COMICO : Shaykh Zahidi Ngongo proclamé Grand Mufti de la RDC, Shaykh Ali Mwinyi dénonce un « putsch ».

Président de l’ancien Conseil Théologal National, Shaykh Zahidi Ngongo Amani a été proclamé Grand Mufti de la République Démocratique du Congo hier par ses partisans, provoquant la colère de l’imam représentant légal de la Communauté Islamique, Shaykh Ali Mwinyi.

La cérémonie semblait on ne peut plus officielle. Réunis en la mosquée Bilal de Ngiri-Ngiri (Kinshasa) autour du Shaykh Zahidi Ngongo, une dizaine d’imams parmi les plus influents de la capitale ont proclamé l’ancien président du Conseil Théologal National nouveau Grand Mufti de la RDC. Abdallah Bankita, Ali Kitenge ou encore Bilali Morisho et bien d’autres ont tous prêté allégeance à celui qu’ils reconnaissent comme la plus haute autorité de la communauté, en lui remettant le « bâton de commandement », signe symbolique de son nouveau statut.

« Nous, Shaykhs et imams de la République Démocratique du Congo, fidèles à l’éthique et aux consignes islamiques, attestons qu’il n’y a pas de divinité en dehors d’Allâh et que Muhammed, paix d’Allâh et salut sur lui, est Son prophète. Nous jurons par Allâh de prêter ce serment d’allégeance au mufti Shaykh Zahidi Ngongo Amani, de le seconder lorsque ses faiblesses et incapacités se manifesteront, de l’appuyer et de lui obéir tant qu’il restera conforme aux prescrits du Saint Coran, et de la tradition prophétique du Saint Prophète de l’islam, notre bien-aimé Muhammed, dans l’exercice de ses fonctions. Nous appelons tous les fidèles musulmans à soutenir mordicus cette démarche salvatrice des imams et shaykhs pour l’émergence de notre communauté ».

Après des mois de conflit avec la Communauté Islamique en RD Congo, dont elle ne reconnaît plus la légitimité, ces imams de l’ancien Conseil Théologal National ainsi que leurs partisans ont donc décidé de passer outre le processus officiel de désignation du mufti pour introniser Shaykh Zahidi Ngongo, figure de proue de la fronde contre la COMICO.

« Moi, Shaykh Zahidi Ngongo Amani, président national du Conseil Théologal, désigné mufti de la RDC par les imams et shaykhs, théologiens musulmans, j’atteste qu’il n’y a pas de divinité en dehors d’Allâh et que Muhammed, paix d’Allâh et salut sur lui, est Son prophète. Je jure par Allâh que je servirai la Communauté Islamique en République Démocratique du Congo conformément au Saint-Coran, à la tradition prophétique, aux lois du pays et aux recommandations des musulmans selon mes capacités inchaAllâh. Je m’engage à préparer la réforme constitutionnelle de la COMICO, tel qu’annoncé il y a peu et de convoquer l’assemblée générale ordinaire élective en ce mai 2019 inchaAllâh. J’implore l’assistance d’Allâh, l’accompagnement des autorités du pays ainsi que l’appui de tous les musulmans de la République Démocratique du Congo dans l’accomplissement des lourdes tâches qui me sont dévolues. »


L’intronisation de Shaykh Zahidi Ngongo comme nouveau leader de la communauté musulmane congolaise a été vivement contestée par Shaykh Ali Mwinyi. Contacté par nos soins, l’imam représentant légal de la COMICO a indiqué que cette nomination n’avait aucune valeur légale.

« Il faut savoir que la Communauté Islamique en République Démocratique du Congo est une association sans but lucratif, c’est une ASBL. Et la manière d’accéder au pouvoir, il y a tout un processus. Il faut d’abord qu’il y ait une assemblée générale élective ordinaire ou extraordinaire, mais élective, et que vous soyez choisi par les membres effectifs qui seront à l’assemblée. Mais malheureusement notre frère (ndlr, Shaykh Zahidi Ngongo), il s’est autoproclamé comme mufti de la RDC, je ne sais par quelle manière, mais c’est comme si c’était un putsch au sein de la Communauté Islamique, car pour accéder au pouvoir, il y a tout un processus. Et puis, notre frère, il était le président du Conseil Théologal National. Aujourd’hui, ce Conseil n’existe plus dans nos statuts. Même s’il a été le président du Conseil Théologal National, c’est par ma nomination, c’est moi qui l’ait nommé ! Il y a eu la désignation par les imams, mais c’est moi qui ait validé cela et qui ait pris acte de cette nomination, donc il a tout intérêt à me respecter et à respecter la Communauté Islamique, d’en respecter les membres effectifs qui m’ont choisi, de respecter les membres qui en font partie, de respecter tout le monde au lieu de jouer avec les gens, de jouer avec la dignité de l’islam au sein de la communauté musulmane congolaise. S’il se prétend membre de la Communauté Islamique, qu’il engage la communauté et qu’il convoque une assemblée générale puisqu’il dit qu’il représente l’institution. Donc pour moi, c’est un théâtre de chez nous, qui est dans sa phase finale, car il n’a aucun droit de dire cela. Il doit se conformer aux textes de la communauté. Il n’a jamais été membre effectif, et il n’a jamais pris part à une assemblée ni générale, ni ordinaire, ni extraordinaire ! Il n’est pas membre effectif, donc comment peut-il s’autoproclamer ainsi ? »

À noter que la communauté musulmane congolaise a déjà connu ce type de situation entre 1988 et 2004, lorsque Al-Hajj Mudilo s’empara de la tête de la COMIZA (Communauté Islamique au Zaïre) en lieu et place de l’imam Gamal Lumumba. L’institution se retrouva alors avec deux imams s’estimant légitimes, avec un Hajj Mudilo reconnu par l’Etat, et un Gamal Lumumba reconnu par les instances islamiques étrangères.