce sont malheureusement les musulmans de la République Démocratique du Congo qui pâtiront, une fois de plus, de cette situation.