Témoignage : Ces soldats des FARDC sanctionnés pour avoir… fait respecter la loi.

Accusés d’indiscipline, d’exactions contre les populations civiles ou encore de désertion, les soldats des Forces Armées de la RD Congo parviennent également à se retrouver en bien mauvaise posture lorsqu’il s’agit de faire respecter l’ordre. Ces dernières semaines, certains d’entre eux ont été sanctionnés par leur hiérarchie sans qu’ils aient pour autant eu l’impression d’avoir mal agi, bien au contraire. Témoignage.

© Phil Moore, AFP
© Phil Moore, AFP

Laurent (prénom modifié) est en poste dans la province de l’Ituri. Riche en or, la région abrite également des réserves naturelles ciblées par les braconniers et trafiquants en tous genres. Astreint à sa mission de protection du territoire, des biens et des personnes, Laurent a eu la mauvaise idée d’interpeller un orpailleur clandestin à l’intérieur de la réserve de faune à okapis d’Epulu; une initiative qui lui a valu deux semaines d’emprisonnement; il raconte.

« L’exploitation illicite d’or à la réserve de faune à okapis d’Epulu est une pratique sévèrement réprimée pour les militaires qui s’y adonnent, ce qui est normal. Mais en ce qui concerne les gardes parcs et la population, quand ils commettent le même délit, c’est autre chose. Quand un militaire entre dans la RFO (réserve de faune à okapis, ndlr) que ça soit d’une manière frauduleuse ou officielle, les agents de la RFO l’accusent de tracasseries de clandestins orpailleurs en oubliant que ce sont bien les clandestins qui détruisent la RFO. Ces derniers ont même le courage d’accuser les militaires de leur avoir extorqué de l’or, alors que cet or n’est autre que celui que le militaire avait saisi du clandestin en l’interpellant. Quand ils font ça, les agents du parc favorisent, volontairement ou pas, les véritables clandestins qui s’en sortent sans aucune poursuite judiciaire pour exploitation illicite. Donc, les civils ne sont pratiquement jamais poursuivis en justice pour ce genre de choses, mais les militaires sont immédiatement désignés coupables et sont les seuls victimes de l’auditorat. Moi, j’ai comme l’impression qu’il y a des agents de la RFO qui soutiennent l’exploitation illicite en couvrant les trafiquants.

Moi, j’ai été arrêté dans ce cadre là. J’ai arrêté un clandestin mais ce dernier est allé m’accuser de lui avoir extorqué 20g d’or, et les agents de la RFO l’ont soutenu. Ce clandestin, je n’ai pas pu saisir sa marchandise car quand il m’a vu il a pris peur et a jeté son colis de 20g dans la forêt dans le but de le récupérer après notre passage. Malheureusement, il n’a plus retrouvé son colis est il est allé nous accuser de le lui avoir volé, c’est comme ça qu’on m’a mis au cachot ».


Il y a un mois, nous apprenions la libération d’un soldat en poste dans le Nord-Kivu après 2 mois de détention. Celui-ci avait été sanctionné par sa hiérarchie pour avoir ouvert le feu, non loin de la frontière avec le Rwanda, sur deux individus qui pénétraient armés sur le territoire congolais. Les supérieurs de ce soldat avaient argué du fait qu’étant « en minorité », les deux rwandais ne constituaient pas une menace, bien qu’armés.